Patrick Lagacé

Archive de la catégorie ‘Gens beaux zé célèbres’

Les Justiciers masqués sont célèbres pour leurs coups de téléphone pendables, où ils attrapent des personnalités connues en se faisant passer pour quelqu’un d’autre. De Bill Gates à Charlie Sheen en passant par René Angélil et Sarah Palin, Sébastien Trudel et Marc-Antoine Audette ont réussi à faire parler d’eux de façon ponctuelle dans plusieurs médias de par le monde.

Pour le téléphone, ils sont formidables.

Pour le jugement, c’est autre chose.

J’en veux pour preuve un montage-photo de Jean Charest déguisé en Adolf Hitler. Les gars ont relayé cette image sur leur compte Twitter, la chose leur a valu des critiques. Dont la mienne, qui a dégénéré en tweetfight (chicane publique sur Twitter, pour les non-initiés). Pour les Justiciers masqués, ce qui se passe au Québec présentement justifie l’amalgame entre le premier ministre d’un petit coin du globe sans conséquence historique et le fürher d’un régime meurtrier et génocidaire qui a mis l’Europe à feu et à sang. Bravo.

Il y a une raison qui explique pourquoi Hitler n’est à peu près jamais invoqué dans un débat qui survient dans une société démocratique. C’est grosso modo la même raison qui explique pourquoi, quand ça arrive, la chose est dénoncée avec vigueur. Parce qu’invoquer Hitler, le IIIe Reich, l’Allemagne des années 1930, les SS, les camps de concentration ou toute autre partie de l’iconographie nazie comme argument pour critiquer/justifier une position moderne dans une société ouverte, c’est toujours trop gros, trop démesuré. Rien, ou presque, n’approche la folie d’Hitler. Certainement pas la position du gouvernement libéral québécois de 2012 sur les frais de scolarité (je me sens ridicule de même avoir à écrire ça).

C’est pourquoi Hitler est manipulé comme de la dynamite par ceux qui font des interventions publiques, qu’ils soient politiciens, commentateurs… ou humoristes.

C’est pourquoi, aussi, les tribunaux sanctionnent ce genre d’amalgame sans tataouinage : Jacques Parizeau et Lucien Bouchard ont été comparés à Hitler, jadis, et les tribunaux civils ont sanctionné celui qui l’a fait.

La Loi de Godwin illustre de façon magistrale la stupidité de sortir le fantôme d’Hitler dans un débat.

Mais le pire, quand on invoque stupidement Hitler comme les Justiciers masqués le font sans vergogne, ce n’est pas l’injustice commise envers la personne qui est comparée au fürher. Le pire, c’est la banalisation involontaire des actes de Hitler et des nazis. La plupart des gens qui ont un gramme de jugement comprennent ça. Les Justiciers masqués ne font pas partie de cette majorité. Ils doivent se trouver, en plus, très politiquement incorrects, ce qui n’a aucun rapport.

Dans le tweetfight avec eux, ce qui transpirait, à mon sens, c’était un manque hallucinant de perspective, un grand mélange de tout et de son contraire. Les boys ne comprennent pas que le populaire meme Internet parodiant une scène de La Chute, le film sur la chute du Berlin, est drôle justement parce qu’il juxtapose le caractère dramatique de la scène et des événements absolument sans importance comme une chicane entre des vedettes, le parcours du Canadien de Montréal en séries éliminatoires ou la sortie de la XBox. Les meme de La Chute ne servent pas à discréditer une position, un individu dans un débat sérieux.

Mais bon, quand t’es rendu que tu dois expliquer l’humour à des humoristes, ça explique peut-être bien des choses.

AJOUT : On me signale que les Justiciers répondent à mon billet, avec le show de boucane habituel pour masquer l’absence d’argumentaire, toujours très fiers d’avoir utilisé Hitler dans un débat sur les frais de scolarité, incapables de voir la bêtise là-dedans. Extrait :

Parce que nos chroniques dans le journal Métro font beaucoup trop parler à son goût? Parce que nos prises de position en faveur des étudiants dérangent l’establishment?

1- J’ignorais que les Justiciers signaient une chronique, et un blogue, chez Métro.
2- Euh, j’ai signé quelques chroniques appuyant les étudiants…

Quant à la fabulation selon laquelle je consultais les Justiciers pour mes interventions à la radio : LOL.

En tout cas, être boss du journal Metro, maudit que je serais heureux de savoir que deux de mes chroniqueurs marquent des points Godwin en utilisant Hitler pour parler des frais de scolarité !

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Photo Reuters

Photo Reuters

C’est surréaliste. Le gérant des Marlins de la Floride est sur le grill parce qu’il aurait confié à un journaliste de Time Magazine avoir de l’admiration pour Fidel Castro. Déjà, quand on dirige le club qui a un nouveau stade dans Little Havana, au coeur d’un État farouchement anti-castriste, ça frise la bêtise. Résumé sur LaPresse.ca

Mais il y a plus con encore : le club a décidé de suspendre Ozzie Guillen pendant 5 matches (M. Guillen, lui, plaide l’erreur de traduction entre son cerveau et sa bouche) !

Et Major League Baseball d’approuver la suspension !

Vous avez bien lu: M. Guillen est coupable de… délit d’opinion.

