Patrick Lagacé

Archive de la catégorie ‘Gens beaux zé célèbres’

Lundi 2 décembre 2013 | Mise en ligne à 0h15 | Commenter Commentaires (139)

TLMEP, Gab Roy et la subversion d’artifice (Ajouts)

Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse

Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse

Est-ce que Tout le monde en parle aurait dû inviter ces trois gars du « far-web » pour parler de trouble.voir.ca, qui donne la parole à des microstars du web dans une nouvelle section subversive de Voir.ca ?

L’équipe de Tout le monde en parle a bien le droit d’inviter qui bon lui semble et, sur les interwebs, tout le monde parle de Gab Roy, ces jours-ci. Ça m’apparaissait conséquent avec le mandat de l’émission.

Sur un plateau de télé, quand un propos nous interpelle, nous dérange ou nous rend mal à l’aise, il faut le dire. Je suis allé quelques fois à Tout le monde en parle, c’est toujours une expérience vivifiante, mais j’ai souvent été intrigué par la passivité des invités. Ils font leur tour de piste et, bien souvent (je n’ai évidemment pas dit tout le temps), ils se contentent de boire leur vin et de rire de temps en temps.

Comme si le reste des échanges ne les concernait pas.

Ce n’est pas ce qui s’est passé dimanche soir. Et tant mieux. Pas parce que Gab Roy est un vilain personnage — c’est surtout un personnage inachevé, qui n’a pas les moyens de ses ambitions, j’y reviendrai plus bas —, mais justement parce que ce soir, le plateau n’était pas endormi. J’aimerais voir cette verve quand un ministre est invité, mais c’est une autre histoire.

Selon des gens que j’apprécie (Cassivi, Morissette) Gab Roy aurait dû être biffé de la liste d’invités parce qu’il a dit des choses inacceptables, dans un passé récent, dans ce Far Web où il s’agite. Ces choses-là étaient scabreuses et scandaleuses, j’en conviens. Le hic, c’est qu’on porte toujours un propos inacceptable pour quelqu’un, je ne sais pas trop comment on va faire pour s’entendre sur les critères qui font que quelqu’un, quelque part, va « trop loin ».

Gab Roy, donc. Roy anime son propre site où il fait des sparages pour se démarquer. Je le dis sans mépris: tout le monde se met en scène sur le web pour récolter un maximum d’effet. Personne ne veut parler dans le désert.

Il s’est donc fait connaître d’un public plus large il y a quelques semaines: profitant de rumeurs entourant la séparation (démentie) d’un couple célèbre du showbiz québécois, il a écrit sur son site perso une lettre épouvantable à la fille supposément célibataire, pour lui dire ce qu’il aimerait lui faire si seulement ils pouvaient s’embarrer tous les deux quelques heures dans une chambre… Le reste était une nomenclature d’un best of du pire de l’imaginaire XXX.

Ce n’est pas sur trouble.voir.ca que Gab Roy a écrit sa lettre : elle a été publiée le lendemain de l’annonce de la participation de ce blogueur de choc à trouble.voir.ca. Le rédacteur en chef Simon Jodoin — il l’a dit hier soir à TLMEP — a dit à Roy qu’il désapprouvait cette lettre. Mais il a décidé, après réflexion, de ne pas le larguer de ce projet naissant (imaginé à l’origine par Julien Day, blogueur au Voir.ca)

C’est ainsi que Roy a interviewé un énergumène du nom de Dominic Pelletier, vlogueur qui m’était inconnu avant sa rencontre avec Roy, et qui a exposé pendant 15 minutes sa vision de l’Homme, de la Femme, du féminisme et d’Isabelle Gaston (la vraie responsable de la mort de ses deux enfants, nous a dit Pelletier, c’est Isabelle Gaston).

Aucun homme n’est une île, a dit le poète, chaque homme est plutôt le fragment d’un continent… Sauf que c’est pas le cas avec Dominic Pelletier. Il le dit lui-même, dans l’entrevue frites, sang, ketchup: si j’étais une ville, je serais son seul habitant.

Bref, il ne parle que pour sa petite personne.

Pourquoi lui donner 15 minutes de bande passante, alors?

Je ne dis pas qu’il ne faut pas donner la parole aux freaks, aux marginaux, aux porteurs de paroles détestables. Je l’ai fait en chronique, je l’ai fait aux Francs tireurs. Mais le critère, la note de passage pour donner une tribune, j’estime que c’est justement la portée plus générale des propos du freak. Incarne-t-il un courant plus vaste que sa personne? Dans le cas de Dominic Pelletier, je suis sûr que non.

Gab Roy a dit à TLMEP qu’il a contredit Pelletier. C’est Guy A. qui a eu le mot juste: oui, mais mollement…

Quand quelqu’un dit qu’une mère a provoqué le cinglé qui finit par tuer ses deux enfants, t’es pas obligé de lui casser le nez, mais il faut que ta rebuffade soit crissement plus costaude que juste dire que t’es pas d’accord (je paraphrase, mais c’était dans ce registre). Tu peux aussi, au choix, le traiter de babouin déficient et, à la rigueur, te lever et t’en aller. Ce que Roy n’a pas fait.

