Patrick Lagacé

Archive de la catégorie ‘Médias’

Vendredi 19 avril 2013 | Mise en ligne à 8h50 | Commenter Commentaires (207)

La Presse+ : mon cerveau doit être recalibré…

Dead-Sea1

Je suis soufflé devant La Presse+, après deux jours de consultation de l’édition numérique de mon journal pour iPad. Pour reprendre une expression anglo : « Mind, blown. »

Hier, en boutade, j’ai écrit sur Twitter que je me sentais comme s’étaient sans doute sentis les gens qui ont regardé la télévision pour la première fois, dans les années 1950. J’exagère, évidemment. Mais ça reste quelque chose de complètement neuf, dans l’offre média, il me semble, je ne me souviens pas d’avoir manipulé quelque chose de semblable.

Deux trucs intéressants à lire, à ce sujet : un reportage de Radio-Canada et une analyse de Maxime Johnson.

Je regarde ce média neuf et même si je le soupçonnais déjà, je vois concrètement comment ma façon d’exercer mon métier va être décoiffée. Je vais devoir trouver d’autres façons de raconter des histoires, comme tous les collègues. Pas tout le temps: je crois qu’il y aura toujours de la place pour des chroniques de 800 mots sans grand appui multimédia, surtout en opinion. Mais pour les reportages, on entre dans une autre forme de storytelling.

En consultant La Presse+ hier, je me demandais comment j’aurais raconté différemment des séries récentes, comme celle sur l’amour ou celle sur la mort d’un préventionniste du Service des incendies de Montréal. Dans la version papier, pas de souci : de la même façon, ou presque. Mais pour La Presse+ ? Je ne sais pas. Il va me falloir penser autrement, aborder les sujets d’une façon moins linéraire.

C’est fascinant et… angoissant.

Je vais devoir recalibrer mon cerveau, finalement. Un peu comme en 2003, quand je suis passé de reporter à chroniqueur : ce ne sont pas les mêmes parties de ton cerveau qui travaillent, ce ne sont pas les mêmes réflexes que tu dois aiguiser. C’est seulement plus tard que j’ai réalisé que pendant un an ou deux, après un an ou deux de chroniques (bien souvent nulles) écrites à tâtons, mon cerveau était en train de se recalibrer. J’espère que ça va me prendre moins de temps, cette fois-ci…

C’est aussi ce que La Presse a fait, ces dernières années: recalibrer ses façons de faire. En deux, trois ans, nous sommes passés d’une entreprise publiant des nouvelles sur des arbres morts et sur un site web à une entreprise qui a accouché d’une nouvelle bibitte, avec cette application. Et même si le résultat est déjà superbe, nous n’en sommes collectivement qu’au début du processus de création de La Presse+… Ce qui augure bien : quand nous aurons tous métabolisé les façons multiples de raconter des histoires sur cette plateforme, le résultat risque d’être hallucinant.

Est-ce que ça va « marcher » ?

Dans le sens où La Presse+ va permettre à l’entreprise de transcender le long fade out des médias écrits ? Je ne sais pas, je ne suis pas un devin, je suis pas un spécialiste de la business des médias mais j’imagine que nos boss ont fait leurs devoirs et qu’ils y voient un potentiel certain, s’ils ont investi 40M$ dans l’aventure. Ce que je sais, c’est que nous tentons une percée en territoire inconnu, avec une fougue, une confiance et une audace colossales.

C’est vivifiant.

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Mardi 12 février 2013 | Mise en ligne à 9h24 | Commenter Commentaires (104)

Denise Bombardier n’a pas toujours toléré le plagiat

J’évoquais l’an dernier cette curieuse affaire de plagiat commis par Françoise Laborde dans un livre que la Française cosignait avec Denise Bombardier l’an dernier. Confrontée sur ce larcin intellectuel commis par son amie et coauteure, Mme Bombardier a refusé d’en parler l’an dernier. Dimanche, sur le plateau de Tout le monde en parle, elle a rageusement lancé des écrans de fumée pour éviter de répondre aux questions que je lui posais là-dessus (chronologie du bras de fer sur mon blogue) puis hier, avec la même rage, elle a encore prétendu que cette histoire de plagiat n’existe pas…

