Patrick Lagacé

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    Patrick Lagacé aime le journalisme : « Cette profession permet de vivre des aventures et d'être payé pour le faire », dit-il.
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    Mardi 2 avril 2013 | Mise en ligne à 14h04 | Commenter Commentaires (13)

    Anne, Hugo : l’histoire d’un don de rein et de la vie 2.0

    Photo André Pichette, La Presse

    Photo André Pichette, La Presse

    Samedi dans La Presse je chroniquais sur une histoire qui me semble formidable : Anne B.-Godbout qui donne un rein à son ami Hugo Houde. Deux adultes dans la jeune vingtaine, qui se sont connus par les blogues, dont l’amitié a fini par se développer dans le réel. Puis, un jour, les reins d’Hugo cessent de fonctionner.

    Formidable ? Eh bien, la greffe d’un organe, pour moi, c’est un peu comme la présence permanente de l’Homme en orbite de la Terre : ce n’est pas parce qu’on s’y est habitués qu’il s’agit d’une chose banale. C’est tout sauf banale.

    Bref, Hugo Houde. Ses reins ont cessé de fonctionner. Il lui faut une greffe, il lui faut un rein, un seul. Son père, sa mère ne sont pas compatibles. Il lui faut se résigner : il faudra attendre le rein prélevé d’un cadavre. En attendant, c’est la dialyse.

    Dans le grand totem des greffes d’organes, les patients en attente d’un rein sont peut-être parmi les moins mal pris. Ils peuvent vivre une vie quasi normale, grâce à la dialyse, cette machine qui nettoie le sang. Mais quand même : ça vous hypothèque un quotidien, ça vous mine les perspectives.

    Anne s’est proposée. Elle était compatible. L’opération a eu lieu il y a une semaine. C’est l’histoire de ma chronique. J’espère que la portion catholique du lectorat, cette portion qui m’a tant tancé pour mes mots un peu durs à l’égard du cardinal Ouellet, a apprécié le clin d’oeil au p’tit Jésus…

    Pourquoi s’est-elle proposée ? Autour d’Anne, à l’hôpital notamment, on a tenté de lui faire dire qu’il devait bien y avoir « quelque chose » entre elle et Hugo. Mais non, Anne a un chum, elle n’est pas amoureuse d’Hugo. Il y aura, pour toute la vie, quelque chose de spécial entre les deux, un lien en titane, évidemment. Mais pas « ça ». Mon analyse à deux cennes : Anne a fait don de son rein parce qu’elle est comme ça, une bibitte généreuse et sensible au sort de son prochain. Une forme de bonté.

    Mais l’histoire d’Anne et Hugo, c’est aussi l’histoire de la vie 2.0, de la vie à l’ère numérique, des relations qui commencent dans l’Internet et qui se déversent dans le réel. Anne a connu Hugo quand celui-ci animait un blogue s’intitulant Oops, we’re dead !, un blogue supposément animé par un ado…

    C’est ainsi que leur relation a commencé : sur le quiproquo d’un pseudonyme et d’une vie inventée (qui n’est pas sans rappeler ce célèbre dessin…). Qu’importe, Anne et Hugo ont fini par développer une réelle amitié, dans le réel.

    Je sais que le virtuel a mauvaise presse. Je sais que le réflexe commun est de sacraliser les « vraies » amitiés, les « vraies » relations qui commencent et perdurent dans le réel. En amitié comme en amour : même le recours aux sites de rencontres, bien que généralisé, a encore quelque de chose de suspect en certains quartiers. Je crois qu’on fait fausse route. De nos jours, il y a tellement de nos vies qui sont imbriquées dans le 2.0 et tellement de bribes du 2.0 qui sont imbriquées dans nos vies que c’est immensément réducteur de dire que les relations virtuelles sont dérisoires…

    L’histoire d’Anne et Hugo constitue une preuve, si on veut, de l’importance et de la densité des relations qui commencent dans le virtuel. Facebook, Twitter, les blogues, les textos : ce sont de nouvelles interfaces dans la grande aventure humaine. Les plus de 40 ans, comme moi, ont connu l’ancienne époque où ces interfaces n’existaient pas. On peut comparer avec l’ancienne époque, évidemment. Mais comme avec toute comparaison générationnelle, la nostalgie embue un peu le rétroviseur.

