Stéphane Laporte

Vendredi 12 septembre 2014 | Mise en ligne à 18h36 | Commenter Commentaires (66)

De la désacralisation des chandails retirés du CH

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C’est en 1937 que les Canadiens de Montréal retirent leur premier chandail de leur histoire. L’équipe a déjà 28 années d’existence. Il faut poser un geste fort pour souligner l’extraordinaire carrière de la première légende de l’équipe, Howie Morenz. Élu trois fois le meilleur joueur de la LNH et gagnant de 3 Coupes Stanley, Morenz connait un destin tragique quand, suite à des multiples fractures subies sur la glace du Forum, il meurt quelques mois plus tard, à l’hôpital. Un héros mort au combat.  Le tricolore décide que plus aucun joueur de son équipe ne portera le 7. On enlève nos chapeaux et on salue le grand disparu.

Il faut attendre 24 ans avant qu’un autre chandail rejoigne celui de Morenz. Le sportif le plus marquant de l’histoire du Québec vient de prendre sa retraite. Maurice Richard, porteur de tous les rêves d’une nation trop tranquille, reçoit l’ultime honneur de voir son chandail retirer. On ne pouvait pas ne pas le faire. Le 9, c’est Maurice Richard.

10 ans plus tard, c’est celui qui a remplacé Maurice Richard au poste de capitaine, qui prend sa retraite. Jean Béliveau, la première idole moderne. Celui qui a fait monter les enchères, en jouant avec les As de Québec avant de se joindre au CH. Sûrement le plus grand capitaine que l’équipe ait connu. Les Canadiens retirent son numéro 4, ce qui n’empêche pas le Gros Bill de l’offrir à une recrue nommée Lafleur. Un geste de gentilhomme. Lafleur trouve que c’est trop d’honneur. Il refuse. Un geste d’humilité. Il rendra sacré le numéro 10.

En 1975, Henri Richard, le frère du Rocket, se retire à son tour. Après avoir remporté 11 Coupes Stanley ! Cet homme n’a pas assez de doigts pour mettre toutes ses bagues de championnat. Un record qui ne sera jamais égalé. Faut jamais dire jamais, mais là, on peut le dire.

La décennie 70 est la décennie Lafleur. Le CH domine outrageusement la LNH. Ne vous demandez pas où est la Coupe Stanley ? Elle est dans la valise du char de Lafleur. Qui roule à vive allure, les cheveux blonds au vent. Quand Lafleur fait ses premiers adieux en 1985, on hisse au plafond son numéro 10.

L’équipe a 76 ans d’histoire et 5 immortels: Morenz, les Richard, Béliveau et Lafleur. Le 7, le 9, le 4, le 16 et le 10. C’est parfait.

Quelques mois après le retrait du 10, on décide de retirer aussi le numéro 2 de Doug Harvey, le plus grand défenseur de son époque. OK.

Puis en 1995, on retire le numéro 1 de Jacques Plante, le précurseur de tous les gardiens modernes. OK.

En 2005 débute le festival du retrait des chandails,  d’abord le 12 de Dickie Moore et d’Yvan Cournoyer. Deux grands joueurs. Étaient-ils les plus grands de leur temps comme Richard, Béliveau et Lafleur ? Non.

En 2006, on retire le 5 de Geoffrion, le 18 de Savard. En 2007, le 29 de Dryden et le 19 de Robinson. En 2008, le 23 de Gainey et le 33 de Roy. En 2009, le 3 de Bouchard et le 16 de Lach. Cette année, on retirera le 5 de Lapointe.

Ça commence à faire beaucoup.

Comprenez-moi bien, tous ces noms sont des grands noms, mais si le retrait est l’honneur ultime, comment on fait pour différencier les légendes comme Morenz, Richard, Béliveau, Lafleur et les grands joueurs comme Moore, Cournoyer, Robinson et les autres.

Pour les générations futures, ils seront tous sur le même pied, ils auront tous accompli autant puis qu’ils auront tous obtenu la même récompense.

Ce n’est pas vrai. Le 23 n’a pas accompli autant dans l’histoire de l’équipe que le 9. Ça ne se compare même pas.

Le retrait du chandail n’est plus un geste sacré. Il est trop posé à répétitions.

Ça devrait être réservé à ceux qui ont marqué leur époque. Un seul par époque. Deux au maximum. L’époque Morenz, l’époque Richard, l’époque Béliveau. l’époque Lafleur et l’époque Roy.

Y’a-t-il une époque Koivu qui justifie le retrait du 11 ? Non, parce qu’il n’y a pas eu d’épopée du CH pendant les années Koivu. Koivu a peut-être été le meilleur joueur du tricolore, durant sa carrière à Montréal, mais il était le meilleur joueur d’une équipe ordinaire. Qui n’a rien gagné. Koivu n’est pas une légende. C’est un grand joueur. C’est déjà beaucoup. Mais pas assez pour dominer l’amphithéâtre pour l’éternité.

