À ma connaissance, personne n’a jamais acheté une Toyota parce qu’il pensait impressionner les passants, boulevard Saint-Laurent. Il n’y a rien d’épatant dans le design des voitures de ce fabricant. Mais leurs propriétaires s’en fichent, justement. Tout ce qu’ils ont toujours aimé chez Toyota, c’est qu’il fabrique de petites voitures économes qui n’ont rien de «flash». Surtout, des bagnoles qui roulent devant les garages sans jamais s’y arrêter ou presque.
C’est cette image de durabilité et de fiabilité à toute épreuve qui est en train d’éclater en mille morceaux. S’il n’y avait que le problème de la pédale d’accélérateur, on pourrait toujours croire à un accident de parcours. Personne n’est à l’abri d’une erreur, même si celle-ci a de grandes conséquences.
Le gouvernement américain recommande vivement aux propriétaires des véhicules ciblés par le constructeur japonais – il y en a 2,3 millions aux États-Unis seulement – de cesser de conduire leur voiture tant qu’un garagiste ne l’aura pas réparée ! Pour ceux qui doivent prendre leur voiture pour se rendre à leur travail ou pour reconduire leurs enfants, cette nouvelle est dramatique. Le secrétaire américain au Transport, au nom prédestiné de Ray LaHood, a par la suite atténué ses propos et recommande maintenant aux proprios de Toyota inquiets de faire vérifier leur voiture par un garagiste.
Mais les nouveaux problèmes associés cette fois à la Prius, la voiture hybride la plus populaire de la planète depuis son lancement en 1997, sont aussi troublants. Le gouvernement américain a enregistré une centaine de plaintes au sujet des freins défectueux du modèle le plus récent de la Prius, lancé en mai dernier. Dans deux cas, ces problèmes ont provoqué des accidents.
Et avant que vous ne disiez que le jupon des Américains dépasse, sachez que le ministère japonais des Transports a aussi reçu une quinzaine de plaintes au sujet des freins de la nouvelle Prius.
Ce qui est consternant, c’est que le secrétaire américain au transport, Ray LaHood, ait été forcé de se rendre au Japon pour que Toyota réalise la gravité de ses problèmes de défectuosités et entreprenne des rappels, en octobre puis en janvier.
«Ils auraient dû prendre ces problèmes au sérieux dès le départ. Question sécurité, ils étaient peut-être un peu sourds», a-t-il dit à Associated Press. Ainsi, le gouvernement américain songe à mettre Toyota à l’amende pour s’être traîné les pieds. Ce n’est pas la première fois. Les États-Unis ont déjà servi une contravention de 1 million de dollars à General Motors en 2004, pour avoir pris trop de temps avant de réparer un problème d’essuie-glace.
Ce qui se dégage de ce portrait, c’est que Toyota a laissé sa production s’emballer. Ce constructeur semble ainsi avoir perdu de vue la qualité, qui était pourtant à l’origine de son succès et de son ascension au titre de premier constructeur mondial.
Le grand patron de Toyota en Amérique du Nord a beau se montrer compatissant dans les spots télévisés diffusés ces jours-ci, je ne suis pas certaine que cela consolera les propriétaires de Toyota. Leur voiture dont ils doutent doit aller au garage de toute urgence, avec les tous les délais et pertes de temps que l’on puisse imaginer. Et la valeur de revente de leur véhicule est plus incertaine.
Le genre de chose dont un consommateur se souvient fort, fort longtemps.
Photo Reuters.
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