Juste au moment où tu te dis que, vraiment, les choses ne pourraient pas aller plus mal, il y a cette nouvelle, en apparence anodine, mais révélatrice de tout le reste.
L’entreprise montréalaise Yellow Media n’a même pas pu tenir son assemblée annuelle aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts (on mène encore grand train), parce que l’entreprise n’avait pas atteint son quorum, le minimum de votes d’actionnaires requis par les statuts de l’entreprise pour renouveler son conseil d’administration et choisir son vérificateur externe. Les investisseurs institutionnels ayant abandonné l’entreprise, Yellow Media ne compte plus, pour l’essentiel, que des actionnaires particuliers qui ont mangé leurs bas.
Pour le reste, c’était pas mal du déjà vu. Nouvelle radiation de 2,9 milliards de dollars sur la valeur de son écart d’acquisition et de ses éléments d’actif intangible. Yellow Media en avait annoncé une d’une pareille ampleur en septembre dernier.
C’est la vente des pages jaunes d’AT&T au fonds d’investissement privé Cerberus, annoncée en avril, qui a ouvert les yeux de Yellow Media. Ce géant américain des télécommunications a cédé 53% de cette filiale avec un chiffre d’affaires de 3,3 milliards US en échange de 750 millions en espèces et d’un billet à terme de 200 millions US. En comparaison, les activités de Yellow Media étaient encore une fois surévaluées.
Si l’on fait abstraction de cette charge qui ne représente pas une sortie de fonds, l’entreprise affiche encore un joli profit de 57,5 millions à son premier trimestre. Mais voilà, ce bénéfice net est un recul de 18% par rapport au profit enregistré à pareille date l’an dernier, sur des revenus qui sont eux-mêmes en baisse de 17%, à 289 millions de dollars.
Revenus traditionnels qui baissent (les espaces publicitaires dans les annuaires sont plus petits), cependant que les revenus des services en ligne n’arrivent pas à compenser cette chute : vous connaissez la chanson que Yellow Media fredonne depuis plusieurs années déjà.
Au 31 mars dernier, la dette nette de Yellow Media s’élevait à 1,5 milliard de dollars, ou encore 2,1 milliards si l’on inclut les actions privilégiées et les titres convertibles. Avec des échéances qui s’approchent, l’entreprise n’a plus beaucoup de temps devant elle pour refinancer ses emprunts. En date du 7 mai, l’entreprise disposait de 292 millions en liquidités.
Le conseil d’administration a créé un nouveau comité finances pour renégocier les emprunts de Yellow Media et examiner toute transaction de vente qui faciliterait la restructuration financière de l’entreprise. Mais, Yellow Media a déjà revendu certaines de ses activités les plus prometteuses comme Trader.
Que reste-t-il ?
La réponse du marché est encore une fois lapidaire. Au moment d’écrire ces lignes, les actions de Yellow Media ont perdu 4 cents ou 40% de leur valeur. Elles ne valent plus que 6 cents.