Enlever son chandail, ce serait encore plus banaliser cet honneur.

Au ciel du Centre Bell, les numéros des chandails retirés voisinent les bannières de la Coupe Stanley. Tous les numéros hissés jusqu’à maintenant ont aidé le CH à remporter la Coupe Stanley.

Malheureusement pour lui, pour l’équipe et pour nous, Koivu ne l’a pas fait.

Si on retire le chandail de Koivu, pourquoi pas le 22 de Steve Shutt, le plus grand pointeur de tous les ailiers gauches de l’histoire du CH ? Et le 25 de Lemaire ? Et le 21 de Carbo ? Et le 26 de Naslund ? Et le 14 du Bleuet ? Tant qu’à faire, que tous les joueurs actuels, portent des chandails numérotés de 50 en montant, pour être certain de ne pas devoir changer de numéro.

Il est temps de faire un moratoire sur le retrait de chandails. Trop, c’est pire que pas assez.

Faudrait trouver une autre façon de souligner une grande carrière. Tous les grands hommes ne sont pas des Saints. Faudrait créer des joueurs de hockey bienheureux. Faire un chemin d’étoiles au sol qui relierait le vestiaire à la patinoire et y mettre le nom des grands joueurs. Ce serait une façon.

Mais de grâce, laissez le ciel aux Dieux.

Et des Dieux, il ne faut pas qu’il y en ait trop.

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Dimanche 31 août 2014 | Mise en ligne à 20h14 | Commenter Commentaires (30)

Merci Carol !

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Le joueur de hockey Carol Vadnais vient de décéder à l’âge de 68 ans. Il a joué avec les Canadiens, les Seals, les Bruins, les Rangers et les Devils. C’était un solide défenseur. Un grand ami de Serge Savard.

La première saison de hockey que j’ai suivi d’un bout à l’autre, c’est en 1967-68. J’avais 6 ans.  J’ai donc vu évoluer Carol Vadnais avec le CH durant quelques matchs. L’année suivante, il s’est retrouvé à Oakland. Il y est devenu rapidement le meilleur défenseur de son équipe. Et un des meilleurs du circuit.

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Les petits gars de mon époque se souviennent aussi de lui, à cause d’une autre raison: son nom. Quand tu as 6 ans, un gars qui s’appelle Carol, c’est bizarre. Ça peut facilement être risible.  Un nom de fille pour un joueur de hockey robuste ?! Ça se peut pas!

Sans le savoir, Carol Vadnais a aidé tous les petits culs qui faisaient rire d’eux à cause de leurs prénoms. On peut s’appeler Carol et se rendre jusque dans la LNH, faque calme-toi les nerfs!

En plus, les Golden Seals de la Califormie se sont mis au début des années 70 à porter des patins blancs. Un gars qui s’appelle Carol avec des patins blancs ! Tous les taupins des cours d’école étaient confondus.

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Carol Vadnais était un grand défenseur. 169 buts en carrière, 587 points. Il fut aussi le défenseur de tous les garçons devant se battre contre les farces plates. Tous les petits gars aux noms pas comme les autres, tous les petits gars qui devaient porter les patins de leurs grandes soeurs. Merci Carol!

J’offre mes sincères condoléances à tous ses proches.

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Lundi 28 juillet 2014 | Mise en ligne à 16h18 | Commenter Commentaires (70)

Le retour de Série Noire, oh que oui !

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C’est la bonne nouvelle de l’été. Radio-Canada vient de confirmer la production de la 2ème saison de Série Noire. La série la plus disjonctée de la télé québécoise depuis Les Invincibles.

Bravo aux boss ! C’est rare qu’on dit ça, mais cette fois, bravo aux boss qui font preuve de vision. Série Noire a eu des cotes d’écoutes décevantes. Mais ce n’est pas la série qui était décevante, c’était les cotes. Les qualités de la Série sont assez grandes pour mériter un second rendez-vous avec les téléspectateurs. Soyez-y ! C’est tellement bon !

Pour savoir tout le bien que je pense de cette série (et de House of Cards), voici ma chronique du 16 mars dernier…

Maison-Blanche et Série noire

Jeudi soir, il est passé 23h, j’ose demander à ma blonde: «On le fait-tu avant de dormir?» À ma grande surprise, elle me répond: «Oui!» Ça va être la 18e fois qu’on le fait en moins de 15 jours.

Faire quoi? Regarder House of Cards.

House of Cards est une série dramatique qui raconte la soif de pouvoir du whip de la majorité à la Chambre des représentants du Congrès américain, Frank Underwood, interprété par Kevin Spacey. C’est la politique dans tout ce qu’elle a de plus malsain. Un trafic d’influence scandaleux. À côté de House of Cards, la commission Charbonneau, c’est Passe-Partout. Rien pour vous enlever votre désabusement envers les politiciens. Au contraire. Mais c’est bon. Super bon.

