Patrick Lagacé

Archive de la catégorie ‘Montée de lait’

Mardi 28 août 2012 | Mise en ligne à 12h58 | Commenter Commentaires (205)

Note de service pour le Dr Gaétan Barrette…

Gaétan Barrette — Photo La Presse

Gaétan Barrette — Photo La Presse

A : Gaétan Barrette, médecin, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, candidat de la Coalition avenir Québec dans Terrebonne

De : Patrick Lagacé, journaliste, membre du commentariat québécois

Objet : La grâce

Dr Barrette,

Je vous ai écouté, ce matin, en débat chez Paul Arcand, avec votre adversaire péquiste, le Dr Réjean Hébert.

Je comprends les impératifs d’une campagne électorale, par définition teintée de partisanerie. Je comprends donc que vous interrompiez à tout bout de champ votre adversaire quand celui-ci tentait de répondre à vos questions, à vos observations et à ce qu’il faut bien qualifier d’insultes. C’est de bonne guerre en campagne électorale, j’imagine, que de tenter de rabaisser constamment son adversaire. C’est votre style. Vous avez le droit. Comme vous avez le droit de traiter en IMBÉCILES (j’imite votre mode d’interaction sur Twitter, tout en MAJUSCULES) tous ceux qui osent avancer ne serait-ce que le début de la queue d’une nuance à vos certitudes, quant au franc succès que sera votre passage au ministère de la Santé (si la CAQ est élue et si les gens de Terrebonne vous choisissent comme député). C’est votre style, disais-je, et j’ai beau ne pas faire dans la dentelle quand je chronique, je vous avoue que ce style me laisse dubitatif.

Mais en certains moments, dans la vie politique, un homme doit savoir s’élever au-dessus de la mêlée. Un de ces moments est venu, ce matin, chez Paul, quand l’animateur a cité le cas d’une dame, qui évoquait son mari, un homme âgé et malade, pris dans les méandres des technologies médicales qu’on lui inflige. C’était le volet « fin de vie » du débat, un sujet qui touche des milliers de Québécois et leurs proches, un sujet qui a réussi l’exploit d’évacuer la politique partisane quand une commission de l’Assemblée nationale composée de députés de tous les partis se sont entendus sur des balises à instaurer, au Québec, à propos des dilemmes qui touchent nos choix individuels face à la mort.

Le Dr Hébert a répondu le premier, avec quelques mots à propos du cas évoqué par l’auditrice de Paul Arcand. Et il a cité la position du PQ, qui fait sienne les conclusions de la commission Mourir dans la dignité.

C’est ici, Dr Barrette, que vous avez raté l’occasion de vous élever au-dessus de la mêlée. Vous avez reproché au Dr Hébert de poser un diagnostic à distance. En médecine, c’est une accusation gravissime. Qui ne repose sur rien: personne de sensé ne croit que le Dr Hébert a fait de la médecine avec sa réponse. Vous avez utilisé ce sujet, la fin de vie, pour fesser sur votre adversaire. Vous avez utilisé ce sujet, non-partisan entre tous, des plus délicats, pour marquer des points avec ce qu’il faut bien appeler par son nom: une cheap shot.

Vous manquez de classe et, c’est pire, de jugement.

Un ministre de la Santé ne peut pas tout imposer d’autorité. Tant mieux si, dans l’éventualité où vous serez nommé à ce poste, vous le pourrez. Mais j’en doute. Ça prend de la finesse, aussi ; des dons de persuasion. Votre tenue en campagne me pousse à me demander si vous pouvez autre chose que le chef d’un lobby détestable.

C’est tout.

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Mardi 31 juillet 2012 | Mise en ligne à 16h26 | Commenter Commentaires (106)

Le drapeau du Québec compte combien de fleurs de lys ?

L’humoriste Guy Nantel a maintes fois fait ce coup pendable : poser des questions de culture générale à des badauds. Malaises et fous rires garantis devant l’ignorance de certaines personnes, qui semblent ne jamais ouvrir un journal, ne jamais consommer un bulletin de nouvelles pour comprendre le monde dans lequel elles vivent.

Ci-haut, une vidéo qui a déjà circulé l’hiver dernier, mais qui n’a abouti dans ma messagerie que tout récemment. Il s’agit d’un Monsieur qui ignore combien de fleurs de lys le drapeau du Québec contient. Un, commence-t-il par dire. Quand Guy lui dit qu’il y en a six, le Monsieur allume : SIX, oui !

