Stéphane Laporte

Stéphane Laporte - Auteur
  • Stéphane Laporte, collaboration spéciale

    Concepteur, auteur et réalisateur, Stéphane Laporte a collaboré aux succès de plusieurs émissions de télévision qui ont marqué le petit écran par leur qualité et leur originalité.
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    Vendredi 24 décembre 2010 | Mise en ligne à 10h52 | Commenter Commentaires (21)

    Un cadeau de Noël en novembre

    Moi et mon grand frère.

    Moi et mon grand frère.

    C’est la veille de Noël, les chaînes de télé passent des reprises, alors voici une reprise de chronique écrite en 1997. Un petit souvenir de Noël… en novembre.

    Un cadeau de Noël en novembre

    Samedi, le 2 novembre 1968. J’ai 7 ans. Et j’ai hâte à Noël. Couché sur mon lit, je suis en train d’écrire ma liste de cadeaux. Elle n’est pas très longue. Je ne demande qu’une chose. Une paire de patins. Pour pouvoir jouer au hockey avec mes amis. Et me prendre pour mon idole Jean Béliveau. Je tremble juste à écrire le mot. P-a-t-i-n-s. Il n’y a rien de plus beau mot au monde. Je plie soigneusement ma lettre et je la glisse dans l’enveloppe. Je marque dessus À Monsieur Père Noël et je vais la porter sur la table de maquillage de ma mère. Je suis petit mais je ne suis pas fou. Je crois encore au Père Noël mais je crois surtout en ma mère.

    Le soir, après avoir regardé le match du Canadien entre mon père et mon grand frère, Maman vient me prendre par la main pour m’amener faire dodo. Tout en me bordant, elle me dit:
    « – Le Père Noël m’a laissé entendre que t’aimerais recevoir une paire de patins. Est-ce que c’est vrai?
    - Ah oui c’est vrai…
    - T’es certain que tu ne veux pas autre chose?
    - Non, c’est ça que je veux!
    - Stéphane, tu sais, avec ton petit problème aux jambes, ce n’est pas sûr que tu sois capable de patiner. Peut-être que tu devrais aussi demander autre chose…
    - Maman, je suis certain que je vais être capable de patiner. Parce je le veux. Et tu dis toujours quand on veut, on peut… »
    Ma mère me sourit. Elle me donne un bec et sort de la chambre. Sans dire un mot. Mon grand frère couché dans le lit d’a côté me chuchote:
    « Fais-toi z’en pas Stéphane, moi aussi, je suis sûr que t’es capable de patiner. Pis pour t’aider à apprendre, je vais te faire une patinoire dans la cour et tu vas pouvoir te pratiquer. Tu vas voir, ça va bien aller… »

    Tous les soirs, en revenant de l’école, Bertrand, mon grand frère de 14 ans, pelte la neige dans la cour, la tape et l’arrose pour faire une belle surface glacée. Je l’aide en passant ma petite gratte en plastique. Et je rêve au matin de Noël où je pourrai enfin m’élancer sur la patinoire avec mes beaux patins tout neuf. Comme Jean Béliveau.

    Samedi, le 30 novembre 1968. Il ne me reste plus que 25 jours à attendre. Je me réveille. Et qu’est-ce que je vois au pied de mon lit? Une belle paire de patins. Un cadeau de Noël en novembre! Je n’en reviens pas! Je cours dans la chambre de mes parents!
    « – Maman! J’ai eu mes patins! J’ai eu mes patins!
    - T’es content mon grand?
    - Oui mais je ne comprends pas, c’est pas Noël!
    - Stéphane, tu sais le père Noël, il n’est plus jeune jeune. Et cette année, il avait peur de ne pas être capable de livrer tous les cadeaux de Noël de tous les enfants du monde en seulement une nuit. Alors, il a décidé de prendre de l’avance et de donner aux enfants les plus sages leur cadeau de Noël avant Noël… »

    J’écoute les explications de ma mère seulement d’une oreille. Tout ce que je veux c’est aller les essayer. Ces patins tant désirés. Je mets mon manteau, ma tuque, mon foulard, mes gants et je réveille mon frère. On se précipite sur la patinoire.

