La «démission» surprise de Montie Brewer, président d’Air Canada, fait craindre que le transporteur montréalais n’ait une nouvelle fois recours à la protection des tribunaux pour se restructurer. Ce qui alimente encore plus cette appréhension, c’est l’arrivée de Calin Rovinescu à la tête de la compagnie aérienne.
Cet avocat était le bras droit de Robert Milton lorsque Air Canada s’est mise à l’abri de ses créanciers, en 2003-2004. S’il faut recommencer cette épreuve, personne n’est plus qualifé que lui chez Air Canada.
Au terme de cette cure d’amaigrissement de 18 mois, l’entreprise avait allégé sa dette de 10 milliards de dollars. Par la suite, la compagnie aérienne s’était délestée de divisions, dont son programme de fidélisation Aéroplan.
Mais voilà, l’Air Canada d’aujourd’hui n’a rien à voir avec l’Air Canada du début des années 2000, qui venait d’acquérir les défuntes Lignes aériennes Canadien International. L’entreprise et ses employés ont goûté à la médecine des fonds d’investissements privés, celle de Cerberus en particulier.
Air Canada souffre maintenant de la concurrence de WestJet Airlines, sa rivale de l’Ouest qui semble plus leste. Bien sûr, WestJet ne trimbale pas dans ses bagages le lourd héritage d’obligations envers ses employés et ses retraités qui pèse tant à Air Canada.
Mais l’entreprise de l’Ouest est surtout plus gaie. Cela peut sembler comme un drôle de concept en affaires, mais quand une partie non négligeable de vos employés est encore aigrie des sacrifices qu’elle a consentis, veut, veut pas, cela paraît pour le client.
Et Air Canada voudrait reprendre l’exercice ? Que reste-t-il à élaguer, à couper ou encore à facturer ? Pas grand-chose à part les régimes de retraite des employés. Et là, vous allez avoir une bataille à la mort avec les syndicats, pour qui les retraites représentent la ligne à ne pas franchir.
Dans le contexte, les créanciers accepteront-ils de donner une autre chance à Air Canada ? Pas certaine qu’on veuille explorer ce terrain-là.
Calin Rovinescu écoute l’ancien grand patron des TCA, Buzz Hargrove, lors d’une conférence de presse conjointe en 2003. Photo PC.
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