Le Monde nous arrive avec des photos des repas préparés des troupes françaises, canadiennes, italiennes, britanniques, sud-coréénnes, américaines, danoises et australiennes basées en Afghanistan. C’est le paquet de ration français qui me semble le plus appétissant…
D’abord, l’arme : l’est une AK-47. Ce n’est pas dans l’arsenal de l’armée canadienne, disons. C’est plutôt dans celui des guérillas de par le monde, et pas seulement celui des talibans. Ensuite, l’utilisation du terme de chair à canon : disons que dans l’Histoire, il y a eu chair à canon autrement plus à plaindre que les soldats canadiens en Afghanistan, après 2001. Pour une raison bien simple : l’armée canadienne est composée de soldats volontaires, c’est une armée professionnelle. Le Canada envoie des adultes majeurs et vaccinés en Afghanistan, qui se sont enrôlés de plein gré dans les Forces. Il ne s’agit pas de conscrits. Il ne s’agit pas de chair à canon comme les Canadiens sacrifiés à Dieppe, mettons.
Bien sûr, ce sentiment – celui d’avoir donné son enfant en vain à la nation, parmi les quelque 150 mères de soldats tués en Afghanistan –, il doit bien exister. Bien sûr, le message sous-jacent – cette guerre est inutile – est tout à fait valable dans le débat public. Mais il méritait une pub qui soit un peu plus intelligente, un peu moins pleurnicharde, beaucoup plus imaginative que celle servie sur YouTube par la FFQ.
Je respecte tout à fait la douleur et la colère de la mère d’un soldat qui réclame le retrait de la pub de la FFQ (texte du Soleil à ce sujet). Une toute petite réflexion, cependant : « nous » sommes en Afghanistan pour sauver les Afghans de l’obscurantisme et propulser ce pays dans le concert des nations libres et démocratiques. C’est, du moins, ce qu’on nous dit. La liberté et la démocratie, c’est aussi le droit de dire ce qu’on veut, dans le débat public. Ou presque. Même ce qui est « offensant » pour A, B ou C. Je dirais même plus : surtout ce qui est offensant pour A, B ou C. Je comprends les dénonciations, je comprends les condamnations en termes très durs. Je ne comprends pas cette manie de vouloir interdire les voix dissidentes.
Ce qui n’a pas sa place dans le débat public, cependant, ce sont les menaces de mort. Comme cette belle tête de vainqueur qui, sur YouTube, commente la pub de la FFQ et en échappe une, malgré sa face qui remplit l’écran. Quand t’es assez nono pour faire ça, tu mérites que ça se sache. On penserait qu’après une décennie d’histoires de menaces échappées sur le web, certains auraient métabolisé les leçons numériques que ça implique. Ben non.