
Photo d'archives, La Presse.
On peut comprendre les fabricants de médicaments génériques d’être furieux. Avec l’effet domino de la décision de l’Ontario de couper les prix des médicaments génériques, qui prend effet le 1er juillet, ils devraient perdre la moitié de leurs revenus au Québec. Dur. D’où leurs menaces de représailles (emplois, investissements) s’ils ne sont pas mieux traités.
Cette affaire relance le vieux débat sur la politique industrielle du Québec dans le secteur pharmaceutique. Si Québec tient tant à économiser, pourquoi accorde-t-il encore un traitement de faveur aux fabricants de médicaments d’origine aux frais des contribuables, plaide l’industrie générique.
Ce traitement de faveur se manifeste notamment par la fameuse règle du 15 ans. En vertu de cette règle, les médicaments sont remboursés à leur plein prix pendant 15 ans à partir du moment de leur inscription sur la liste des médicaments du Québec. Et cela, même si les brevets viennent à échéance avant, ce qui devrait normalement permettre de les substituer par des médicaments génériques moins coûteux.
Cette politique se défendait parfaitement à une époque où les grandes sociétés pharmaceutiques étaient très actives et présentes au Québec. Les impôts sur les salaires et les retombées économiques de cette industrie de pointe dépassaient largement le coût de ces avantages pour les contribuables. Mais, la situation n’est peut-être plus tout aussi nette.
L’industrie du médicament d’origine se porte moins bien qu’avant. Les molécules prometteuses sont de plus en plus difficiles à identifier, de plus en plus coûteuses à développer. Ainsi, il y a moins de médicaments dits «blockbuster» pour remplacer les grands vendeurs dont les brevets expirent.
Ces difficultés ont entraîné une vague de consolidation dans l’industrie dont Montréal, comme tous les centres pharmaceutiques, paie le prix. L’emploi chez les fabricants d’origine du Québec a chuté à près de 9200 salariés, selon les données de l’Association Rx&D.
Pendant ce temps, les fabricants de médicaments génériques grandissent au Québec. Ils emploient environ 4800 salariés chez des entreprises comme Pharmascience, Sandoz ou Ratiopharm. Ils font aussi de la recherche, même si celle-ci n’est pas aussi innovatrice que les recherches menées par les fabricants de médicaments d’origine.
Dans un contexte de déficit budgétaire, le traitement préférentiel accordé par le gouvernement du Québec aux médicaments d’origine est-il toujours justifié? Les crédits d’impôt à la recherche suffiraient-ils à eux seuls à maintenir cette industrie de pointe ici ?
Ou faut-il conserver la règle du 15 ans au prix de médicaments payés au prix fort, afin de conserver cette expertise névralgique pour le Québec ?
Bref, qu’en pensez-vous ?
P.S. Ouvrir ce débat, c’est permettre à des gens de l’industrie d’influencer la conversation de ce blogue – et leurs lobbyistes sont aussi nombreux que zélés. Aussi, dans un esprit de transparence, il serait apprécié que vous déclariez vos intérêts, si vous travaillez pour l’une ou l’autre de ces industries. Ou si vous vous exprimez simplement à titre de citoyen ou de contribuable.
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