Bien écrit, bien joué, bien réalisé. Et surtout haletant. On veut savoir la suite. C’est le syndrome du bol de chips. On ne peut pas en prendre juste une. Il faut atteindre le fond. Le problème, c’est que le fond, c’est une journée complète devant l’écran. Non-stop. Je suis sûr qu’il y a des fous qui ont réussi le House-of-Cards-o-thon en 24 heures. Nous, on a débuté le 1er mars, et on avance allègrement dans la deuxième saison.

(Par respect pour tous les lecteurs qui ne sont pas rendus aussi loin que nous, je ne vous raconterai pas les punchs de l’intrigue, soyez sans crainte. Si vous ne connaissiez pas l’existence deHouse of Cards avant de lire cette chronique, vous êtes bénis, vous avez du gros fun devant vous. Il suffit de s’abonner à Netflix et de télécharger les épisodes.)

Ce qui me terrifie le plus dans cette série, c’est quand le héros Frank Underwood, homme à l’ambition shakespearienne, transgresse le quatrième mur et parle à la caméra. Il me parle à moi. Il partage avec moi ses pensées intimes. Comme si j’étais son ami, son complice. Je ne veux pas être l’ami ni le complice de Frank Underwood!!! C’est un être immonde. Mais je le deviens, malgré moi. La fascination des méchants. À côté de Frank, le bon vieux JR de Dallas a l’air de l’abbé Pierre. Kevin Spacey est juste trop bon. Il a créé un ignoble noble. Sa femme est tout aussi monstrueuse. Monstrueuse et séduisante. Une mante religieuse à vous faire damner. Quand on sort des jeux politiques sulfureux de la Maison-Blanche pour suivre la campagne électorale québécoise, c’est comme si on passait de l’enfer de Dante au village des Schtroumpfs. Tout semble si bon enfant.

Le générique du 18e épisode roule, il est passé minuit. Pas grave. Trop curieux, il faut se taper le 19e:

«On continue, Marie?»

Marie ne répond pas. Elle s’est déjà endormie, dès le fondu au noir de la dernière image. Merde! Je le regarderais bien tout seul, mais je n’ai pas le droit.

C’est une règle de couple que Marie-Pier et moi ne pouvons transgresser pour aucune raison: il est strictement défendu qu’un de nous deux regarde un House of Cards sans l’autre. Point de plaisir solitaire. Je ne peux en savoir plus que ma conjointe. Et vice-versa.

Je me fais une raison. Peut-être que demain matin, vers 5h, avant d’aller travailler, je pourrai convaincre ma blonde d’en regarder un ensemble. Quoi, il est permis de rêver! Surtout avant de dormir.

Une autre série, en ce moment, qui me procure autant de bonheur que House of Cards, c’estSérie noire. La série la plus imaginative de la télé québécoise, écrite par François Létourneau et Jean-François Rivard, réalisée par Jean-Francois Rivard.

C’est intelligemment disjoncté. L’histoire de deux scénaristes paumés qui se mettent en danger dans la vraie vie, pour inspirer l’écriture de leur feuilleton. C’est Woody Allen qui rencontre John Carpenter. De l’absurde d’horreur. Du bonbon. Mais du bonbon qui goûte fort. C’est cru. Et c’est pour ça qu’on y croit. Il n’y a rien de fade. Même pas les personnages secondaires. Surtout pas les personnages secondaires. Marc Arcand pourrait avoir sa propre série, n’importe quand. Ça lui ferait tellement plaisir.

L’audience de Série noire n’est pas très vaste. Est-ce la faute de la campagne promotionnelle avant la première? D’une compétition trop féroce? Toujours est-il qu’il n’y avait pas foule lors du départ de la série, et comme c’est un train dans lequel on ne peut pas vraiment embarquer en marche tellement il roule vite, il n’y a pas plus de gens dedans depuis. Paraît que la deuxième saison est menacée. J’espère tellement qu’elle verra le jour.

Série noire est faite pour être consommée à la Netflix. Téléchargée en rafale. Dévorée. À notre rythme. Dans le trafic des chaînes de télé, ce n’est pas toujours évident de faire sa place.

Trois cent mille personnes suivent, le lundi soir à 21h sur Radio-Canada, les mésaventures de Denis et Patrick. Netflix est très discret sur les chiffres d’Audimat que font ses séries. Pour le service de vidéo à la demande, l’important, ce sont les abonnements. La presse spécialisée avance, tout de même, que 5 millions de personnes ont regardé, jusqu’à maintenant, House of Cards. On est unanime à dire que c’est un grand succès.

Cinq millions de personnes, c’est 1,5% de la population américaine. Trois cent mille personnes, c’est 3% de la population québécoise. Soit le double. Tout est relatif.

Une chose est sûre, ce sont deux séries originales qui gagnent à être connues.

Parfois, il faut juste laisser le temps agir, le mot se passer, pour que les choses arrivent.

House of Cards aura une troisième saison. J’espère que SérieNoire en aura une deuxième. Et une troisième aussi !

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