Je l’ai dit, je le répète : quand on a jonglé avec les mots et les idées toute sa vie, comme Mme Bombardier ; quand on a fait un doctorat à La Sorbonne, comme Madame Bombardier, on sait ce qu’est le plagiat et la saloperie que le plagiat représente, que ce soit en recherche universitaire, en littérature ou en journalisme. Depuis que son amie Laborde a volé le travail d’une journaliste de Slate, sans attribution, Mme Bombardier semble avoir perdu sa boussole morale en pareille matière et prétend même que le nord magnétique n’existe pas…

Mais je découvre avec soulagement qu’il fut une époque où Denise Bombardier dénonçait le plagiat.

Je la cite :

Cet état d’esprit préside aussi au plagiat dans les travaux scolaires et universitaires. Internet n’est-il pas un instrument de connaissance? Alors, ils transcrivent sans vergogne avec d’autant plus d’assurance qu’ils misent sur la paresse, l’ignorance ou le découragement de leurs profs incapables de réagir ou de découvrir la fraude. Bien évidemment, dans la foulée de la laïcité mal comprise, le «rendons à César ce qui appartient à César», exclu du cursus scolaire, leur est inconnu. Désormais, «qui trouve garde» est leur credo. Voilà pour les travaux faits maison. Pour les examens, le système de copiage fait florès. D’autant plus que l’étudiant qui sait se sent dans l’obligation de transmettre sa science aux autres, l’appartenance au groupe, elle, étant sacrée. Copier aux examens n’est donc plus une faute mais une question de possibilité ou d’impossibilité, selon le système de surveillance.

C’était dans Le Devoir du 15 novembre 2003, dans une chronique intitulée L’honnêteté ? Connais plus !

Bref, le plagiat vaut la peine d’être dénoncé quand il concerne notre jeunesse à la dérive ; il n’existe pas quand il s’agit de notre amie.

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Jeudi 18 octobre 2012 | Mise en ligne à 13h31 | Commenter Commentaires (55)

Québecor Media et le Conseil de presse

kentbrockman1

Le Conseil de presse est comme la démocratie, selon la formule célèbre de Churchill : ce n’est pas parfait, mais c’est ce qu’on a trouvé de mieux…

Le CPQ traite les plaintes du public face aux médias et aux journalistes. C’est un tribunal d’honneur, selon la formule consacrée: rien ne force les médias à collaborer avec le CPQ et rien ne les force à publier les blâmes dont ils font l’objet. Le processus est simple : si quelqu’un croit qu’un média ou un journaliste québécois a mal fait son travail, il dépose une plainte détaillée au CPQ. Un comité composé de journalistes et de membres du public prend le tout en délibération et se penche sur les griefs. Ceux-ci sont analysés en vertu des normes et pratiques acceptées dans le métier. Ces normes et pratiques ne sont pas des règles coulées dans le béton armé. Elles reflètent, pour le meilleur et pour le pire, le fait que ce métier est souvent un métier de cas par cas.

Bref, une fois la plainte analysée, elle fait l’objet d’une décision détaillée. Il y a un processus d’appel. La sanction ? Un simple blâme, exprimé de façon plus ou moins appuyée. C’est tout. Le journaliste ne perd pas de jour de travail (comme les flics, comme les médecins, par exemple, qui sont blâmés par leur ordre professionnel). Son média n’est pas condamné à payer une amende. Il n’est pas forcé de publier/diffuser le blâme en question.

(On peut s’étonner que les journalistes ne soient pas sanctionnés, en cas de blâme, comme des flics ou des médecins. On peut s’étonner qu’un métier qui se targue d’être un rouage important d’une démocratie en santé ne soit pas encadré par un ordre professionnel. Il y a un vieux fond de liberté d’expression là-dedans, qui repose lui-même sur un vieux fond de scepticisme face aux tentatives de l’État d’ « encadrer » le travail des journalistes. C’est un long débat, qui refait surface dans la profession de temps en temps: faut-il « professionnaliser » le travail des journalistes ? La plupart du temps, les journalistes en discutent en congrès, l’État québécois fait des consultations, accouche d’un rapport qui, fatalement, évoque la possibilité de donner des dents au CPQ et qui, tout aussi fatalement, échoue sur une tablette gouvernementale.)