    J’enlève mes grosses bottes et j’enfile mes petits patins. Bertrand m’aide à les lacer. Puis il me donne la main et j’embarque sur la glace. Woups! Sur le derrière! Je m’agrippe après Bertrand de toutes mes forces et j’arrive à me relever. Mon frère met une chaise devant moi pour me servir d’appui, et j’essaie d’avancer. Mais comme je marche sur la pointe des pieds, et que j’ai moins d’équilibre qu’Olivier Guimond paqueté, je pique du nez à tout coup. Je ne patine pas sur la bottine. Je patine sur les genoux!

    Ma mère, mon père et ma grande soeur regardent de temps en temps par la fenêtre pour voir comment je m’en tire. En se croisant les doigts. Et à chaque fois, ils sont témoins d’une de mes fouilles spectaculaires. Ça leur brise le coeur. Mais moi, je ne désespère pas. Quand on veut, on peut. Et pour vouloir, je veux.

    Les heures passent. On a oublié d’aller dîner. On est toujours sur la patinoire. À se les geler. A s’essayer. Moi pis mon frère. Il commence à avoir les bras fatigués à force de me relever. Il faudrait bien que je parvienne à rester debout deux secondes avec ces foutues lames dans les pieds. Mais c’est toujours la même chose. Une enjambée et sur le cul!

    La nuit tombe, elle aussi. J’ai le nez bleu, les coudes bleus, les fesses bleues, les genoux bleus, les pieds bleus. J’ai l’air d’un Schtroumpf. Je suis tombé plus souvent sur la glace en une journée que Réjean Houle durant toute sa carrière. Il faut que je me rende à l’évidence, je ne serai jamais capable de patiner. Les yeux dans l’eau, je me résigne à dire à mon frère:
    « – M’enlèverais-tu mes patins ? »
    Bertrand est aussi triste que moi. Si c’est pas plus. Il me serre dans ses bras.
    « Stéphane, si tu veux demain, on pourrait encore essayer, ça va sûrement aller mieux la deuxième journée… »

    Je le regarde. Et dans ses yeux, je vois qu’il veut tellement me rendre heureux qu’il y croit. Et ça me fait du bien. Mais je lui réponds quand même Non, c’est fini, merci. Il n’insiste pas. Il a compris, lui aussi, que les Ice Capades, ce n’est pas pour moi! Je lui donne un bec. Et je me sauve dans ma chambre. En pleurant. Les patins que je voulais tant, je les laisse dans le banc de neige. J’en ai plus besoin. Je ne serai jamais Jean Béliveau.

    Ma mère m’appelle pour que je vienne souper. J’ai pas faim. Je reste dans mon lit. À attendre que la peine passe.

    Je comprends pourquoi Maman m’a donné mon cadeau de Noël en novembre. C’est parce qu’elle ne voulait pas que je passe la journée de Noël à pleurer. Elle savait ce qui arriverait. Maintenant, il me reste vingt-cinq jours pour me trouver un autre rêve…


    • Bonjour Stéphane. Je critique souvent tes billets insipides, mais ceux qui valent la peine sont, tes vécus.
      Ils sont empreints d’une vérité, d’une tristesse et aussi de joies dans les petits malheurs de la vie. (si on peut appeller celà petit dans ton cas). Sache que je suis dans une position similaire à la tienne.

      Je préfère de loin ces billets de ton enfance, à ceux où il ne se passe rien. IE: Hydro et autres.

      Je te souhaite de passer de très belles fêtes, à toi et tout ton entourage.

      P.S. Il y a un paragraphe qui a dû sauter:
      Le soir, après avoir regardé le match du Canadien entre mon père et mon grand frère, Maman vient me prendre la main pour m’amener faire dodo. Tout en me bordant, elle me dit: ENSUITE???