Être coach dans le baseball majeur, lors de la négo de mon prochain contrat, je demanderais la liste des chefs d’État, actuels ou retraités, que je peux encenser publiquement…

Qu’on se comprenne bien: Fidel Castro est un dictateur, ce n’est pas Staline mais il fur et demeure un dictateur brutal. Oui, le miracle cubain existe (population instruite, bien soignée, etc), mais souligner ce miracle sans ajouter, du même souffle, que Castro est un salopard, c’est malhonnête. Ceci dit, on peut tout à fait constater avec admiration ce miracle. Mais j’estime qu’il faut souligner que le régime communiste est, lui aussi, un coupeur de couilles, je parle des couilles des opposants politiques. Comme ce journaliste exilé, qui a fini par se suicider, exemple récent du prix d’une dictature.

Même en trouvant bêtes bêtes et maladroites les déclarations de M. Guillen, sanctionner officiellement ses déclarations, c’est tomber dans le délit d’opinion. Quand les Marlins et le baseball majeur tapent officiellement et lourdement sur les doigts d’un employé, pour avoir émis une opinion qui fait dissidence avec l’air du temps, c’est ironiquement quelque chose que ne renierait pas Fidel Castro. Dans le Cuba de Castro aussi, il y a des choses qu’on peut dire et des choses qu’on ne peut pas dire…

À tout prendre, la démocratie américaine vaut toujours plus que la dictature cubaine. Mais le délit d’opinion commis par Ozzie Guillen est un bel exemple des limites de la liberté d’expression aux États-Unis. Il y a des choses, dans la-plus-grande-démocratie-du-monde, qui ne se disent pas. L’État n’a même pas à sanctionner les dissidents: la société civile, les boss et certains médias se chargent de distribuer les coups de matraque à sa place. Des opposants à l’invasion de l’Irak à Ozzie Guillen en passant par Bill Maher : il y a des choses qui ne se disent pas, aux États-Unis. Professer la moindre parcelle d’admiration pour Castro, même une « grudging » admiration, comme ils disent, ça ne passe pas. Au pays du « First Amendment », symbole d’un préjugé favorable envers la liberté d’expression…

Des lecteurs attentifs pourraient être tentés de me reprocher ma montée de lait quand Tim Thomas, goaler des Bruins et champion de la Coupe Stanley, a refusé d’accompagner son équipe à la Maison-Blanche, se disant en désaccord avec Barack Obama. La nuance: je n’ai pas suggéré sa suspension.

Quant à Ozzie Guillen, c’est clair: son congédiement est imminent, à voir la pression des familles d’exilés cubains du Sud de la Floride. Le maire de Miami-Dade, par exemple, trouve que les propos de Guillen sont offensants « pour les gens qui aiment la liberté »

AJOUT : La taloche de Fidel Castro à Stephen Harper passe, pendant ce temps, plutôt inaperçue

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Marc-André Cyr, le combatif résolument à gauche prof de l’UQAM, très présent sur les médias sociaux et depuis peu sur Voir, où il blogue, fait faire à une de mes chroniques récentes un cameo dans un billet publié cette semaine. M. Cyr y critique principalement les voix qui, dans les médias, ont critiqué le mouvement de grève étudiant.

D’abord, professeur Cyr, vous dire ma surprise : vous me mettez dans une brochette qui inclut Stéphane Gendron ?

Vraiment, Gendron ?

C’est vache, je trouve. Mais passons…

Dans Flics, étudiants et gel, j’évoque surtout le paternalisme dont on abreuve les étudiants, dans le public et au gouvernement. Il est aussi question des flics, qui m’inquiétaient, au moment d’écrire, tant ils fessaient joyeusement sur les jeunes manifestants. Il y a un bout, aussi, celui que vous avez retenu, où parlant des chocs tarifaires inévitables quand on « gèle » un tarif — n’importe lequel —, je plaide pour des hausses calquées sur l’inflation. Je vous cite préparant ma citation :

Patrick Lagacé, qui conseille aux manifestants de s’asseoir devant les policiers, de ne pas faire de grimaces devant les caméras (il paraît que c’est malpoli), de réprimer l’action directe et le port du masque, affirme, comme si ce n’était pas assez
« […] fichez-nous la paix avec la gratuité à la scandinave, ça n’arrivera pas. Cherchez la solution mitoyenne. Une hausse graduelle, calquée sur l’inflation, par exemple. Soyez pragmatiques. Soyez le camp qui proposera un compromis » [5].

Je suis heureux de pouvoir clarifier ma pensée, ce passage m’ayant été reproché à quelques reprises. Permettez que je le fasse ici : la gratuité scolaire est une chose formidable, probablement souhaitable et assurément louable. Mais il y a un tas de bonnes idées qui sont en attente de la République : l’investissement massif dans les sources d’énergie alternatives ; la fin de la guerre à la drogue et de la criminalisation des toxicomanes ; le développement massif du transport en commun, etc, etc…

Le hic, c’est que ces bonnes idées, il faut les vendre. Or, je peux me tromper lourdement mais dans le contexte actuel, c’est une idée invendable politiquement. Pour un tas de raisons. Je ne trouve pas que c’est particulièrement réjouissant que les bonnes idées soient parfois difficiles à « vendre », mais c’est ce que je constate. Peut-être que cette grève sera le début de la « conversation » à ce sujet.

Voilà.

J’en profite pour vous dire que j’étais un peu perplexe de me retrouver du bord de « l’élite », dans votre chronique. On est tous, j’imagine, l’élitiste de quelqu’un et le prolétaire de son cousin. J’en profite aussi pour ploguer cette chronique de Michèle Ouimet qui, je l’espère, saura vous aider à voir « les » journalistes comme autre chose qu’une masse pensant la même chose.

Et, svp, ne me mettez plus dans la même brochette que Stéphane Gendron, professeur…

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