Puis, quand le comique lui demande de nommer un pays du Moyen-Orient, notre homme hésite, longuement, avant de dire : Thailand. Or, tout le monde sait que la Thaïlande est en banlieue de l’Antarctique, pas au Moyen-Orient.

Il se trouve que le Monsieur s’appelle Denis Leftakis et qu’il est candidat de la CAQ.

Évidemment, on ne peut pas recruter uniquement des champions de Génies en herbe, pour être candidat aux élections. Évidemment, M. Leftakis connaît probablement d’autres choses, mais si vous ne savez pas combien de fleurs de lys compte le drapeau du Québec, peut-être qu’une élection québécoise n’est pas le terrain de jeu le plus propice à vous mettre en valeur… Mais je lis le compte Twitter de Kamal G. Lutfi, ce quasi-candidat de la CAQ, et je me demande si quelqu’un, dans ce parti, a pris 15 minutes pour parler de la pluie et du beau temps avec certains candidats. M. Lutfi, on le sait, a été éjecté de la Coalition avenir Québec après avoir dit un tas de bêtises sur les souverainistes, les Caisses pop et — par la bande — les Noirs sur ce média social.

Hyperactif sur Twitter depuis son divorce avec la CAQ, M. Lutfi est un feu roulant de déclarations aussi incompréhensibles que stupéfiantes. On dirait que quelqu’un, quelque part, a tenté une expérience de clonage : hop, un peu d’ADN de Jean Perron, un peu de d’ADN de Dan Quayle, on brasse, on ajoute une moustache et — TADAM ! — c’est M. Lutfi qui en est sorti…

Difficile de croire que le fond clownesque de M. Lutfi n’a pas pu être dépisté par les bonzes de la CAQ. Lui a-t-on parlé un peu, l’a-t-on sondé sur sa vision de la vie et de la société ? Toi, mon Kamal, tu penses quoi de la question nationale ? Ou lui a-t-on seulement demandé un chèque visé de 25 000$ ?

Au-delà de ces cocasseries, les pelures de bananes qui ont embarrassé MM. Leftakis et Lutfi sont symboliques de l’environnement dans lequel on vit, ce monde 2.0 où tout le monde a une tribune, où tout le monde connaît quelqu’un qui est un peu passé à la télé un jour. Il ne faut pas seulement craindre la bêtise qu’on pourrait dire ; il faut se méfier de celles échappées dans le micro d’un humoriste, si facilement recyclées dans une vidéo sarcastique anonyme…

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Mercredi 25 avril 2012 | Mise en ligne à 9h59 | Commenter Commentaires (206)

La CLASSE et sa vision d’une « négociation »

Antoine Robitaille du Devoir, le vlimeux, m’a pris de vitesse : il a sorti dans l’édition de ce matin de son journal un papier sur les membres du comité de négociation de la CLASSE. Alors que je posais des questions là-dessus, hier soir, Antoine devait être en train d’écrire…

Donc, la CLASSE s’est choisie l’hiver dernier quatre délégués pour la représenter dans un éventuel comité de négociation. Il s’agit de Shanie Morasse, Philippe Lapointe, Justin Arcand et Nicolas Lachance-Barbeau. Tous les candidats devaient présenter un texte pour mousser leur candidature. Or, trois des candidats sélectionnés — Mme Morasse, M. Lapointe et M. Lachance-Barbeau — en ont profité pour décrire leur vision de ce qu’est une négociation, dans le contexte actuel.

Je les cite…

Shanie Morasse :
« Plusieurs raisons m’ont poussé à vouloir me présenter sur le Comité négociation de la CLASSE. Je crois que dans la vie je ne suis pas vraiment portée à vouloir aller sur ce genre de comité, je n’aime pas négocier, je n’aime pas les fédés et je n’aime pas le gouvernement. Par contre, j’aime faire des bilans. En fait, avant qu’un ami m’en parle un peu à la blague je n’avais jamais pensé imaginer me présenter sur ce comité.