    • Quelle maman psychologue ! Elle a compris qu’il valait mieux que vous viviez votre rêve plutôt que de vous dire la vérité. À chaque fois qu’elle regardait par la fenêtre constater tous vos efforts vains, elle devait souffrir pas juste un peu. Mais c’était une façon efficace et surtout tellement éducative de faire voir une réalité que mille mots n’auraient su expliquer.

      J’aime beaucoup les histoires vraies, celles où une certaine morale en découle, surtout lorsque c’est si bien raconté ! Joyeux Noël à vous et à tous ceux que vous chérissez.

    • Bonjour,
      Quelle photo qui en dit beaucoup de votre enfance. Né à Montréal avec le style du fer ornemental avec la main courante des districts avec des rangées de PLEX , le tout ressemble au Plateau et même à la Petite Patrie. En vous souhaitant de Joyeuses Festivités, Monsieur Laporte ainsi qu’à toute votre famille incluant votre frère. Aussi à tous vos proches et amis ainsi qu’à la merveilleuse équipe de La Presse dont les journalistes font l’envie de bien des quotidiens! Avec plaisir, John Bull.

    • Stéphane,

      À défaut de bien patiner et jouer au hockey, tu comprends bien notre sport national et tu es le seul à dire les vraies affaires…
      Joyeuses Fêtes!

    • Que de souvenirs. Je suis un jeune de 75 ans et je m’en vais feter chez mon garcon et tu peux etre sur que tu m’as fais réfléchir .Que de souvenir que de souvenirs ,,,,,,,

    • Quelle belle histoire que vous avez écrit. Qu’est-ce vous attendez pour écrire votre autobiographie? Votre blogue m’a tirer les larmes des yeux.

      Joyeux Noel à vous et tous ceux que vous aimez.

    • En vous lisant je pensais aux “Contes du lundi” d’Alphonse Daudet que j’adorais pour la simplicité toute vraie de ses narrations. Vous êtes superbe!

      Heureux temps des Fêtes.

    • M. Laporte. Pour moi vous êtes l’équivalent d’un Jean Béliveau, dans le domaine artistique. Au lieu de contempler un joueur de hockey, pendant seulement quelques saisons, nous de notre côté on aura la chance de profiter de votre génie, pendant plusieurs années.

      Joyeuses fêtes.

    • Wow! J’ai les yeux dans l’eau! Votre petite enfance a quelque chose qui vient me chercher! Mais c’est votre façon de le dire qui m’émeut le plus! Diable que votre mère et votre frère doivent vous aimer! Mais je suis certain que vous leur bien la pareille, seulement de la manière dont vous nous rapportez ce qu’ils ont fait pour vous!
      De très Joyeuses Fêtes et j’ai déjà hâte de vous lire à nouveau!

    • Histoire très touchante. C’est toujours un plaisir de te lire et c’est vrai que ta maman était vraiment chouette pour toi. Elle voulait t’épargner de la peine. C’est ça un vrai coeur de maman.

      Je te souhaite un très joyeux noël entouré des tiens.

    • Très belle histoire que j’ai déjà lue dans votre recueil de chroniques, mais que j’ai relue avec grand plaisir et beaucoup d’émotion. Votre famille vous aime beaucoup. ;-)

    • Beau texte, monsieur Laporte.

      @Superlulu (ou superpaslu?)
      (…) Tout en me bordant, elle me dit:
      « – Le Père Noël m’a laissé entendre que t’aimerais recevoir une paire de patins. Est-ce que c’est vrai?(…)

      Si ctte phrase manque dans votre ordi, changez-le. Sinon, changez de lunettes…

    • @ Contentez vous de commenter le blogue et non les commentaires. Le paragraphe n’y était pas hier. D’où mon P.S.

    • Merci Monsieur Laporte.

      @superlulu Vous avez entièrement raison. Il y a eu un rajout depuis hier.

