Stéphane Laporte

Stéphane Laporte - Auteur
  • Stéphane Laporte, collaboration spéciale

    Concepteur, auteur et réalisateur, Stéphane Laporte a collaboré aux succès de plusieurs émissions de télévision qui ont marqué le petit écran par leur qualité et leur originalité.
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    Samedi 19 juin 2010 | Mise en ligne à 11h05 | Commenter Commentaires (41)

    Le silence de mon père

    SLPAPAKENNEBUNK

    C’est le week-end de la fête des pères. Je n’ai plus de père. Alors je pense à lui. Voici une chronique du temps où il était toujours là.

    Le silence de mon père

    Dans quelques minutes, je vais appeler mon père. Ça va sonner. Il va répondre:
    “- Oui allô!?
    - Bonne fête des pères, Papa!
    - Merci beaucoup…
    - Est-ce que tu vas bien?
    - Pas trop mal, toi?
    - Moi ça va bien. Rien de neuf?
    - Non juste du vieux. Toi?
    - Moi toujours pareil…
    - …”

    Et là, il va y avoir un silence. Comme si on n’avait plus rien à se dire. Mais c’est pas ça. C’est juste notre façon de se parler. Car entre mon père et moi, il y a toujours eu un silence. Pas de chicane. Pas de gros mots. Pas d’éclats. Juste un silence.
    Un silence qui vient de loin…
    Un silence qui en dit long…
    “…”
    Dans le silence de mon père, il y a toute la réserve d’un homme…
    Orphelin à 16 ans avec ses 13 frères et soeurs, il a appris très jeune le sens des responsabilités. Et il a pris la vie au sérieux. Trop. Beaucoup trop. En taisant ses audaces. En taisant ses blessures. En les criant silencieusement.
    “…”
    Dans le silence de mon père, il y a toute la pudeur de l’amour paternel…
    Mon père a fait pour moi tout ce qu’un bon père fait pour son enfant. Il a travaillé fort pour bien me nourrir, bien me loger, bien m’habiller. Il s’est sacrifié pour me payer de bonnes études. Il est allé me reconduire partout. Il est venu me chercher. Toujours là. Agissant. Sans dire un mot. Petit parleur, grand faiseur. Mon père m’a montré qu’il m’aimait. Sans jamais vraiment me le dire. C’est mieux que l’inverse. Mais cela a bâtit un mur entre lui et moi. Le mur du silence. Et ça fait que moi aussi j’ai de la misère à lui dire toutes les belles choses que j’aimerais lui dire. Alors j’écris. J’écris sur le mur. J’écris des silences.
    “…”
    Dans le silence de mon père, il y a tous les vieux souvenirs d’un pôpa et de son gars. Des souvenirs de film muets…
    Quand j’étais petit, on regardait le hockey ensemble. Sans dire un mot. Papa sur le divan vert. Moi sur le divan bleu. Quand le Canadien comptait, j’étais seul à crier. Papa ne réagissait pas. Papa ne parlait pas. Le match continuait. En silence. Dans le salon, il n’y avait que la voix de Lecavalier. Et puis au début de la troisième période, enfin, je l’entendais… Je l’entendais ronfler! Mon père n’a jamais été un grand fan de hockey!
    Par contre moi si j’aime autant le hockey, c’est peut être à cause des ronflements de mon père. J’avais appris à les traduire. Ces ronrons voulaient dire que mon père était bien avec moi. Comme ceux d’un chat. Un enfant qui sent que son père est bien avec lui, n’a pas besoin d’en savoir plus. Il comprend l’essentiel. Le reste ce n’est que du bruit.
    “…”
    Dans le silence de mon père, il y a l’héritage qu’un père laisse à son fils…
    Mon père m’a légué la force du silence. Une paisible forteresse. Et je l’en remercie. Souvent quand je suis au milieu de gens qui parlent pour ne rien dire, je m’y réfugie. Et j’y suis bien. Et je pense à mon papa…
    “…”
    Dans le si…
    “Veux-tu parler à ta mère?”. Comme d’habitude, mon père brisera son silence avec cette question. Un silence qui aura duré deux secondes. Ou peut-être 73 ans. Ca dépens si on le mesure avec une montre ou avec un coeur.
    Et Papa me passera Maman. Et là, il n’y aura plus de silences! Ma mère parle plus que Michel Barrette et Janette Bertrand ensemble! C’est elle qui m’a légué le plaisir de la parole. Le bonheur des mots tout simples.
    “T’es gentil d’avoir appelé ton père. Tu ne travailles pas trop j’espère? Sais-tu qui j’ai rencontré hier?”
    Assis à coté d’elle, mon père l’écoutera.
    Dans quelques minutes, je vais appeler mon père. Ca va sonner. Il va répondre:
    “Oui allô!?
    - Bonne fête des pères, Papa!
    -…”