Ce qui m’amène au fond du problème. Les singeries, ça peut servir à dénoncer des injustices, à soulever des aberrations dans la société ou à embarrasser des filous confortables. La singerie elle-même n’est pas répréhensible. La singerie pour la singerie peut même être drôle (voir Jackass). Tout dépend de la manière et de ce qu’elle prétend dénoncer. Gab Roy fait des singeries.

Mais la lettre XXX écrite à cette jeune femme comédienne, je n’en ai pas vu le deuxième degré. Au moment où j’écris ces lignes, Gab Roy lance des tomates à Dany Turcotte sur Twitter, à qui il reproche de ne pas comprendre qu’un billet de blogue (publié sur son site personnel) où il se propose d’aller croquer de la tapette dans le Village gay est en fait une charge contre l’homophobie…

Même problème qu’avec la lettre XXX: c’est juste nul et choquant. Oui, Gab, Yvon Deschamps a utilisé son Nigger Black pour pourfendre le racisme, mais tout le monde comprenait que Deschamps pourfendait les petits racistes ordinaires. Tu devrais te demander pourquoi, dans ton cas, tant de gens ne pognent pas ce que tu veux dire. Je soumets à ton analyse que ce n’est pas parce que nous sommes tous des mononcles un peu lents.

Le fond du problème, c’est que ça demande un coffre à outils du tonnerre, être subversif. Et si tu les as, tu dois ensuite jongler avec tous ces outils — vision, culture, sens du punch, timing, etc — tout en marchant sur le fil de fer de la subtilité, pour faire rire et réfléchir, pour choquer et étonner.

Je comprends ce que Gab Roy pense faire. Mais il n’a pas le coffre à outils pour le faire.

Tiens, tout récemment, Gab Roy s’est infiltré à l’Hôtel de ville lors d’une conférence de presse de Denis Coderre qui présentait son comité exécutif, pour jouer au journaliste. Il se confie alors directement à la caméra comme un enfant sur le point de faire un mauvais coup, devant l’Hôtel de ville, il veut nous faire croire que tout cela est une sorte de transgression, qu’il n’est pas journaliste, mais qu’il va y a aller, lui aussi, poser une question, et checkez-là bien, cette question…

À 2:00, on est encore en train de suivre Gab Roy qui s’étonne d’entrer dans l’Hôtel de ville comme on entre dans un moulin… À 2:20, j’imagine qu’il vient de recevoir son accréditation car il nous dit qu’ «ils ont fait une erreur terrible », en le laissant couvrir cette conférence de presse…

Je vous rappelle que Gab Roy joue les trouble-fêtes, et qu’il sévit dans un site qui a choisi « trouble » dans son nom. Il est censé représenter le Far Web. Le topo s’intitule « Enfin une bonne question à Denis Coderre ». Vous et moi, en y pensant cinq minutes, on peut accoucher, là, tout de suite, de dix questions baveuses/subversives/dérangeantes à poser à ce moment-là à ce nouveau maire-là…

Et à 5:28, après moult gossage, il pose enfin sa question, une question nulle et risible…

« Avez-vous pensé inclure M. David Desharnais dans votre comité exécutif ? »

I rest my case, comme ils disent: Gab Roy est beaucoup de choses, mais il n’est ni drôle ni subversif. Ça dénonçait, ça raillait quoi, cette question qui aurait valu un F à un étudiant de l’École nationale de l’humour (déjà vu) et un congé de maladie (pour surménage) à un journaliste?

Et ce soir, loin de « profiter » de la tribune qu’on n’aurait pas dû lui donner selon certains, il a utilisé cette tribune pour s’auto-liquéfier.

Suggestion de reportage, Gab : le principe de Peter, adapté aux stars du Far Web.

AJOUT — Réjean Thomas ne ferait pas un diagnostic à un patient qu’il n’a pas vu. Il ne devrait pas commenter des propos qu’il n’a pas lus, fussent-ils de Gab Roy.

AJOUT — Oh, trouble.voir.ca, c’est aussi Stréliski et c’est aussi Saint-Onge. C’est autre chose que juste des singeries.

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Dimanche 3 novembre 2013 | Mise en ligne à 21h38 | Commenter Commentaires (102)

Pourquoi suis-je fasciné par cette photo de Denis Coderre?

Photo Olivier Jean — La Presse

Photo Olivier Jean — La Presse

Mon camarade Olivier Jean nous arrive avec une photo hallucinante de Denis Coderre, nouveau maire de Montréal.

Hallucinante, parce qu’elle capture Denis Coderre, le politicien en perpétuelle campagne, dans toute sa certitude.

Tu as les clés de la maison, Denis…

Sais-tu ce que tu vas faire avec, maintenant? Telle est la question.