J’ai fait l’objet de plaintes au Conseil de presse. J’ai déjà été blâmé par le Conseil de presse, deux fois si ma mémoire est bonne, à l’époque du JdeM. J’ai échappé à des blâmes de peu, alors qu’en rétrospective j’étais à peu près certain d’être blâmé. J’ai lu des décisions ne me concernant pas qui m’ont exaspéré, je ne comprenais pas du tout les blâmes du CPQ (une récente décision à propos de Richard Martineau, notamment – la satire et l’hyperbole sont des outils reconnus du chroniqueur, je ne vois pas comment une personne de bonne foi pouvait être trompée par une citation manifestement inventée). Mais je peux dire deux choses à propos du Conseil de presse et de ses décisions :

1- Chaque fois que je fais l’objet d’une plainte, cela force une réflexion sur le métier, sur mon métier, mon approche, mes choix d’angles de traitement, etc, etc. C’est un garde-fou (le mot n’est pas choisi au hasard). Cette réflexion nourrit les chroniques à venir, me pousse à peser mes mots, à baliser mes montées de lait, à m’abstenir de certaines décisions journalistiques. Dans un métier qui n’est pas encadré par un véritable ordre professionnel, le CPQ pousse les journalistes à constamment réfléchir au métier. Ce n’est pas rien.

2- Le CPQ n’est pas un organe parfait — ça n’existe pas — mais pour le public, c’est un moyen simple, peu coûteux et efficace de faire valoir ses griefs. Si vous comparez cela au coût humain et financier d’un procès, ça frise le génie. Même pour le média ciblé, la « sanction » est un accommodement tout à fait raisonnable : vous devez simplement publier le blâme. C’est préférable à un long et coûteux procès. Le CPQ n’est pas parfait… et les médias non plus !

Ce qui m’amène à la décision de nos camarades de Québecor Média de se retirer du Conseil de presse. Essentiellement, ça veut dire que ce grand groupe de presse qui comprend des grands médias comme TVA, le Journal de Montréal et le Journal de Québec a) ne finance plus le CPQ b) refuse de collaborer quand il fait l’objet de plaintes du public. Québecor Média a déjà déploré avoir fait l’objet de décisions injustes, pour motiver son boycott. On serait plus « dur » avec Quebecor qu’avec d’autres médias.

Je n’ai pas fait d’études empiriques sur le sujet et ne me souviens pas que Québecor en ait fourni. Mais tout récemment, le CPQ a sorti une fournée de décisions impliquant des médias de Québecor en marge de l’agité printemps que nous avons connu. En tout, neuf gestes journalistiques (appelons ça comme ça) ont fait l’objet de plaintes, impliquant le Journal de Montréal/Journal de Québec, TVA, LCN et le gratuit 24 heures. Le « score » final contredit les prétentions de partialité de Québecor face au CPQ, si mes calculs sont exacts : sur neuf plaintes, quatre ont été retenues. Dans plusieurs cas, même si les mots et et choix éditoriaux peuvent avoir choqué les gens qui sont dans le camp des carrés rouges, le CPQ a jugé que les journalistes et médias de Québecor avaient agi selon les règles de l’art.

Dans chaque cas, cependant, Québecor a été blâmé… pour ne pas avoir répondu à la plainte ! Je n’ai pas comptabilisé ces blâmes qui n’avaient de lien avec la plainte originale. Je n’inclus pas non plus une décision du CPQ rendue en mai, portant sur une chronique brutale d’Éric Duhaime à propos d’Occupy Montréal. Éric a été « blanchi », même si ses mots étaient très, très, très durs.

La morale de cette histoire ?

Il n’y en a pas. Juste un souhait de journaliste qui pense que le CPQ est le moins pire des mécanismes pour répondre aux griefs (pas toujours légitimes, parfois exprimés de mauvaise foi, c’est vrai) du public : que les médias de Québecor reviennent dans le giron du CPQ. La situation actuelle est absurde : un géant de l’info ignore un CPQ qui, de toute façon, se penche sur son cas. Et pas tout le temps « contre » lui, malgré les prétentions contraires.

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