
Photo d'archives, AFP.
J’ai reçu ce communiqué de presse comme j’en reçois des tonnes dans ma boîte de courriels. Je l’ai lu en diagonale, puis je suis passée à autre chose. Mais il m’est resté un drôle d’arrière-goût dans la bouche. Avais-je vraiment bien lu ?
Le communiqué en question, que vous pouvez lire ici, vient du Conseil du patronat du Québec (CPQ). Ce lobby présidé par Yves-Thomas Dorval défend les intérêts de la grande entreprise – ce qui est tout à fait légitime en démocratie. À ce titre, il endosse des causes qui sont souvent impopulaires. Le CPQ excelle d’ailleurs à prendre le contrepoids de certaines idées reçues et à remettre en question l’ordre établi.
Il n’empêche que le CPQ aurait mieux fait de passer son tour. Sa dernière cible : les retraits préventifs accordés aux travailleuses enceintes ou à celles qui allaitent. Ils coûteraient une fortune aux entreprises du Québec, qui en assument les frais.
Le CPQ additionne les coûts de ce programme sur 28 ans pour arriver au montant-choc de 2,9 milliards. À démagogue, démagogue et demie : c’est juste la moitié de la facture de l’échangeur Turcot tel que conçu par le maire de Montréal !
Il faut savoir que l’Assemblée nationale du Québec a déjà approuvé, à l’unanimité, l’élargissement de l’application du programme Pour une maternité sans danger aux femmes qui travaillent dans des entreprises de juridiction fédérale. À cet égard, la bataille du CPQ est déjà mal engagée…
Que le CPQ dénonce les incohérences dans l’application de ce programme, soit. Que le CPQ déplore le soi-disant laxisme de la Commission de la Santé et de la Sécurité du Travail, passe encore. Mais qu’il remette en cause le principe de prudence en vertu duquel la liste des agents «agresseurs» potentiels a été étendue au fil des ans est tout simplement renversant.
Le CPQ déplore la «grande incertitude scientifique quant aux risques réellement courus». C’est vrai qu’on devrait faire des tests et exposer des femmes enceintes à des maladies enfantines ou à des produits chimiques pour vérifier s’il en résulterait des fausses couches ou des malformations congénitales.
Ce qui est sous-entendu dans la position du CPQ, c’est que les femmes n’aiment pas leur travail et qu’elles essaieront, à la première occasion venue, de passer quelques semaines les pieds surélevés sur le canapé…
Le CPQ dit plaider pour une réforme qui abaisserait les coûts des entreprises, mais avec cette charge, il remet en cause, dans les faits, le bien-fondé des retraits préventifs. Ce faisant, le CPQ se discrédite et nuit aux autres intérêts qu’il défend.
Si le CPQ cherchait à se faire détester, il ne s’y prendrait pas d’une autre façon. Du point de vue de la stratégie de communications, cela revient à se tirer dans le pied.
Le retrait préventif n’est pas un programme social dont la finalité détournée est l’accroissement de la natalité au Québec, comme le CPQ le laisse entendre. Le retrait préventif, c’est une question de santé et de sécurité au travail. Point à la ligne.
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