Patrick Lagacé

Archive de la catégorie ‘Les uns et les autres’

Photo André Pichette, La Presse

Photo André Pichette, La Presse

Samedi dans La Presse je chroniquais sur une histoire qui me semble formidable : Anne B.-Godbout qui donne un rein à son ami Hugo Houde. Deux adultes dans la jeune vingtaine, qui se sont connus par les blogues, dont l’amitié a fini par se développer dans le réel. Puis, un jour, les reins d’Hugo cessent de fonctionner.

Formidable ? Eh bien, la greffe d’un organe, pour moi, c’est un peu comme la présence permanente de l’Homme en orbite de la Terre : ce n’est pas parce qu’on s’y est habitués qu’il s’agit d’une chose banale. C’est tout sauf banale.

Bref, Hugo Houde. Ses reins ont cessé de fonctionner. Il lui faut une greffe, il lui faut un rein, un seul. Son père, sa mère ne sont pas compatibles. Il lui faut se résigner : il faudra attendre le rein prélevé d’un cadavre. En attendant, c’est la dialyse.

Dans le grand totem des greffes d’organes, les patients en attente d’un rein sont peut-être parmi les moins mal pris. Ils peuvent vivre une vie quasi normale, grâce à la dialyse, cette machine qui nettoie le sang. Mais quand même : ça vous hypothèque un quotidien, ça vous mine les perspectives.

Anne s’est proposée. Elle était compatible. L’opération a eu lieu il y a une semaine. C’est l’histoire de ma chronique. J’espère que la portion catholique du lectorat, cette portion qui m’a tant tancé pour mes mots un peu durs à l’égard du cardinal Ouellet, a apprécié le clin d’oeil au p’tit Jésus…

Pourquoi s’est-elle proposée ? Autour d’Anne, à l’hôpital notamment, on a tenté de lui faire dire qu’il devait bien y avoir « quelque chose » entre elle et Hugo. Mais non, Anne a un chum, elle n’est pas amoureuse d’Hugo. Il y aura, pour toute la vie, quelque chose de spécial entre les deux, un lien en titane, évidemment. Mais pas « ça ». Mon analyse à deux cennes : Anne a fait don de son rein parce qu’elle est comme ça, une bibitte généreuse et sensible au sort de son prochain. Une forme de bonté.

Mais l’histoire d’Anne et Hugo, c’est aussi l’histoire de la vie 2.0, de la vie à l’ère numérique, des relations qui commencent dans l’Internet et qui se déversent dans le réel. Anne a connu Hugo quand celui-ci animait un blogue s’intitulant Oops, we’re dead !, un blogue supposément animé par un ado…

C’est ainsi que leur relation a commencé : sur le quiproquo d’un pseudonyme et d’une vie inventée (qui n’est pas sans rappeler ce célèbre dessin…). Qu’importe, Anne et Hugo ont fini par développer une réelle amitié, dans le réel.

Je sais que le virtuel a mauvaise presse. Je sais que le réflexe commun est de sacraliser les « vraies » amitiés, les « vraies » relations qui commencent et perdurent dans le réel. En amitié comme en amour : même le recours aux sites de rencontres, bien que généralisé, a encore quelque de chose de suspect en certains quartiers. Je crois qu’on fait fausse route. De nos jours, il y a tellement de nos vies qui sont imbriquées dans le 2.0 et tellement de bribes du 2.0 qui sont imbriquées dans nos vies que c’est immensément réducteur de dire que les relations virtuelles sont dérisoires…

L’histoire d’Anne et Hugo constitue une preuve, si on veut, de l’importance et de la densité des relations qui commencent dans le virtuel. Facebook, Twitter, les blogues, les textos : ce sont de nouvelles interfaces dans la grande aventure humaine. Les plus de 40 ans, comme moi, ont connu l’ancienne époque où ces interfaces n’existaient pas. On peut comparer avec l’ancienne époque, évidemment. Mais comme avec toute comparaison générationnelle, la nostalgie embue un peu le rétroviseur.

Il y a du mauvais dans ces relations 2.0, il y a de la perversité qui se cache là-dedans, il y a une impunité qui existe autrement que dans le réel. Je sais. Et j’en parlais l’an dernier, avec la triste histoire d’Amanda Todd.

Mais il y a aussi du bon, du très bon. La preuve…

***

Oh, un merci particulier à tous ceux qui ont relevé une inexactitude dans cette chronique. Le fromage plein de trous des Suisses est l’emmental, pas le gruyère.

J’espère que ça ne me vaudra pas une plainte au Conseil de presse.

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Vendredi 8 mars 2013 | Mise en ligne à 14h45 | Commenter Commentaires (163)

Ah, les maudites féministes !

C’est le 8 mars, Journée internationale de la femme et avec les dossiers spéciaux dans les médias — comme ce palmarès concocté par La Presse —, on peut entendre l’écho des grognons qui se demandent pourquoi, « en 2013 », il faudrait souligner cette journée. Je ne suis pas particulièrement fan des journées thématiques, je comprends que le Québec est une société progressiste où les femmes ont fait des gains de géante depuis quelques décennies, mais il y a encore du chemin à faire.

Il y a du chemin à faire ici et ailleurs et cette journée le rappelle, tout simplement.

