Sophie Cousineau

Archive, mai 2008

Samedi 31 mai 2008 | Mise en ligne à 9h30 | Commenter Commentaires (29)

Les années Rousseau et après

rousseau.jpgQui remplacera Henri-Paul, cet homme plus grand que nature qui est tellement familier au Québec que son prénom suffit seul à le présenter ?

C’est la lourde décision qui revient au premier ministre Jean Charest et à sa ministre des Finances, Monique Jérôme Forget, qui était encore abasourdie par le choc, vendredi, 24 heures après avoir appris son départ. Jamais un président de la Caisse de dépôt et placement du Québec n’a fait le saut au secteur privé en plein mandat.

Pour reprendre une expression anglaise, le futur président de la Caisse a de grands souliers à chausser.

Sous l’impulsion d’Henri-Paul Rousseau, la Caisse est devenue une première de classe. L’an dernier, elle a battu 90% des gestionnaires de caisses de retraite du pays, malgré ses investissements de 13,4 milliards dans du papier commercial vicié.

Or, la Caisse partait de loin à l’arrivée d’Henri-Paul Rousseau. En 2002, la Caisse a connu le pire rendement de son histoire, de -9,6%. Et cette contre-performance ne s’explique pas uniquement par le krach des technos. 

Cet économiste de formation a entrepris le grand ménage. Il a épuré l’organisation en supprimant un niveau hiérarchique et en élaguant les filiales. Il a fermé la majorité des antennes de la Caisse à l’étranger.

Henri-Paul Rousseau a aussi réexaminé la gouvernance de la Caisse, ce qui s’est traduit par la séparation des postes de chef de la direction et de président du conseil, entre autres.

Au-delà des changements organisationnels, Henri-Paul Rousseau a revu la mission de la Caisse. Finies les folies interventionnistes de son prédécesseur Jean-Claude Scraire, qui a claqué une fortune pour «sauver» Vidéotron des griffes du groupe torontois Rogers.

Dorénavant, la Caisse recherche le rendement avant tout. Le développement économique du Québec n’est plus qu’un objectif «accessoire», dixit Henri-Paul Rousseau.

Mais l’obsession du rendement a aussi provoqué un dérapage. La Caisse a investi 40% (!) de ses liquidités dans du papier commercial vendu par des courtiers indépendants dont les arrières n’étaient pas assurés. Or, comme on le sait maintenant, si le rendement de ces placements à court terme n’était guère meilleur que celui des obligations ou des bons du Trésor (5 ou 10 points de base), son risque était nettement plus grand. Plusieurs institutions, comme la caisse de retraite ontarienne Teachers’, avaient d’ailleurs refusé d’en acheter.

Henri-Paul Rousseau a fait son mea-culpa lorsqu’il a comparu devant l’Assemblée nationale en novembre. Cela dit, les répercussions de la crise auraient été autrement plus graves si l’industrie n’avait pas réussi à s’entendre sur un plan de sauvetage. Or, Henri-Paul Rousseau a joué un rôle déterminant dans cette histoire. Il a remué ciel et terre en août pour négocier une trêve et éviter une vente de feu.

Henri-Paul Rousseau quitte la Caisse avec plusieurs dossiers inachevés sur son bureau. Le juge ontarien qui doit homologuer le plan de sauvetage délibère encore sur l’immunité judiciaire dont jouiraient les vendeurs de ce fameux papier. Bref, l’incertitude persiste.

Et puis il y a l’investissement de la Caisse dans la British Airport Authority qui préoccupe de plus en plus. Enquête des autorités antitrust, difficulté de refinancement, cafouillages à Heathrow… Or, cet investissement de 2,4 milliards réalisé en 2006 est le deuxième plus important de l’histoire de la Caisse après Vidéotron.

À l’évidence, Henri-Paul Rousseau a écouté le chant des sirènes de Power Corporation (propriétaire de La Presse) et de la Corporation Financière Power. Présentes en Europe et en Asie, ces deux sociétés offrent à l’ancien dirigeant de la Banque Laurentienne l’occasion de chercher une expérience internationale. En plus, ce sont des entreprises discrètes qui traitent plutôt bien leurs dirigeants. Henri-Paul Rousseau n’aura plus à justifier ses décisions devant des députés qui le bombardent de questions.

C’est ce rôle public que le futur président de la Caisse devra épouser. Surtout que la redéfinition de la mission de la Caisse est loin de susciter l’adhésion des Québécois. La vente d’Alcan et la privatisation de BCE ont braqué les projecteurs sur la Caisse, qui n’est pas intervenue.