    Et là, tout de suite, il y aura un énorme silence. Plus tôt que prévu. Et plus long aussi. À cause de cette chronique. Mon père après avoir lu ça, ne saura pas quoi dire. Et moi non plus. Ce n’est pas grave. Ça fait longtemps que lui et moi on sait que le silence ça veut dire je t’aime. Bonne fête à tous les papas!


    • Quel beau texte,Stéphane. Comme disent certains musiciens chevronnés, la note que tu ne joues pas, à l’occasion, est parfois la plus importante. La valeur d’un silence n’a justement parfois pas de valeur…))…..Bon weekend à toi et ta douce.

    • Très beau texte.C”est toujours un plaisir de le relire comme plusieurs de vos textes.Merci

    • Extrardinaire !Tu as su par ce texte me remémorer de merveilleux moments vécus avec mon père !

      Mon père n’est plus depuis très longtemps mais ,que de beaux souvenirs je garde dans mon
      coeur moi aussi !

      Bonne fête à tous les pères qui méritent ce si GRAND nom ! PAPA !

    • Un très beau texte M. Laporte, profitons de nos pères pendant qu’ils sont encore là, et acceptons-les tels qu’ils sont.

    • Superbe, monsieur Laporte.

      Claude Dufour

    • Merçi Mr Laporte. Un beau texte, qui m’a ému. C’est à peu près la même chose que je vivrai demain, quand je lui dirai ”je t’aimes” en avant de sa pierre tombale. Qui a dit qu’un homme ,ça ne doit pas pleurer?

    • Beau texte, beau témoignage un peu à l’image de nous tous.

      Merci

    • ” Petit parleur, grand faiseur.”

      Quelle belle phrase. Il y a trop de gens qui parlent…

    • mon père aussi était comme ça et je m’ennuie terriblement de lui.

    • Hélà ! lointain, c’était l’époque des¨vrais hommes¨ travailleurs,fidèles & responsables qui compensaient par leur silence.
      À l’époque, Micheline Montreuil n’avait pas encore cousu sa première robe ;-d
      Juste revisionner le film “Le Soleil se lève en retard” ‘1977 avec Jean Mathieu le père silencieux il ne lit qu’une seule réplique dans le film:”Gisèle téléphone pour toi!”
      Les féministes & les 3ème sexe ont révolutionnés les rôles chamboulés les rôles établis. Je passerai pour un vieux conservateur mais je ne suis qu’à 2 ans de la quarantaine.;) _

    • Quand on n’a plus notre père, quelle tristesse ! quel vide ! Super beau texte, M. Laporte.

      Moi, j’ai 2 fils; ils sont papas; alors je leur envoie une carte à eux car ils sont pères.

      BONNE FÊTE À TOUS LES PAPAS DU MONDE

    • J’en ai le coeur gros ! Parce que mon père était aussi silencieux. Je ne l’ai jamais vu crier devant u match de hockey même si c’était un sport qu’il ne manquait jamais à la télé.

      Mon père parlait peu, mais son silence était remplacé par un grand bavardage des yeux qui se voulaient tout amour pour moi. La complicité entre lui et moi était palpable. Sa façon de répondre à la longue maladie qui l’a emporté m’a transmis une philosophie de la vie qui m’inspire encore aujourd’hui. Bonne fête papa !

    • 10/10

    • J’ai trouve tres bien votre article,ou comme mom_wilson je trouve ”

      Beau texte, beau témoignage un peu à l’image de nous tous”
      Bonne Fete des Peres .

    • J’ai perdu mon père il y a quelques mois. C’était lui aussi un homme du silence. Il me manque. Je pense que je vais faire comme toi ; je vais l’appeler demain.

