Sophie Cousineau

Archive du 18 août 2010

Mercredi 18 août 2010 | Mise en ligne à 9h03 | Commenter Commentaires (28)

PotashCorp : le gouvernement doit-il intervenir ?

Photo Reuters.

Photo Reuters.

Après Alcan, Inco, Falconbridge et compagnie, c’est au tour de PotashCorp d’être prise pour cible par une société étrangère, avec l’offre d’achat hostile du géant australien BHP Billiton Limitée, qui s’est concrétisée aujourd’hui à 130 $US par action. Offre qui laisse présager d’une grande vente aux enchères.

C’est assez emblématique de notre relation avec le reste du monde. En effet, selon une étude des consultants Secor, qui ont analysé toutes les transactions de plus de 1 milliard de dollars rapportées par Bloomberg, aucun pays n’a vendu autant de ses grandes entreprises que le Canada entre 2000 et 2008. Aucun.

Le gouvernement doit-il intervenir cette fois-ci pour bloquer ce qui serait la plus importante mainmise étrangère de l’histoire du pays ? D’un côté, la potasse est une ressource éminemment stratégique.

Cet engrais est irremplaçable pour renforcer les plantes et accroître les rendements des récoltes. Et alors que les terres agricoles se raréfient avec l’urbanisation, la planète a impérieusement besoin de potasse pour nourrir entre 2 et 3 milliards de bouches de plus d’ici 2050. Or, la ressource est rare et coûteuse à extraire.

Le Canada n’a toutefois pas de grands besoins en potasse. Les sols de l’Ouest, où sont concentrées les récoltes céréalières, sont si riches en potasse que les agriculteurs n’ont point besoin d’en épandre, comme je l’explique dans ma chronique de La Presse d’aujourd’hui. Bref, ce n’est pas une question de sécurité alimentaire.

De plus, que PotashCorp soit de propriété canadienne, britannique, australienne ou brésilienne, l’entreprise devra verser des royautés à la province de la Saskatchewan.

L’enjeu tient plus à la localisation du siège social et surtout du centre de décisions, car les deux sont parfois distincts. Même si BHP Billiton ou un autre prétendant s’engage à maintenir le siège social à Saskatoon, il reste que l’entreprise a perdu son indépendance et n’est plus maître de son destin. Et ce n’est jamais bon pour les industries des services et les institutions culturelles qui gravitent autour d’une entreprise.

Mais, est-ce assez pour justifier de bloquer une transaction, ce qui pourrait se retourner contre les autres entreprises canadiennes qui souhaitent acquérir des sociétés à l’étranger ? J’aimerais bien vous lire là-dessus.

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