Et il suffirait d’une offre d’achat hostile sur la Banque Nationale du Canada ou sur le détaillant Metro pour que le débat reparte de plus belle.

Il est dommage, d’ailleurs, que l’ancien professeur d’université n’ait pas eu plus d’occasions pour faire œuvre de pédagogie. Chaque fois qu’il prenait la parole, cet homme charismatique séduisait même certains de ses détracteurs avec ses arguments francs et clairs.

Mais la Caisse, qui cultive le secret, a trop longtemps caché Henri-Paul Rousseau. Le président de la Caisse a bien fait quelques sorties en six ans. Il a dénoncé les pratiques sociales de Wal-Mart et les dirigeants de Molson qui manoeuvraient pour s’emplir les poches. Malgré tout, il a déçu ceux à qui il avait fait miroiter une plus grande transparence.

Souhaitons que la Caisse profite de ce changement de garde inattendu pour s’ouvrir davantage. Elle a tout à y gagner.

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Vendredi 30 mai 2008 | Mise en ligne à 11h11 | Commenter Commentaires (12)

La Nationale entre l’arbre et l’écorce

Ce n’est que l’une des mochetés qui nous est tombée dessus cette semaine, et pas la plus grosse à part cela. Mais, à mon sens, c’est la plus ahurissante.

Que la Nationale ait perdu 73 millions de dollars en essayant de protéger son portefeuille amoché de papier commercial adossé à des actifs dépasse l’entendement. Car, il faut voir la manière dont elle s’y est prise.

En janvier, février, elle a investi dans un indice, en l’occurrence le CDX IG9 qui reflète les écarts de taux (spread) sur les titres d’emprunt de 125 entreprises commerciales. Plus le risque de crédit est élevé, plus sa valeur monte. Mais, à l’inverse, plus le risque diminue, plus sa valeur baisse. 

Aussi, quand la Federal reserve, la banque centrale des États-Unis, s’est indirectement portée à la rescousse de la banque d’affaires Bear Stears à la mi-mars, ce qui a réduit les vives incertitudes sur le marché du crédit, l’indice a planté. Et la crédibilité de la Nationale avec.

Mais, le vrai problème de la Nationale est ailleurs. Il se trouve entre les mains du juge Colin Campbell, qui doit décider s’il homologue ou non le plan de sauvetage du papier commercial non bancaire. Et s’il accorde une immunité judiciaire aux vendeurs de ce papier, la Nationale au premier chef.

Comme je l’explique dans ma chronique de La Presse d’aujourd’hui, la Nationale est prise entre l’arbre et l’écorce. C’est la banque qui a le plus à perdre en cas d’échec de la restructuration. Mais c’est la banque qui sera la plus visée par les éventuelles poursuites de ses grands clients d’affaires si l’immunité tombe.

On attendait la décision du juge Campbell de la Cour supérieure de l’Ontario aujourd’hui. Mais le suspense durera finalement jusqu’à mardi.

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Jeudi 29 mai 2008 | Mise en ligne à 10h14 | Commenter Commentaires (15)

Greenspan à Montréal

greenspan.jpg

L’ancien président de la Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis, s’amène à Montréal. Pendant une heure demain au Palais des Congrès, il répondra aux questions de Sherry Cooper, économiste en chef de la firme de courtage BMO Marché des capitaux.

Sur le circuit des conférences, Alan Greenspan réclame des cachets dans les six chiffres, rapporte le Wall Street Journal. Mais ce n’est pas ce qui motive cet économiste de 82 ans. Alan Greenspan cherche à préserver l’héritage de ses 18 années à la Fed des fléchettes de ses détracteurs, de plus en plus nombreux depuis que la bulle immobilière a crevé aux États-Unis.

Au nombre de ceux-ci se trouve le gestionnaire de fonds William Fleckenstein, qui a fait paraître en début d’année une critique décapante du grand banquier américain, Greenspan’s Bubbles: The Age of Ignorance at the Federal Reserve.

Sur ce sujet, lire ma chronique de La Presse d’aujourd’hui, Un banquier face au jugement de l’Histoire. Ou encore cet excellent texte de mon collègue Rudy Le Cours, L’oracle octogénaire, où témoignent le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, et d’autres Canadiens qui l’ont cotoyé.

Croyez-vous que Greenspan mérite d’être cloué au pilori ? Ou croyez vous, comme concluaient deux professeurs de Princeton en 2005, qu’il s’agit encore du plus grand banquier de tous les temps ?

Photo de Yuri Gripas/Reuters, prise lors d’une conférence prononcée le 21 octobre 2007.

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