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Jeudi 10 octobre 2013 | Mise en ligne à 15h19 | Commenter Commentaires (85)

La couille de mononcle Michel

Donc, la semaine dernière, trois jeunes femmes ont décidé de se dénuder la poitrine à l’Assemblée nationale pour protester contre la présence du crucifix dans l’enceinte où on vote les lois du Québec. « Crucifix, décâlisse » : tel était le message qu’on pouvait lire sur leurs poitrines et qu’on pouvait entendre de leurs bouches.

Elles font partie des FEMEN, des femmes qui choisissent ce moyen d’expression pour dénoncer des trucs, un peu partout dans le monde. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça ne passe pas inaperçu. Il s’en trouve pour dire, aussi, que ça fait de l’ombre à la cause sur laquelle les FEMEN tentent de mettre de la lumière…

Michel Beaudry, chroniqueur d’humour au JdeM, lui, a écrit ceci :

« Si j’avais été agent de la sécurité, je n’aurais pu m’empêcher de retenir une manifestante, justement et délicatement, en plaçant mes deux mains sur ses seins. Aux journalistes, j’aurais expliqué que c’était pour les cacher, mais vous savez très bien comme il est enivrant d’être derrière une femme et de tenir ses deux jolis seins dans les mains. L’utile et l’agréable. »

D’autres l’ont dit avant moi, quand la chronique de Beaudry est devenue virale, grâce aux engrais numériques que sont Twitter et Facebook : voici la prose d’un mononcle.

Quelques-uns ont souligné que le geste fictif décrit par Beaudry colle parfaitement à la description d’une agression sexuelle, soit le contact sexuel non-désiré.

Et, et… c’est vrai.

Mais bon, mettons un truc au clair tout de suite. Je suis convaincu que le chroniqueur n’a pas sciemment fait l’apologie d’une agression sexuelle dans un journal à grand tirage.

Sauf que Beaudry est tombé bêtement dans le gouffre qui sépare la réalité des hommes et des femmes, encore aujourd’hui.

La réalité, c’est que les femmes sont cinq fois plus susceptibles qu’un homme d’être victimes d’une agression sexuelle de type 1 (1), qui englobe les attouchements. Selon le Centre canadien de la statistique juridique de Statistique Canada, ces agressions (de nature dite « moins grave ») — constituent 81% des agressions sexuelles. Et elles ne sont pas forcément rapportées aux flics.

La réalité, c’est que l’immense majorité des hommes ne se fait jamais tasser dans un coin du bar, vers le last call, par un type saoul qui lui pogne le cul et qui n’entend pas le « Hey, arrête » de la fille.

La réalité, c’est que l’immense majorité des hommes ne se fait jamais effleurer « accidentellement » les parties intimes par un beau-frère ou un oncle, quand tout le monde se souhaite la bonne année, le 1er de l’An.

Je ne dis pas qu’elles vivent ça chaque semaine, ni même chaque mois. Mais je suis toujours sidéré, en parlant avec des filles, du caractère quasi-anodin de ce type d’expérience, chez elles. Elles l’ont à peu près toutes vécue, au moins une fois.

Quand t’es un gars, cette réalité-là, tu ne la connais pas. Imagine quand t’es un peu mononcle…

Beaudry s’est défendu au micro de Benoît Dutrizac en disant que ce n’est que de la blague, que le monde manque d’humour et que voulez-vous qu’il y fasse, qu’il se coupe une couille ?

De l’humour ? Ça me fait penser aux « jokes de nègres ». J’avais 6 ans et la première blague apprise de la bouche de mon grand-père touchait les Noirs. C’était l’époque. Puis, un jour, parce que les moeurs d’une société s’adoucissent, les jokes de nègres ont disparu du paysage.

On a comme compris, collectivement, qu’elles étaient à la fois cause et symptôme d’un racisme soft dans le fond de l’air. On a évolué.

Il y a délit de mononquerie — mon néologisme — mais le crime de Beaudry est ailleurs. Il est dans ce divorce gênant avec l’époque : ce n’est parce que le chroniqueur est à l’avant-garde de l’humour québécois qu’il est le seul à faire des jokes d’attouchements…

Je ne parle pas de faire un humour de téteux, et respectueux. Je dis que Beaudry n’oserait même pas faire de jokes de nègres, en 2013. Je dis qu’on peut être dur, choquant, pas politiquement correct ET drôle. Voyez Mike Ward.

L’autre crime de Beaudry, c’est qu’il a compté dans son propre but. Car au JdeM, la semaine dernière fut objectivement réjouissante. Nouvelle maquette, intéressante brochette de nouvelles plumes de chroniqueurs et de blogueurs, publication exclusive de l’épître de Jacques Parizeau sur la Charte…

Et, pour fêter tout ça, une joke digne de 1971 qui, comme le sein d’une FEMEN, attire toute la lumière ambiante.

Sais-tu si tes boss ont ri, Michel ?

(1) *Les agressions sexuelles au Canada*, Statistique Canada, 2008

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