Stéphane Laporte

Archive du 9 janvier 2013

Mercredi 9 janvier 2013 | Mise en ligne à 8h09 | Commenter Commentaires (44)

Une pensée pour Monsieur Richard Garneau

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Aux dernières nouvelles, Monsieur Richard Garneau était toujours aux soins intensifs.

Je suis de tout coeur avec mon idole et sa famille durant ces heures difficiles.

Courage, Monsieur Richard.

Permettez-moi d’envoyer ces ondes positives; une chronique à propos de la grande carrière de Richard Garneau, publiée lors des Jeux Olympiques d’été de 2004.

Le héros des Jeux

Où sont les héros ? Ian Thorpe ? Il est incroyable. Michael Phelps ? Génial ! Carly Patterson ? Quelle souplesse ! Karen Cockburn ? Elle rebondit bien. Ce sont tous de grands athlètes. Mais des héros ? Pas sûr. Est-ce la dope ? Est-ce l’argent ? Est-ce cette attitude de ne faire ça que pour eux ? Toujours est-il que je regarde les Jeux, depuis presque dix jours, et je ne me suis toujours pas trouvé de héros. Non, c’est faux. J’en ai un. On l’a vu lors des cérémonies d’ouverture, mais pas depuis. J’étais en train de m’impatienter. Presqu’à me désintéresser. Il était temps que l’athlétisme commence.

Car ce n’est que lorsque mon héros est là, qu’on a vraiment l’impression de regarder les Jeux Olympiques. Sans lui, on dirait qu’on est pris dans un trop long commercial de Volkswagen. Cette année, il va être le meilleur. Encore une fois. Il a triomphé à Sydney. À Barcelone. À Séoul. Et aussi à Montréal, à Mexico et à Rome. Oui, c’est un vieil athlète. Très vieil athlète. Mais il ne lâche pas. Et ce n’est pas grâce à la drogue. C’est grâce à son cœur. Un cœur de gentilhomme. Mon héros, c’est Richard Garneau.

C’est un être humain exceptionnel. Chaque fois que je le vois, je me dis que j’aimerais être comme lui. Il est grand. Il est beau. Cultivé, intelligent. Il a le sens de l’humour. Et il est modeste. Je crois que c’est la qualité la plus importante des héros. La modestie. C’est pour ça qu’il n’y en a plus. Tous les champions, toutes les vedettes d’aujourd’hui crient qu’ils sont les meilleurs, les numéros uns. Ils s’auto-suffisent tellement qu’ils n’ont plus besoin de fans. Qu’ils n’ont plus besoin de nous. Pas Richard Garneau. En entrevue, il ne parle pas de ses exploits, il parle de la chance qu’il a eu d’être là, au bon moment. Et il le croit. C’est le plus grand commenteur sportif de la télévision québécoise. Au Panthéon, il est à côté de René Lecavalier, c’est sûr. Mais il n’a pas la grosse tête. Juste des grandes jambes.
Il décrit l’athlétisme à Athènes en équipe. Avec ses acolytes, Quenneville, Baert et Surin. Et chacun a sa place. Et chacun tire son épingle du jeu. Car comme tous les grands, Garneau fait bien paraître ceux qui l’entourent. Il ne les écrase pas. Au contraire. Il les met en valeur. Il aide les débutants. Collabore avec ses dauphins. Et lorsqu’il est en compagnie d’autres géants, il est même prêt à prendre le rôle de straight man. Comme avec Lebigot. Tout pour que le show soit bon. Il ne tire jamais la couverture. Il n’en a pas besoin. Il ne dort pas.

Si j’aime les Olympiques, c’est grâce à lui. Avant, j’étais comme tous les Québécois, j’en avais que pour le hockey. Que pour le Canadien. Même que le grand Garneau m’agaçait un peu à La Soirée du hockey. Je ne le trouvais pas assez partisan. Il s’enflammait autant en racontant les exploits de Bobby Orr qu’en décrivant ceux de Guy Lafleur. J’aimais pas ça. Bien sûr, il avait raison. J’étais épais. Il m’a aidé à l’être un peu moins.

En juillet1976, mon père a acheté notre première télé-couleur en l’honneur des jeux de Montréal. Et je me suis installé devant le petit écran, du matin jusqu’au soir. Je n’ai rien manqué. Ce n’est pas une figure de style. Je n’ai vraiment rien manqué, de la première seconde que Radio-Canada entrait en ondes jusqu’au Ô Canada, j’ai tout vu. Et grâce à Richard Garneau, j’ai découvert, la course , le saut, le lancer. J’ai découvert des hommes, des femmes et des pays. La Polonaise Irena Szewinska, le Cubain Alberto Juantorena, le Hongrois Miklos Németh. Garneau les aimait autant que s’ils étaient Canadiens. Garneau m’a appris l’olympisme. Garneau m’a appris l’humanisme. Lui et son analyste Jo Malléjac s’extasiaient tellement sur les performances des athlètes, qu’on ne pouvait pas ne pas les aimer. Autant que des joueurs de hockey. Il m’a donné la piqûre. Pas de stéroïdes. D’émerveillement sportif.

Depuis, je ne manque pas un rendez-vous olympique. Et c’est presque toujours un rendez-vous avec lui. Entre deux jeux, je l’écoute à la radio, je le vois parfois à la télé. Et bien sûr, je remarque toujours sa prestance, sa vigueur, sa voix posée, son articulation parfaite, ses connaissances inépuisables, mais ce qui me frappe toujours le plus, c’est combien il est fin. Oui, fin. C’est une qualité qui se perd. La finesse. Garneau l’a. Dans les yeux. Dans le sourire. Dans le ton. Dans le propos. Richard Garneau est toujours fin. Et ça fait tellement de bien. La paix règne autour de lui. Pourquoi n’est-il pas président des Etats-Unis ?!
Bon, faut que je vous laisse. Mon héros doit être en direct du stade d’Athènes, en ce moment. Il va passer la journée à regarder les athlètes courir après la gloire. Ça fait 50 ans qu’il fait ça. Dès fois, je me dis que si une journée, on inversait les rôles, qu’au lieu que ce soit qui Garneau observe les athlètes, que ce soit les athlètes qui observent Garneau, on aurait plus de héros.

En tout cas, moi, quand je serai grand, je veux être Richard Garneau.

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