J’attire votre attention, pour l’occasion, sur un site web qui donne la parole à plusieurs femmes qui nous expliquent pourquoi elles sont féministes. Féministe, ah, le vilain mot ! Je suis toujours surpris quand j’entends des femmes se vanter de ne pas être féministe, de le dire avec le visage de celle qui vient d’avaler du lait passé date…

Mais je m’égare : ce site s’intitule Les féministes et les femmes à l’affiche s’expriment sur le mode question-réponse. La variété des participantes et des points de vue rappelle que le féminisme n’est pas qu’une seule vision de la vie et nous entraîne loin du cliché de la Germaine intraitable qui déteste les hommes. Voici quatre extraits choisis:

Pourquoi êtes-vous féministe?
Je suis féministe parce que je suis une femme et que pour moi la définition du féminisme est la seule volonté de vouloir améliorer le sort des femmes dans le monde.
— Léa Steliski-Richard

Le féminisme, populaire ou pas? Pourquoi?
Quelle question! Depuis quand les forces de transformation ont la cote d’amour auprès de ceux qui détiennent les privilèges?
— Manon Massé

Pourquoi êtes-vous féministe?
Partout, l’injustice envers les femmes persiste. La société québécoise a fait des pas de géants dans les dernières décennies. Mais encore aujourd’hui, le sexisme existe et empêche les femmes de réaliser leur plein potentiel. Le sexisme est partout : au travail, dans les médias, dans les arts. Dans la tête des hommes, et pire encore, dans la tête des femmes. C’est là, dans l’esprit des femmes, qu’une véritable Révolution sexuelle doit avoir lieu.
— Guylaine Maroist

Le féminisme, populaire ou pas ?
Malheureusement, non. J’enseigne à des femmes de tous âges, et elles tiennent à se dissocier du féminisme. Tristement. Chaque 8 mars, je leur sers un sermon : elles ont la chance inouïe d’étudier, de choisir leur compagnon de vie, d’avoir des enfants ou non et oublient que ces acquis sont le résultat d’années de luttes – qui ne datent pas d’il y a 100 ans !
Le féminisme a mauvaise presse auprès de ma génération. Je souhaite que ce ne soit que passager.

— Fabienne Elliott

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Lundi 5 novembre 2012 | Mise en ligne à 15h04 | Commenter Commentaires (20)

Appel à tous sur l’amour : quelques tranches de… coeur

Love-story

J’ai reçu plus de 100 courriels suite à mon appel à tous pour cette série que je prépare sur l’amour. Comme pour le cancer et pour l’argent, il s’agit souvent de témoignages qui viennent des tripes, qui ont été écrits d’un jet. Comme ce jeune homme qui a commencé son courriel ainsi : « J’ai mis quatre heures à t’écrire ce qui suit… »

Merci de votre candeur. Et merci tout court, ça m’aide grandement…

Si vous avez des idées de documentation ou si vous voulez témoigner, je rappelle le courriel :

parlezmoidamour1972@gmail.com

Je vous laisse sur quelques morceaux choisis, quasiment au hasard, parmi la masse de témoignages reçus ces derniers jours.

Une fille, qui vient de se séparer : Quand je le regarde, c’est encore chaud dans mon coeur. Merde.

Maryse : On magasine l’AMOUR comme on magasine une paire de soulier. Combien de gens se retrouvant célibataires partent à la recherche de l’âme soeur sur différents sites de rencontres.Ils sortent leur liste d’épicerie et parcours les profils des candidats afin de dénicher la perle rare. L’être humain a peur de la solitude.

Une dame, qui a vécu trois deuils intenses ces dernières années : Oui, ma vie s’est écroulée. Une partie de moi est morte avec toutes ces personnes. J’apprends donc à vivre comme une handicapée le ferait. Mais au printemps de chaque année, lorsque mon pommetier fleurit, c’est comme si ces trois personnes que j’ai tant aimées me faisaient un clin d’œil : tous les trois, leurs cendres sont enterrées sous le pommetier…

Un Monsieur, qui verse dans le bouddhisme : Je me suis rendu compte que j’étais attaché à plein de gens, parce qu’ils me font me sentir bien, et qu’eux sont probablement attachés à moi parce que je les fais se sentir bien. Est-ce vraiment ça l’amour? Du gros flattage d’égo mutuel. Non, et si tout le monde s’en rendait compte, on souffrirait tous un peu moins.

Une dame : J’ai pensé que j’aimais profondément mon mari, mais notre relation est tout sauf passionnée. Elle est réfléchie, tendre, affectueuse, sécurisante, mais pas brûlante, ardente. J’ai aussi pensé que c’était peut-être ça le secret de la longévité en amour.

Une amoureuse de l’amour, malgré tout : Ça pleut, l’amour, depuis Walt Disney. Aujourd’hui, l’amour ça se Google, ça se twitte, ça se Facebook, ça se visite. Il y a les livres, les modes d’emploi, les statistiques, les psys, le porno, le Kama Sutra, le mommy porn, l’échangisme, les infidélités, ça se bouscule de partout pour nous parler d’amour avec un grand « A », petit « a » ou un « a » comme tu voudras. Ça te garroche des comédies-romantiques, l’amour. Ça te donne une durée de vie, l’amour. Alors trois ans, vraiment? L’amour à la vitesse grand V, l’amour le temps d’une virée. Je t’aime, tu m’aimes, mais nous aimons-nous vraiment? Et puis l’autre d’à côté? Pourrais-je lui aussi, l’aimer?

Martin : L’amour est une arnaque, Monsieur le chroniqueur.

Nicolas : L’amour c’est tout.

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