Patrick Lagacé

Archive de la catégorie ‘Afghanistan’

Vendredi 8 octobre 2010 | Mise en ligne à 14h16 | Commenter Commentaires (307)

La FFQ, l’armée et l’Afghanistan : FAIL

Disons une chose, sur cette vidéo de la Fédération des femmes du Québec qui dénonce la guerre en Afghanistan : elle est mauvaise, c’est épouvantable. Nulle, sur le fond et dans la forme.

D’abord, l’arme : l’est une AK-47. Ce n’est pas dans l’arsenal de l’armée canadienne, disons. C’est plutôt dans celui des guérillas de par le monde, et pas seulement celui des talibans. Ensuite, l’utilisation du terme de chair à canon : disons que dans l’Histoire, il y a eu chair à canon autrement plus à plaindre que les soldats canadiens en Afghanistan, après 2001. Pour une raison bien simple : l’armée canadienne est composée de soldats volontaires, c’est une armée professionnelle. Le Canada envoie des adultes majeurs et vaccinés en Afghanistan, qui se sont enrôlés de plein gré dans les Forces. Il ne s’agit pas de conscrits. Il ne s’agit pas de chair à canon comme les Canadiens sacrifiés à Dieppe, mettons.

Bien sûr, ce sentiment – celui d’avoir donné son enfant en vain à la nation, parmi les quelque 150 mères de soldats tués en Afghanistan –, il doit bien exister. Bien sûr, le message sous-jacent – cette guerre est inutile – est tout à fait valable dans le débat public. Mais il méritait une pub qui soit un peu plus intelligente, un peu moins pleurnicharde, beaucoup plus imaginative que celle servie sur YouTube par la FFQ.

La pub de la FFQ sur l’Afghanistan : #FAIL. La FFQ a présenté ses excuses aux mères de militaires, aujourd’hui.

Je respecte tout à fait la douleur et la colère de la mère d’un soldat qui réclame le retrait de la pub de la FFQ (texte du Soleil à ce sujet). Une toute petite réflexion, cependant : « nous » sommes en Afghanistan pour sauver les Afghans de l’obscurantisme et propulser ce pays dans le concert des nations libres et démocratiques. C’est, du moins, ce qu’on nous dit. La liberté et la démocratie, c’est aussi le droit de dire ce qu’on veut, dans le débat public. Ou presque. Même ce qui est « offensant » pour A, B ou C. Je dirais même plus : surtout ce qui est offensant pour A, B ou C. Je comprends les dénonciations, je comprends les condamnations en termes très durs. Je ne comprends pas cette manie de vouloir interdire les voix dissidentes.

Ce qui n’a pas sa place dans le débat public, cependant, ce sont les menaces de mort. Comme cette belle tête de vainqueur qui, sur YouTube, commente la pub de la FFQ et en échappe une, malgré sa face qui remplit l’écran. Quand t’es assez nono pour faire ça, tu mérites que ça se sache. On penserait qu’après une décennie d’histoires de menaces échappées sur le web, certains auraient métabolisé les leçons numériques que ça implique. Ben non.

Lire les commentaires (307)  |  Commenter cet article






Mardi 23 mars 2010 | Mise en ligne à 13h39 | Commenter Commentaires (16)

La guerre en Afghanistan ? Yes Sir !

Soldats américains combattant les talibans – Photo AP

Soldats américains combattant les talibans – Photo AP

Francis Dupuis-Déri est professeur de sciences politiques à l’UQAM. Ses positions sont tranchées sur la société en général et sur la guerre en Afghanistan en particulier. On se rappellera sa confrontation avec le maire de Québec, Régis Labeaume, près de l’hôtel de ville, lors d’un défilé militaire dans la Vieille Capitale. Le prof Dupuis-Déri était d’un groupe de militants pacifistes qui protestaient contre la guerre en Afghanistan. Le maire avait traité Dupuis-Déri de minable. Le prof avait répliqué par cette lettre.

L’aventure afghane est impossible à gagner militairement, note-t-il depuis très longtemps et le blabla sur les fillettes que nous, Occidentaux, aidons à aller à l’école n’est que cela : du blabla destiné à « vendre » la guerre aux Occidentaux. Il publie ces jours-ci un livre, L’armée canadienne n’est pas l’Armée du Salut, prétexte à une entrevue très intéressante avec mon collègue André Duchesne, de La Presse.

Extrait numéro un :

Mais si l’armée canadienne se retire en 2011, la guerre va continuer durant plusieurs années, il va y avoir un effet de lecture historique un peu curieuse où ce ne sera pas l’armée canadienne qui va être associée à la défaite comme tel. On sera parti avant le constat d’échec. J’ai aussi l’impression que l’espèce de rhétorique disant que nous étions là pour défendre la démocratie, les femmes, construire des écoles et creuser des puits, c’est ça qui va perdurer dans les manuels d’histoires et les documents officiels

Extrait numéro deux :

J’essaie aussi de montrer, entre autres en introduction du livre, que depuis quelques années, de plus en plus de personnes, dont des officiers supérieurs de l’OTAN ou des membres de l’ambassade britannique à Kaboul, estiment que la présence des troupes étrangères fait partie du problème et qu’elle stimule la résistance et la rébellion.

