Désolée de l’interlude, je rentre d’un voyage éclair en Ontario pour un reportage que vous lirez bientôt. Entre-temps, je me suis bien amusée de vos témoignages sur la propreté des bureaux, surtout ceux qui vivent l’expérience des escouades 5S. Fabuleux ! Non, il n’y a pas de petits sujets.
Mais revenons aux grands sujets, puisqu’ils abondent, de la mission avortée de Jean Charest en Chine, une gaffe diplomatique, du publi-reportage télévisé d’Obama, au nouveau cabinet Harper, grâce auquel la région de Montréal est maintenant représentée par le député de Mégantic !
Déformation professionnelle, j’ai été frappée par la coupe à vif de 10% de l’effectif des rédactions des journaux Gannett, il y en a 84 en tout, le plus connu étant le USA Today. Cela pourrait se traduire par la mise à pied de jusqu’à 3000 journalistes.
Ceci explique cela : les dernières données du Audit Bureau of Circulation, qui fait autorité, font montre d’une autre baisse du tirage des journaux américains. Il a reculé de 3,6% pour les six mois terminés à la fin de mars 2008 comparativement à la même période de l’année précédente.
Pis, si la fusion des motoristes General Motors et Chrysler se concrétise, les quotidiens vont perdre l’un de leurs plus grands annonceurs. Bref, ils risquent tous d’y goûter.
Le journal ne cesse de rapetisser.
Quand je suis arrivée dans le métier, au début des années 90, les jeunes journalistes qui voulaient se tailler une place en arrachaient. Puis, petit à petit, de nombreux postes se sont créés, avec l’arrivée des chaînes d’information continue et la création des sites de nouvelles internet. De sorte que les jeunes (hum!) et un peu moins jeunes journalistes d’aujourd’hui n’ont jamais connu de vagues de compressions.
Cette menace n’est pas seulement cyclique mais structurelle. Le métier tel qu’on le connaissait est en train de disparaître. Il renaît autrement, sur internet. Parfois, ce n’est pas pour le mieux, surtout que les sites ont rarement les ressources et la rigueur des médias traditionnels.
Dans le contexte, j’ai apprécié cet article du Globe & Mail, qui explique le modèle d’affaires du site américain Politico. Ce jeune site jouit d’un grand respect, grâce à ses reporters chevronnés et à ses enquêtes. À la faveur d’une course électorale palpitante, la fréquentation de ce site a d’ailleurs décollé en flèche.
Notons, toutefois, que c’est encore avec sa version papier, distribuée à Washington, que Politico fait son fric !
La petite question : ce site très ciblé survivra-t-il à la baisse d’intérêt envers la Maison-Blanche qui suivra inélucablement l’élection d’un nouveau président, le 4 novembre ?
La grande question : sur quels supports et avec quels moyens est-ce que les journalistes travailleront demain ?
Photo Pierre Côté, La Presse