    • Merci Stephane pour ton texte beau et emouvant; cela me ramene des souvenirs doux et mielleux. Comme mon pere est decede tres jeune (il avait tout juste 39 ans) et que moi j’avais 5 ans en 1966, le peu que j’arrive a me souvenir de mon lui sont surement le plus cadeau que je peux lui faire.
      Merci encore Stephane

    • Très beau texte Monsieur Laporte. Cela m’a ramené à mon propre père que j’ai perdu à l’âge de 11 ans. Malgré son penchant pour l’alcool qu’il avait développé avant son décès, il est et sera toujours mon héro :) Je tiens beaucoup de lui par mon caractère et mes intérêts dans la vie et ça c’est intarrissable.

      Bonne fête à tous les papas du monde.

    • J’ai 33 ans, et j’ai perdu mon père il y a deux ans et demie (il en avait 55).

      J’ai eu des frissons à lire ceci. Merci.

      JF

    • Merci pour ce beau texte qui me fait penser à mon père aussi. Il n’était pas instruit, mais s’il l’avait été, il aurait été probablement un financier et surtout un politicien. Grand Dieu que nous nous sommes donc chicané au sujet de la politique. Il était Libéral “teindu” au provincial comme à Ottawa. Il a voté une fois pour “Tit Poil”, mais il a vite compris que les Péquistes ne règleront jamais les problèmes de notre pays.

      Un jour mon père m’avait suggéré d’aller voir Jean Charest et de lui parler de trouver le moyen de rétablir l’indexation des pensions des employés du Gouvernement. (Ne pas oublier que ce sont les Péquistes qui ont joué là dedans) Je lui ai demandé pourquoi? Il m’a dit, cette homme-là va devenir le futur Premier ministre du Québec et moi je lui ai répondu, mais voyons donc papa, tu sais bien que cela n’arrivera jamais.

      Alors quand un fils se fait vieux, il lui arrive de penser à son père et de se dire: “Papa avait raison”. Quand il est mort, papa s’était choisi une belle tombe rouge en métal et dans le couvert, il y avait un curieux reflet du Drapeau du Canada. Il s’était choisi une cravate rouge, mais au dernier moment, nous ne trouvions plus la cravate et alors je lui ai mis une magnifique cravate bleue foncée avec de touts petits fleurs de lys. C’était ma façon de lui jouer un bon tour.

      Si mon père vivait, je me demande bien ce qu’il me dirait de Jean Charest. Le connaissant, je sais qu’il ne dirait pas grand chose et que son silence marquerait très certainement sa déception.

      Quand Papa nous parlait du fédéral et du provincial (nous aimions beaucoup parler politique) il se demandait et souhait toujours que les élus finissent par s’entendre et il avait cette “naïveté” d’y croire par ce qu’il n’aimait pas que les gens se chicanent. En ce sens, papa était un “Pasteur” dans l’âme rêvant de vivre en paix avec les brebis. . .

      Mon cher Charles, même si tu nous protèges d’en Haut, j’aimerais bien que tu sois là pour qu’on se parle un peu. De ce temps-ci, mon cher, on aurait de quoi à s’arracher les cheveux, si tu comprends ce que je veux dire. Au fond, tu es bien là Haut, surtout de ne pas avoir le stress de recevoir des “maudites avis de cotisation” de Revenu-Québec qui viennent nous priver de notre pain et notre beurre pour le remettre à ces être ignobles qui nous dirigent.

      Salut mon Charles et Bonne Fête des père (post-mortem)
      Gilles Pelletier, Québec

    • Le mien parle un peu plus, mais il n’en pense pas moins. B.F. des P., P!

    • Tu ressembles à un petit Haitien sur la photo!

    • chapeau pour cette grande simplicité de penser tou haut sur des sujets très personnels qui nous aident à devenir plus humains.
      Tu es un homme de coeur.
      bravo
      Yves graton

    • Beau texte,

      http://www.youtube.com/watch?v=gVvqwo7FUyk

      http://www.youtube.com/watch?v=AiDZpXvHIYo

    • Wow! Tellement émouvant. On dirait que c’est moi…

    • Merci beaucoup pour ce texte-là.

      Vous êtes vraiment heureux. Parce que vous avez le père comme ça et parce que vous savez écrire comme ça.

    • @gillefpelletier. “[...] je lui ai mis une magnifique cravate bleue foncée avec de touts petits fleurs de lys. C’était ma façon de lui jouer un bon tour.”