Le pire, c’est que Déri-Dupuis est loin d’avoir tort : cette opinion est partagée par plusieurs chefs militaires. Les Britanniques, par exemple, savent depuis longtemps, au plus haut niveau de la hiérarchie, que l’Afghanistan ne sera pas « gagnée », que les talibans ne seront pas « vaincus » (précédemment, sur mon blogue). Même le premier ministre Harper l’a reconnu : on ne gagnera pas la guerre en Afghanistan. Évidemment, M. Harper l’a dit à CNN et ne l’a jamais vraiment dit en autant de mots au Canada, but that’s another story (sur mon blogue, encore).

Donc, ce que constate Dupuis-Déri sur l’Afghanistan est partagé par ceux qui savent.

Pourquoi un prof comme Dupuis-Déri n’est-il pas davantage écouté ?

Puis-je respectueusement soumettre que c’est une affaire d’exagération et de singeries, à certains égards ? C’est parfait d’être contre la guerre en Afghanistan. Mais c’est de la provocation d’aller écoeurer les soldats dans le défilé militaire d’une ville où l’armée fait partie du paysage et du voisinage. Comme c’est parfait de penser que donner le Nobel de la Paix à Barack Obama à peu près au moment où il intensifie la guerre en Afghanistan, c’est plus que paradoxal. Mais c’est de l’exagération de mettre le président américain dans la même phrase que Marc Lépine et Jack L’Éventreur (le professeur Dupuis-Déri, à mon collègue Duchesne : « Pourquoi pas Jack L’Éventreur prix Nobel de médecine et Marc Lépine docteur honoris causa de l’École Polytechnique? »).

À la fin, à force de trop verser dans l’hyperbole, professeur, les gens finissent par ne plus entendre le message. Le personnage fâché-fâché prend le dessus et occulte le message. Meilleur exemple : le Doc Mailloux. Ce qu’il dit n’est, bien souvent, pas fou. Mais le personnage, avec ses singeries, a pris le dessus sur le message.

Lire les commentaires (16)  |  Commenter cet article






Jeudi 7 janvier 2010 | Mise en ligne à 9h13 | Commenter Commentaires (27)

Leçons soviétiques pour l’Afghanistan

burqa-soldat.jpg

Voici une lecture absolument fascinante : le Times de Londres organisé une rencontre entre un ancien haut-gradé britannique en Afghanistan, le brigadier Ed Butler et un ancien lieutenant-général de l’URSS, Ruslan Aushev, à Moscou. Aushev a été soldat en Afghanistan quand l’Union soviétique a occupé ce pays, dans les années 1980.

C’est un long papier, mais jamais ennuyant. Les deux militaires font des parallèles hallucinants entre le sort des soldats soviétiques en Afghanistan et celui des soldats réunis sous la bannière de l’OTAN. Oui, les armées de l’OTAN ont du meilleur matériel, elles ont une technologie supérieure à celle de l’armée soviétique ; non, elles n’ont pas à boire de l’eau dans des nids-de-poule pour survivre comme ont eu à le faire des soldats soviétiques, mais l’Afghanistan demeure le même pays hostile aux interventions étrangères.

Ruslan Aushev note plusieurs erreurs commises par l’OTAN, erreurs commises par les Russes. Notamment : faire l’erreur de vouloir façonner l’Afghanistan à l’image des étrangers. L’URSS a tenté de soviétiser l’Afghanistan en y instaurant le socialisme (et des fermes collectives) ; l’Occident tente d’y incruster une démocratie participative dans un pays où la majorité des gens ne sait ni lire ni écrire. Autre erreur semblable à celle des Soviets : croire que la population en général veut se débarrasser des rebelles. Faux, dit-il. Les moudjahidins, comme les talibans, ont des appuis répandus dans la population.

Passage savoureux : début 1980, l’adjoint du ministre Andreï Gromyko lui a fait remarquer que l’Afghanistan avait été le cauchemar de plusieurs armées occidentales, notamment celles de l’Empire britannique de la Reine Victoria. Gromyko, fâché : « Comparez-vous notre forces internationalistes aux armées impérialistes, camarades ? » Réponse de l’adjoint : « Bien sûr que non. Mais on parle quand même des mêmes montagnes. »

Lire les commentaires (27)  |  Commenter cet article






publicité

  • TWITTER

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    octobre 2017
    L Ma Me J V S D
    « déc    
     1
    2345678
    9101112131415
    16171819202122
    23242526272829
    3031  
  • Archives