Gilles Carle s’est éteint. Les médias nous résument sa vie. On parle beaucoup de La vraie nature de Bernadette et de La mort d’un bucheron. À juste titre, bien sûr, mais pour moi, son plus grand film, c’est Les Plouffe. Il est dans mon top 3 de tous les films québécois confondus.
Les Plouffe est au Québec, ce que Le Parrain est aux États-Unis. C’est l’histoire d’une famille. Une famille qui n’a pas choisi le crime. Une famille qui a choisi la bonté catholique. Il y a moins de morts, mais autant de peines.
Carle réussit à nous rendre attachant chacun des personnages du film, d’Ovide à Stan Labrie, en passant par le curé Folbèche, Rita Toulouse, la mère Joséphine, Napoléon, sa belle Jeanne, Guillaume, le père Théophile, la vieille fille Cécile et son amant chauffeur d’autobus Onésime. Rarement vu au cinéma autant de destins croisés aussi sensiblement racontés. Autant de rôles aussi brillamment interprétés. Rarement vu la vie aussi simplement racontée. Tout le Québec d’avant la révolution tranquille est dans ce film. Avec ses valeurs, ses grandeurs et des petitesses.
Quand Juliette Huot crie à la fin du film: Mon Guillaume qui tue des hommes! C’est toute la foi du Québec qui vient d’être ébranlée. Les soldats québécois se battent contre Hitler. Le Québec n’est plus un enfant gentil. Le Québec est un adulte. Quand ces hommes reviendront de là-bas, ils ne verront plus le monde de la même manière. Et ils voudront changer le leur. Dans les sanglots de Juliette Huot, on comprend tout ça. Le Québec va sortir de sa coquille, tout peut lui arriver. Et tout, c’est souvent le pire.
Tout est simplement bon dans ce film. Le scénario signé Lemelin et Carle, le jeu des acteurs, la photographie, la musique de Stéphane Venne. Si vous ne l’avez pas vu encore, vous êtes chanceux, louez-le ce soir.
Il y a plein de scènes mémorables; la tirade d’Ovide Plouffe, la partie de fers, la visite de Napoléon au sanatorium… Un grand film universel.
Bien sûr, il faut saluer Gilles Carle pour l’ensemble de son oeuvre. Mais je veux le remercier spécialement pour Les Plouffe. Pour avoir aussi bien dépeint et aimé les Québécois.
Il était une fois un réalisateur heureux.
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