Sophie Cousineau

Archive du 12 janvier 2010

Mardi 12 janvier 2010 | Mise en ligne à 12h11 | Commenter Commentaires (23)

Le ballon d’essai de la taxe sur les banques

Ce n’est pas un hasard si l’administration Obama évoque cette semaine l’imposition d’une nouvelle taxe sur les institutions financières, pour récupérer les pertes anticipées à la suite du sauvetage des banques et des fabricants automobile.

Les firmes sur Wall Street commencent à signer les chèques des bonus pour 2009. Selon toutes les informations qui filtrent depuis cet été, les sommes consenties à la gratification des employés pourraient équivaloir, voire surpasser les primes records de 2007.

Bref, il s’agit d’une mesure éminemment populiste pour apaiser la colère des Américains, alors que le chômage aux États-Unis se maintient obstinément à 10% et que les contribuables ont l’impression (souvent fondée) de s’être fait rouler par des banquiers ingrats.

Mais, au-delà de ce ballon d’essai, une manoeuvre purement politique, il reste à voir si cette taxe verra véritablement le jour. C’est loin d’être fait.

D’abord, il faut voir comment cette taxe s’appliquera. C’est ici que les choses se corsent. Le gouvernement estime que les sauvetages par l’entremise du TARP (Troubled Asset Relief Program) l’exposent à une perte de 120 milliards de dollars. (Selon le Wall Street Journal, toutefois, c’est le haut de la fourchette.)

Mais, une bonne partie de ces pertes se trouve du côté de l’industrie de l’auto et non pas sur Wall Street. Or, les constructeurs qui tentent de rembourser les gouvernements ne sont pas en posture d’assumer une nouvelle taxe. Le même constat s’applique d’ailleurs aux banques de petite taille et à certaines banques régionales de taille moyenne, dont plusieurs ne sont toujours pas sorties de l’auberge.  

Certains ont évoqué une taxe sur les transactions financières, mais pareille taxe est impensable sans (une hautement improbable) coordination internationale. Les transactions se réaliseraient ailleurs, tout simplement. C’est d’ailleurs dans cet esprit que Londres craint de voir fuir ses banquiers, dont les primes supérieures à 25 000 livres seront pourtant seulement imposées cette année.

L’administration Obama est contre pareille taxe sur les transactions. En revanche, elle songe à taxer le passif des banques ou encore leurs profits, selon les informations qui ont coulé dans les médias américains. Ainsi, même les banques qui ont complètement remboursé l’Oncle Sam avec les intérêts seraient touchées.

Mais comment s’assurer que cette nouvelle taxe ne soit pas refilée aux consommateurs ou encore aux entreprises clientes ?

Surtout, il faut voir si cette taxe verra véritablement le jour. Cette taxe pourrait être insérée dans le prochain budget, qui sera dévoilé le mois prochain. À tout événement, cette mesure nécessitera l’approbation du Congrès.

Or, une taxe sur les banques et, plus largement, toute nouvelle forme de réglementation financière représentent des sujets hautement controversés. C’est aussi sensible, sinon plus, que la réforme des soins de santé, qui ralliait à la base une majorité de démocrates. Or, vous avez vu tout le cirque qui a entouré l’adoption de cette réforme au sénat ? Des sénateurs ont vulgairement monnayé leur appui pour faire avancer leurs dadas ou leurs intérêts régionaux.

La banque centrale des États-Unis, la Réserve fédérale, devrait-elle avoir un plus grand rôle ? Les produits dérivés devraient-ils être plus strictement réglementés ? Doit-on interdire la vente d’actions à découvert ?

On peut toujours causer ! Mais, on s’en reparlera plus sérieusement quand ce sera fait.  

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