
Je suis soufflé devant La Presse+, après deux jours de consultation de l’édition numérique de mon journal pour iPad. Pour reprendre une expression anglo : « Mind, blown. »
Hier, en boutade, j’ai écrit sur Twitter que je me sentais comme s’étaient sans doute sentis les gens qui ont regardé la télévision pour la première fois, dans les années 1950. J’exagère, évidemment. Mais ça reste quelque chose de complètement neuf, dans l’offre média, il me semble, je ne me souviens pas d’avoir manipulé quelque chose de semblable.
Deux trucs intéressants à lire, à ce sujet : un reportage de Radio-Canada et une analyse de Maxime Johnson.
Je regarde ce média neuf et même si je le soupçonnais déjà, je vois concrètement comment ma façon d’exercer mon métier va être décoiffée. Je vais devoir trouver d’autres façons de raconter des histoires, comme tous les collègues. Pas tout le temps: je crois qu’il y aura toujours de la place pour des chroniques de 800 mots sans grand appui multimédia, surtout en opinion. Mais pour les reportages, on entre dans une autre forme de storytelling.
En consultant La Presse+ hier, je me demandais comment j’aurais raconté différemment des séries récentes, comme celle sur l’amour ou celle sur la mort d’un préventionniste du Service des incendies de Montréal. Dans la version papier, pas de souci : de la même façon, ou presque. Mais pour La Presse+ ? Je ne sais pas. Il va me falloir penser autrement, aborder les sujets d’une façon moins linéraire.
C’est fascinant et… angoissant.
Je vais devoir recalibrer mon cerveau, finalement. Un peu comme en 2003, quand je suis passé de reporter à chroniqueur : ce ne sont pas les mêmes parties de ton cerveau qui travaillent, ce ne sont pas les mêmes réflexes que tu dois aiguiser. C’est seulement plus tard que j’ai réalisé que pendant un an ou deux, après un an ou deux de chroniques (bien souvent nulles) écrites à tâtons, mon cerveau était en train de se recalibrer. J’espère que ça va me prendre moins de temps, cette fois-ci…
C’est aussi ce que La Presse a fait, ces dernières années: recalibrer ses façons de faire. En deux, trois ans, nous sommes passés d’une entreprise publiant des nouvelles sur des arbres morts et sur un site web à une entreprise qui a accouché d’une nouvelle bibitte, avec cette application. Et même si le résultat est déjà superbe, nous n’en sommes collectivement qu’au début du processus de création de La Presse+… Ce qui augure bien : quand nous aurons tous métabolisé les façons multiples de raconter des histoires sur cette plateforme, le résultat risque d’être hallucinant.
Est-ce que ça va « marcher » ?
Dans le sens où La Presse+ va permettre à l’entreprise de transcender le long fade out des médias écrits ? Je ne sais pas, je ne suis pas un devin, je suis pas un spécialiste de la business des médias mais j’imagine que nos boss ont fait leurs devoirs et qu’ils y voient un potentiel certain, s’ils ont investi 40M$ dans l’aventure. Ce que je sais, c’est que nous tentons une percée en territoire inconnu, avec une fougue, une confiance et une audace colossales.
C’est vivifiant.
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