      Quel tour ?!? Désolant Monsieur. Chez tous les peuples du monde, mettre un drapeau ou un autre signe distinctif de sa nation dans la tombe d’un proche défunt, c’est un geste noble, une marque de fierté et de respect. Un geste apolitique, seulement patriotique. Pas au Québec semble-t-il, dans votre milieu du moins. C’est d’une tristesse à pleurer. D’autant plus que vous père a voulu, pendant un temps du moins d’après votre narration, travailler à édifier un pays pour ses enfants. Si je peux me permettre, je ne crois pas qu’il vous ait trouvé très drôle…

      Bonne Fête nationale quand même !

    • Merci beaucoup M. Laporte pour ce très beau texte. Il est aussi beau que celui qui était intitulé ”La place de mon père” en 2001. Bonne fête à tous les pères du monde.

    • Très beau texte M.Laporte.Des pères qui ne parlent pas et qui agissent c’est bien mais des pères qui parlent,agissent et prennent leur place c’est encore mieux. Bonne fêtes des pères à tous ceux qui ont la chance de faire parti de ce cercle privilégié.

    • C’est la présence qui compte.Des pères que l’on sait qui sont là,est parfois plus important que des pères qui en font trop.

    • Vous me rappelez que mon père était un fan inconditionnel du CH. Dans les dernières années de sa vie, il n’a pas eu beaucoup de veine car son CH dont il était si fier ne lui apportait plus les mêmes joies plus depuis de nombreuses années. Il ne parlait plus lui aussi. Bonne fêtes à tous les pères.

    • Ouf.
      Bien dit.

    • Ce silence «d’homme», je l’ai exploré dans un de mes récits appelé Les cendres d’Alex (de Petits récits de drames ordinaires). Ce silence est d’autant plus éloquent et bouleversant lorsqu’il se mue en grand silence…
      Bonne fête aux papas de coeur!
      Céline Borduas

    • Beau texte, Stéphane. Merci de le partager avec nous.

      À mon tour de souhaiter une bonne fête des pères à tous les papas.

    • J’ai 31 ans et mon père est encore bien vivant.

      Et bien moi j’ai eu un père “hybride” et j’en suis très heureux. J’ai eu un père qui ne parlait pas beaucoup mais qui s’exprimait avec verve quand c’était le temps. Il m’a montré l’image d’un père affirmé sans tomber dans le “grand parleur petit faiseur”.

      Par ses agissements, il m’a montré une confiance en lui. Et j’étais quand même capable de dialoguer avec lui. J’avoue que c’est moi qui amorçait la conversation mais il avait au moins le mérite d’entrer dans le bal et de me donner la réplique.

      Le modèle du père qui ne dit jamais un mot me donne des boutons. Ce n’est peut-être pas le cas dans la réalité des familles, mais ça m’envoie l’image d’un père “tapis” qui se couche devant sa “Germaine Castratrice” qu’est sa femme. Vive le père hybride avec qui on peut se mesurer, se confronter, se parler et pourquoi pas s’aimer. Je n’ai pas de souvenir clair d’un “je t’aime” de mon père, mais j’aimerais bien en avoir un…Hybride mais pas encore assez faut croire…

    • @septbre
      Vous savez, je ne suis pas inquiet du tout, tant mon père que ma mère avaient tous les deux un sens de l’humour peu commun. Ce qui importe est de savoir combien nous aimions notre père et il vaudrait mieux dire combien nous avons appris à le découvrir et à mieux l’aimer. Alors votre petite crise me fait bien sourire et de son Paradis, je suis persuadé que mon Charles est en train de rire de vous.

      Gilles Pelletetier, Québec

    • Je vous lis à tous et chacun pour me donner un peu de répit. Mon père est aussi taciturne mais pour cause d’aggresivité passive. Jamais eu un discours de bonne humeur mais de noirceur, haine, jalousie et mesquinerie. On s’enfonce dans le silence et n’est-ce pour proteger ma mère (et vice versa car je suis handicapés), il y’aurais longtemps que je serais de “l’autre côté”.
      Embrassez votre père de ma part et dite-lui Merci d’etre non pas seulement un père mais un papa.

    • Mr. Laporte… Merci!

    • Très beau texte ! Touchant ! Merci.

    • Tellement content d’être seul, pour lire ce beau texte….

    • Que c’est beau l’amour père-fils, père-fille. Vous nous l’expliquez tout simplement. Cordialement!

    • Très beau texte, encore plus touchant maintenant que votre père n’est plus là. J’ai relevé une coquille ” Ça dépend”avec un “d” et non pas un “s”

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