Sophie Cousineau

Archive, avril 2011

Vendredi 29 avril 2011 | Mise en ligne à 11h36 | Commenter Commentaires (12)

RIM, Ignatieff et le colbertisme

Photo Marco Campanozzi, La Presse.

Photo Marco Campanozzi, La Presse.

Avant même que Research in Motion largue sa dernière bombe, j’ai posé cette question à Michael Ignatieff, le chef du Parti libéral du Canada, qui était de passage à La Presse, hier, pour une rencontre éditoriale.

Vous qui avez critiqué le gouvernement conservateur de n’avoir rien fait pour tenter de sauver Nortel, que feriez-vous si, disons, RIM (ou un autre «champion national») devait s’effondrer à la suite de ses insuccès dans le marché des tablettes et de sa difficulté grandissante à rivaliser avec Apple, Google et compagnie ?

Or, ce scénario hypothétique semble malheureusement moins improbable ce matin. De la foule de commentaires d’analystes, prenez ces observations dévastatrices de l’analyste Kris Thompson, de la Financière Banque Nationale. Il a perdu confiance en RIM et ne considère pas son avertissement de profits moindres comme un incident isolé.

«Cela fait trop longtemps que RIM nous parle de ses bons produits à venir. Les consommateurs n’écoutent plus et n’attendent plus», a-t-il dit.

Dirigé par Michael Ignatieff, un gouvernement libéral se précipiterait au chevet de RIM, explique Michael Ignatieff. «On ne veut pas faire de cadeaux à qui que ce soit, a-t-il dit. Mais il faudrait se réunir autour d’une table pour voir ce qu’on pourrait faire.»

Parmi les moyens évoqués, Michael Ignatieff mentionne des garanties de prêts, des commandes du gouvernement ou encore de la promotion à l’étranger. Si ce ne sont pas des cadeaux, c’est tout de même fort gentil…

Michael Ignatieff se défend toutefois de prôner le recours à des moyens qui contreviendraient aux règles du fair play dans le commerce international.

«Je crois à la concurrence, je crois au marché, je ne suis pas colbertiste», assure-t-il.

Colbertiste de Jean-Baptiste Colbert, ce vizir du roi Louis XIV qui encouragea les exportations tout en décourageant les importations au moyen de droits prohibitifs sur les produits étrangers, afin de favoriser l’essor de l’économie française.

Et non, cela ne s’invente pas.

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Mercredi 27 avril 2011 | Mise en ligne à 13h04 | Commenter Commentaires (20)

Sony: plusieurs ennuis et un enterrement

Norio Ohga a présidé Sony durant ses belles années. Photo d'archives, Reuters.

Norio Ohga a présidé Sony durant ses belles années. Photo d'archives, Reuters.

Semaine misérable pour le géant japonais Sony. Un pirate informatique a dérobé les informations personnelles des 77 millions de membres de la communauté PlayStation en ligne, des internautes qui échangent et qui jouent à des jeux les uns contre les autres. Nom, date de naissance et même numéro de carte de crédit pourraient avoir été dérobés dans ce que le Wall Street Journal décrit comme étant vraisemblablement le plus grand vol de données personnelles de l’histoire.

On ignore quand rouvrira le réseau en ligne PlayStation, qui est inopérant depuis maintenant six jours. Cela pourrait favoriser les concurrents de Sony comme Nintendo et Microsoft dans le marché très concurrentiel des jeux électroniques.

Cette nouvelle éclipse le lancement, cette semaine, des tablettes Sony qui arriveront tardivement sur le marché, soit à l’automne prochain. Ces tablettes grand public, appelées S1 et S2, tourneront sur le système d’exploitation Honeycomb d’Android. Motorola a déjà sorti une tablette qui s’appuie sur ce système (Zoom) et Samsung et LG mettront en vente leurs produits avant que celles de Sony soient prêtes.

Ces ennuis ne font qu’illustrer à quel point Sony semble avoir perdu le flair et la touche magique qui caractérisaient ses belles années sous la présidence de Norio Ohga, décédé samedi à l’âge de 81 ans.

Cette chronique nécrologique du Temps raconte le parcours fascinant de Norio Ohga, qui a dirigé Sony de 1982 à 1995, transformant ce fabricant électronique en géant du multimédia avec les acquisitions de CBS Records, de Columbia Pictures et le lancement de la PlayStation.

