Les Justiciers masqués sont célèbres pour leurs coups de téléphone pendables, où ils attrapent des personnalités connues en se faisant passer pour quelqu’un d’autre. De Bill Gates à Charlie Sheen en passant par René Angélil et Sarah Palin, Sébastien Trudel et Marc-Antoine Audette ont réussi à faire parler d’eux de façon ponctuelle dans plusieurs médias de par le monde.
Pour le téléphone, ils sont formidables.
Pour le jugement, c’est autre chose.
J’en veux pour preuve un montage-photo de Jean Charest déguisé en Adolf Hitler. Les gars ont relayé cette image sur leur compte Twitter, la chose leur a valu des critiques. Dont la mienne, qui a dégénéré en tweetfight (chicane publique sur Twitter, pour les non-initiés). Pour les Justiciers masqués, ce qui se passe au Québec présentement justifie l’amalgame entre le premier ministre d’un petit coin du globe sans conséquence historique et le fürher d’un régime meurtrier et génocidaire qui a mis l’Europe à feu et à sang. Bravo.
Il y a une raison qui explique pourquoi Hitler n’est à peu près jamais invoqué dans un débat qui survient dans une société démocratique. C’est grosso modo la même raison qui explique pourquoi, quand ça arrive, la chose est dénoncée avec vigueur. Parce qu’invoquer Hitler, le IIIe Reich, l’Allemagne des années 1930, les SS, les camps de concentration ou toute autre partie de l’iconographie nazie comme argument pour critiquer/justifier une position moderne dans une société ouverte, c’est toujours trop gros, trop démesuré. Rien, ou presque, n’approche la folie d’Hitler. Certainement pas la position du gouvernement libéral québécois de 2012 sur les frais de scolarité (je me sens ridicule de même avoir à écrire ça).
C’est pourquoi Hitler est manipulé comme de la dynamite par ceux qui font des interventions publiques, qu’ils soient politiciens, commentateurs… ou humoristes.
C’est pourquoi, aussi, les tribunaux sanctionnent ce genre d’amalgame sans tataouinage : Jacques Parizeau et Lucien Bouchard ont été comparés à Hitler, jadis, et les tribunaux civils ont sanctionné celui qui l’a fait.
La Loi de Godwin illustre de façon magistrale la stupidité de sortir le fantôme d’Hitler dans un débat.
Mais le pire, quand on invoque stupidement Hitler comme les Justiciers masqués le font sans vergogne, ce n’est pas l’injustice commise envers la personne qui est comparée au fürher. Le pire, c’est la banalisation involontaire des actes de Hitler et des nazis. La plupart des gens qui ont un gramme de jugement comprennent ça. Les Justiciers masqués ne font pas partie de cette majorité. Ils doivent se trouver, en plus, très politiquement incorrects, ce qui n’a aucun rapport.
Dans le tweetfight avec eux, ce qui transpirait, à mon sens, c’était un manque hallucinant de perspective, un grand mélange de tout et de son contraire. Les boys ne comprennent pas que le populaire meme Internet parodiant une scène de La Chute, le film sur la chute du Berlin, est drôle justement parce qu’il juxtapose le caractère dramatique de la scène et des événements absolument sans importance comme une chicane entre des vedettes, le parcours du Canadien de Montréal en séries éliminatoires ou la sortie de la XBox. Les meme de La Chute ne servent pas à discréditer une position, un individu dans un débat sérieux.
Mais bon, quand t’es rendu que tu dois expliquer l’humour à des humoristes, ça explique peut-être bien des choses.
AJOUT : On me signale que les Justiciers répondent à mon billet, avec le show de boucane habituel pour masquer l’absence d’argumentaire, toujours très fiers d’avoir utilisé Hitler dans un débat sur les frais de scolarité, incapables de voir la bêtise là-dedans. Extrait :
Parce que nos chroniques dans le journal Métro font beaucoup trop parler à son goût? Parce que nos prises de position en faveur des étudiants dérangent l’establishment?
1- J’ignorais que les Justiciers signaient une chronique, et un blogue, chez Métro.
2- Euh, j’ai signé quelques chroniques appuyant les étudiants…
Quant à la fabulation selon laquelle je consultais les Justiciers pour mes interventions à la radio : LOL.
En tout cas, être boss du journal Metro, maudit que je serais heureux de savoir que deux de mes chroniqueurs marquent des points Godwin en utilisant Hitler pour parler des frais de scolarité !
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