    • Quelle belle photo de votre frere et vous-meme, Stephane.

      Votre maman etait d’une bonte (divine:)). On le sent chaque fois que vous en parlez. Vit-elle encore ?

      Je vous souhaite, Stephane, une bonne et fructueuse annee 2001, a vous, votre famille et vos proches ainsi qu’aux lecteurs de ce blogue.

      Cordialement :)

    • Ayoye… correction: annee 2011 et non pas 2001 :)

    • Très beau récit….félicitations pour ces merveilleux souvenirs.

      Juste une petite remarque:

      on ne dit pas moi et mon frère…mais plutôt… mon frère et moi.

      Bonne année

    • Bonsoir,
      Afin que les lecteurs identifient bien la photo, avec une pensée pour ceux ci, dans les normes journalistes, on lit et observe toujours de gauche à droite, n’est ce pas ? Simplement pour dire que Monsieur Laporte est conscient sûrement de la formule de politesse élémentaire qui ne s’appliquait pas ici pour la compréhension du topo et de la photo suggérée. Au plaisir, John Bull.

    • Belle histoire, très touchante, quelle gentillesse de ton grand frère !
      Tes souvenirs d’enfance me touchent, et notamment car je m’y retrouve. Comme toi, j’étais le troisième d’une famille composée avant moi d’un garçon et d’une fille, et je partageais ma chambre avec mon frère. Comme le suggèrent certains, écririez-vous vos souvenirs ?

      Une anecdote du même genre dans mes souvenirs : mon frère et moi étions très complices, mais aussi très chahuteurs (c’est ça les garçons ?) ! Evidemment, mon frère gagnait tout le temps, car il était plus grand et plus fort que moi, mais il avait aussi l’avantage de disposer de la technique que lui apportait la pratique du judo. Aussi je demandais à mes parents d’en faire moi aussi.
      A 7ans, ton âge dans cette histoire, je suis inscrit. Très fier, et m’imaginant déjà battre mon frère, je revêts le kimono. Je suis par contre décontenancé quand on me dit qu’il faut retirer les chaussures et les chaussettes. C’est obligatoire au judo. Intimidé, j’entre pieds nus sur le tatami, et il faut d’abord s’agenouiller et saluer. Bref, il faut respecter une discipline, s’échauffer, et se frotter au plus grands qui ne manquent pas de m’envoyer au tapis ! Je prends conscience que l’art du judo nécessite un long apprentissage, j’en ressorts courbatu et vermoulu, et il me faudra encore de nombreux mois avant de me mesurer à mon frère !
      Malgré cette expérience peu engageante, j’ai continué (et pas le choix de toutes façons, je l’avais demandé et mes parents avaient payé l’année). Petit à petit, j’ai acquis cette pratique.

      Cela n’a pas mis fin à mes chahuts avec mon frère, qui à cette occasion m’enseignait aussi des techniques. Mais ceci au grand désespoir de ma mère, car nous cassions des affaires !
      Bien à vous.

    • L’important c’est de participer et d’avoir le bonheur dans les yeux. Malheureusement dans les ligues ils poussent tellement que c’est la violence qui prime. Moi, je suis Maman de trois garçons et je suis allé patiner avec mes fils sur les patinoire, moi même était pas très solide sur mes patins.

      Mon fils trisomique 21 vient avec nous sur la patinoire, il ne veut pas porter de patins, il n’est pas solide, c’est sa différence, mais il s’amuse en nous voyant tomber et il bloque les pucks et nous avons du plaisir.

      Joyeuses fêtes a vous tous! xoxoxo

    • M. Laporte
      Votre histoire m’avait ému il y a 3 ans. Je la relis avec la perspective d’une mère dont le fils a quitté le domicile le jour de Noël pour prend son envol. Ne pas surprotéger, faire confiance, permettre le rêve et ne jamais marcher dessus….merci M laporte. J’avais besoin de relire cette chronique.

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