Formé à Tokyo comme chanteur d’opéra, grand ami du défunt chef d’orchestre Herbert von Karajan, Norio Ohga est entré au service de Sony en 1953. Les fondateurs de Sony l’ont invité à se joindre à l’entreprise après qu’il leur eut écrit une lettre pour critiquer la qualité du son de leurs enregistrements.

Norio Ohga a joué un rôle déterminant dans la commercialisation à grande échelle du format CD, que Sony a développé avec Philips. Aussi, c’est sous sa direction que la conception et la fabrication japonaise de Sony ont été associées au nec plus ultra de l’électronique. D’où le fameux slogan: «C’est du Sony».

Signe des temps, on dit aujourd’hui : «C’est du Apple»…

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Mardi 26 avril 2011 | Mise en ligne à 11h06 | Commenter Commentaires (12)

Bourse: Bachand met ses culottes – genre.

 

Le ministre des Finances, Raymond Bachand. Photo d'archives, Presse Canadienne.

Le ministre des Finances, Raymond Bachand. Photo d'archives, Presse Canadienne.

Depuis plusieurs semaines, certains leaders québécois de la finance refusent de se prononcer sur la fusion entre les bourses de Toronto et de Londres. Ils se réfugient derrière le fait que les architectes de cette transaction n’ont pas déposé une demande de reconnaissance officielle auprès de l’Autorité des marchés financiers du Québec (AMF).

L’AMF, faut-il le rappeler, a droit de vie ou de mort sur ce projet de fusion, en vertu de l’entente conclue l0rs du rachat de la Bourse de Montréal par la Bourse de Toronto. Elle tiendra des audiences, à une date encore indéterminée, avant de donner son avis sur cette transaction.

En revanche, l’entente de fusion, un texte de 214 pages qui est disponible depuis février sur le site de la Bourse de Toronto, est hautement révélateur des intentions des dirigeants de Toronto et de Londres.

Même s’ils reconnaissent à Montréal son expertise dans les dérivés, ils veulent avoir carte blanche pour déménager cette direction à l’extérieur du pays. «À tout moment», est-il précisé dans l’une des annexes à la fin de l’entente de fusion, comme La Presse Affaires le révélait la semaine dernière. 

La Bourse de Toronto/Londres dédommagerait le Canada pour cette perte avec une autre direction. Mais rien n’indique que cette autre direction reviendrait à Montréal… En fait, il y a fort à parier que ce ne serait pas le cas, vu le dédain avec lequel Toronto considère Montréal quand il est question de place financière.

En quoi la demande de reconnaissance pourrait-elle être si différente du texte actuel de l’entente ? Je ne le vois pas. Le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, semble maintenant en convenir.

Le ministre Bachand s’est décidé à mettre ses culottes, hier. Invité pour une deuxième fois à réagir sur cet aspect méconnu de la transaction de fusion, le ministre a mis les choses au clair avec mon collègue Denis Lessard.  

«S’il n’y a pas d’assurance forte sur le développement des produits dérivés à Montréal, il y aura une opposition forte qui va se manifester», a-t-il dit.

Aussi, le ministre paraît s’opposer à des garanties assorties de dates de péremption, comme celles sur le nombre d’administrateurs canadiens au conseil des deux bourses regroupées, qui peut tomber à trois sur 15 au bout de quatre ans.

Toutefois, Raymond Bachand formule la chose en mode interrogatif. «Est-ce qu’on peut (…) s’assurer que l’activité des dérivés se fasse à Montréal?» a-t-il demandé, en donnant l’exemple de la convention de continuité négociée avec Rio Tinto lors de la vente d’Alcan.

La consolidation des grandes bourses de la planète est peut-être inévitable.  Ces bourses traditionnelles doivent réduire leurs coûts d’exploitation et se spécialiser devant la menace sérieuse que représentent les nouvelles plateformes de transactions.

Mais, est-ce que le Québec doit rouler et faire le mort ? Dans toutes ces négociations, des bras de fer se jouent pour garder des centres d’expertise et les emplois de qualité qui y sont associés. C’est cela «la game», comme on le dit familièrement. Et à ce jeu-là, tout le monde joue dur. Parlez-en aux Australiens qui viennent de bloquer la vente de leur institution nationale à la Bourse de Singapour.

Dans cette vague de fusions et d’acquisitions, qui est loin d’être terminée, en passant, c’est la dernière fois que l’AMF pourra faire valoir les intérêts de Montréal.

Québec n’a pas droit à l’erreur.

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