J’espère que l’Autorité des marchés financiers (AMF) ne comptait pas trop sur la nomination de Luc Bertrand à la tête du Groupe TMX pour affermir les rares «garanties québécoises» associées à la transaction d’achat de la Bourse de Montréal par la Bourse de Toronto.
Parce que c’est mal barré, s’il faut en croire le quotidien torontois The Globe & Mail, qui rapporte aujourd’hui que le Groupe TMX songe à recruter un Américain pour diriger la grande institution boursière canadienne. Pis, le candidat en question, Bernard Dan, est un spécialiste des produits dérivés, ayant déjà présidé le Chicago Board of Trade.
Tout le monde croyait que le poste reviendrait à Luc Bertrand après la démission surprise de son homologue torontois Richard Nesbitt, qui a écouté le chant des sirènes du courtier CIBC World Markets.
Or, non seulement Luc Bertrand échapperait le poste, mais en plus, il risque d’avoir quelqu’un qui le surveille de très près au-dessus de son épaule. Pis, il y a fort à parier que cet Américain voudra reprendre le contrôle de la bourse de produits dérivés BOX, domiciliée à Boston, et piloter toutes les initiatives aux États-Unis, où il a, comme au dit au baseball, l’avantage du terrain.
Cela montre à quel point l’AMF a fait une gaffe monumentale en n’insistant pas pour obtenir, par écrit, la garantie que la filiale Bourse de Montréal serait seule autorisée à développer les produits dérivés, au Canada comme à l’étranger. Les belles paroles de Luc Bertrand, qui affirmait à l’annonce de la transaction que Montréal aurait la main haute sur les dérivés, ne semblent plus tenir à grand-chose.
Quoi qu’on pense du fait que Luc Bertrand ait joué l’opinion, il n’en demeure pas moins que ce poste devrait en toute logique lui revenir.
Luc Bertrand et son équipe ont construit de zéro une belle et très rentable entreprise de produits dérivés. Ils ont aussi développé une technologie intéressante pour soutenir ses activités.
Rappelez-vous tout le scepticisme qui existait à l’endroit du parquet montréalais lorsque les bourses canadiennes ont spécialisé leur vocation en 1999, au terme d’un accord de séparation des champs d’activité. Or, si Toronto a essayé pendant des années de dénigrer le travail de Montréal, son offre d’achat était le plus beau compliment qui soit à l’endroit des compétences développées dans la métropole.
Luc Bertrand a une connaissance intime du marché canadien, une expertise précieuse au moment où des plates-formes de négociation concurrentes émergent. Donner ce poste à un Américain n’est autre chose qu’une gifle. Pour Luc Bertrand et, plus largement, pour le Québec.
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