Philippe Lapointe :
Ce comité, dit de négociation, devra non pas négocier, mais exiger. En déposant un cahier de revendications et en servant de courroie de transmission entre le congrès de la CLASSE et la table de rencontre avec le gouvernement, le comité servira à démocratiser le processus de discussion avec le gouvernement. Il n’est pas ici question de représenter les intérêts étudiants, mais bien de servir de délégué, sans pouvoir décisionnel

Nicolas Lachance-Barbeau :
La première fois que je me le suis fait demander, je n’avais pas l’intention de me présenter sur le comité de négociation. J’ai répondu que d’aller m’assoir avec les gens du ministère de l’éducation était contre mes valeurs. Puis je me le suis fait redemander. J’ai répondu la même chose. Plus je donnais cette réponse, et plus on me le demandait. J’ai finalement compris que c’est justement PARCE QUE c’est contre mes principes qu’on me le demande.

Interloqué, j’ai écrit à Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE, pour lui demander des explications. La CLASSE va aller négocier quoi, avec la ministre Beauchamp, si l’essentiel de son comité de négo promet de ne pas… négocier ? Réponse de GND :

Cela dit, l’essentiel de ce qui y est écrit ne doit pas être pris à la légère: les lettres ne reflètent pas un refus de négocier, mais un refus de prendre des décisions sans consulter les assemblées. Les membres du comité de négociation sont, comme moi, des porte-paroles. Ils n’ont pas le pouvoir de refuser ou d’accepter des offres.

Leur rôle est simple, en fait: discuter avec la délégation du MELS pour en tirer le plus possible. Aller chercher tout ce qu’ils et elles peuvent aller chercher. Lorsqu’une offre formelle sera faite, les membres du comité de négociation iront présenter cette offre dans les assemblées générales, qui l’accepteront ou la refuseront. C’est sur ce point, je crois, que les lettres sont intéressantes: notre comité de négociation est formé de gens qui ont à coeur nos principes de démocratie directe et de décentralisation. Et c’est pour cela que les lettres insistent sur le fait “qu’ils n’ont pas le goût de le faire”: cela n’est-il pas le meilleur moyen de se protéger contre les dérives autoritaires qui peuvent naître si facilement dans ce genre de contexte?

Depuis leur élection en février, ils et elles ont eu-e-s de longues heures de lectures, de formation et de préparation. Ils et elles sont tout à fait prêts et prêtes et le Congrès de la Coalition leur fait totalement confiance pour accomplir leur mandat!

Dans sa réponse, le porte-parole de la CLASSE souligne l’aspect humoristique des mises en candidature. C’est vrai, il y a de l’humour dans certains passages, notamment quand un des candidats parle de sa cravate à motifs de canards, que je n’ai pas inclus dans mon courriel à GND, justement parce que ça n’a pas de lien avec le noeud (moi aussi j’ai le sens de l’humour*) de mon questionnement.

S’ils ne vont pas négocier, ils vont faire quoi ?

Négocier, ce n’est pas exiger. C’est du troc. C’est transiger.

Ce qu’on lit là, c’est le contraire d’une négo. Pour le vase clos de la militance de la CLASSE, peut-être que c’est simplement l’expression de convictions en acier trempé. Mais pour la moyenne des ours, c’est de la mauvaise foi crasse, j’en ai bien peur.

Aucun rapport : c’est peut-être formidable, la démocratie directe, le refus global d’une quelconque autorité. Peut-être qu’à l’intérieur de la CLASSE, c’est un mode d’interaction idéal qui comble les membres et les « instances » de bonheur. Mais pour interagir avec le monde extérieur, c’est de la bouillie pour les chats. Pour le monde réel, c’est loin d’être commode. C’est pas sérieux.

je l’ai écrit, je l’ai dit cent fois : rien ne pouvait justifier, ces derniers mois, même avant la grève, le refus de Québec de négocier avec les associations étudiantes. Mais pour la CLASSE, quand je lis ces mises en candidatures, quand je lis les justifications de Gabriel Nadeau-Dubois, je me dis qu’à la place de Line Beauchamp, pas sûr que j’aurais envie de négocier avec des gens qui a) n’ont pas de mandat de négocier b) confondent les verbes exiger et négocier c) ont parfois même comme valeur de ne pas négocier d) clament avoir pour valeur de ne pas s’asseoir avec des gens du ministère de l’Éducation.

*Cravate, noeud… Boudoum-pouishe.

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