Quand j’étais flot et qu’il pleuvait le samedi midi, je regardais Bon week-end. C’était une émission de services au canal 10, dans les années 70. Il y avait toutes sortes de chroniqueurs, un avocat, un historien, un monsieur gadget, un chef cuisinier et j’en oublie…
C’était du Canal Vie avant son temps. Mais pas en location. Dans un bon vieux studio, en direct. Les spécialistes défilaient durant 2 heures aux côtés de Serge Bélair. Avec chacun d’eux, l’animateur avait du fun. Pas du plaisir, du fun, du gros fun. On entendait les caméramans rire. Pas une once de prétention. On avait l’impression d’entendre des voisins jaser. Et on aurait aimé être un petit oiseau pour savoir ce qu’ils se disaient durant les commerciaux. Ça devait être salé.
La première fois que j’ai rencontré Serge Bélair, c’est durant les années 90, à CKVL. Il animait Vedettes en direct avec Érick Rémy. Son jeune co-animateur l’appelait Monsieur Bélair. Et il y avait de quoi. L’homme était imposant. Il avait déjà plus de 30 années d’expériences. Il était devenu plus sévère. À la radio, il ne mâchait pas ses mots et passait quelques artistes au tordeur. Il était une sorte de justicier du showbiz. Un vieux sage qui rappelait aux petits jeunes qu’ils n’avaient pas tout inventé. Que c’est le public qui avait raison. Pas eux. Ses entrevues n’étaient pas complaisantes. Valait mieux avoir aiguisé ses patins avant de débarquer rue Gordon. Vedettes en direct, c’était la bande des six du vrai monde.
La dernière fois que j’ai vu Serge Bélair, c’est cet été à l’enregistrement du Banquier Spéciale 50 ans de TVA. Il avait tout de suite accepté l’invitation de nos recherchistes. Il était heureux de retrouver ses confrères et consoeurs de la belle époque.
Quand on l’a vu, on a eu un petit choc. Sa coiffe de coq avait disparue, comme il l’a dit en ondes. Mais son sourire était toujours franc et ses yeux allumés. Quand l’animatrice lui a dit qu’il était un monument, on a senti que ça lui a fait plaisir, que ça lui a fait du bien.
Je suis heureux que cette fleur venant de Julie, il l’ait reçue de son vivant, dans sa dernière apparition télé. Il était temps. Il était moins cinq.
Les pionniers de la télé sont trop vite oubliés.
Serge Bélair fait partie de cette génération d’annonceurs capables de tout faire. De ces hommes de télé multi-disciplinaires jamais pris au dépourvu. Des ces belles voix qu’on ne se lassait jamais d’entendre.
Merci Monsieur Bélair.
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