    Il y a du mauvais dans ces relations 2.0, il y a de la perversité qui se cache là-dedans, il y a une impunité qui existe autrement que dans le réel. Je sais. Et j’en parlais l’an dernier, avec la triste histoire d’Amanda Todd.

    Mais il y a aussi du bon, du très bon. La preuve…

    ***

    Oh, un merci particulier à tous ceux qui ont relevé une inexactitude dans cette chronique. Le fromage plein de trous des Suisses est l’emmental, pas le gruyère.

    J’espère que ça ne me vaudra pas une plainte au Conseil de presse.


    • Donner un rein est loin d’être banal. Le faire dans la jeune vingtaine est peut-être téméraire mais témoigne d’un amour incroyable de son prochain. Je lève mon chapeau à cette jeune dame. Un geste d’une générosité unique. Bravo.

    • Histoire fantastique,

      Mon gars a trouvé sa compagne, celle qu’il a finalement mariée en septembre dernier, il y a plus de 10 ans via internet. Et il parait que ça n’est pas rare du tout ce genre de “rencontre”.

    • Je suis abasourdi par cette générosité… Je ne sais pas si je serais capable de faire un tel geste, sauf pour mes enfants. Je suis bien pissou: peur de subir une opération, des piqures, des prises de sang, de l’hôpital… Je suis plein d’admiration pour cette jeune femme, et son ami a de quoi sourire… C’est une belle histoire!
      J’ose espérer que les pisse-vinaigre habituels s’abstiendront pour une fois…

    • @nininou: Moi je suis sûre que je n’aurais pas le gotz nécessaire pour faire ça pour quelqu’un d’autre que mes enfants. J’aurais bien que trop peur, je suis bien que trop égoïste, je n’aurais jamais la grandeur d’âme nécessaire pour faire un tel don. La jeune dame a toute mon admiration. Wow, ça me laisse croire qu’il y a au moins encore un peu de bonté dans notre société.

    • Un très bon papier M. Lagacé. Ce genre d’article ne touche pas beaucoup de gens. Par contre, dans mon cas, lorsque l’on a dû m’enlever un rein causé par un cancer en 1994, j’étais loin de penser que cela causerais une grosse écharde à ma vie. Puisqu’il s’est propagé à plusieurs endroits par la suite.

      Nous étions cinq patients dans une chambre de l’HSCM. Devant moi, un octogénaire recevait une dialyse de deux à trois fois par semaine et je vous assure que pour lui, ce n’était pas des vacances. Je ne crois pas qu’il pouvait vivre une vie quasi normale…

      J’y pense souvent et si je devais être à sa place… je ne sais pas si je pourrais passer à travers cet enfer. Ce n’est pas une vie presque normale, la dialyse. Je l’ai vu durant ma convalescence à l’hôpital, je vous l’assure.

      Je vis avec un rein depuis ce temps. Et je croise les doigts pour que celui-ci fonctionne encore longtemps. Quel beau geste de cette dame. Il y a encore des personnes qui ont le réflexe du don sans retour. C’est ce qu’il y a de plus beau sur terre.

    • Ton texte redonne foi en l’humanité …et en internet et tout le monde virtuel qui en découle!!!

    • Ce que je trouve le plus hallucinant c est que le don de rein soit devenu nécessaire parcequ il n a pas assez de gens qui signe leur carte autorisant le prélèvement d organe à leur décès . Voilà pourquoi,moi aussi comme Anne,je m apprete à donner un rein .Apres ma convalescence ,je m attaquerais à promouvoir le “recyclage d organe ” version “soft :fini le gaspillage d organes ,j acceptes maintenant qu ils soient recyclés en signant ma carte de don d organe . Version “trash”:les organes s est pas de la marde ,ont les flush pas ,ont les compostes pas ,ont les recycles …en signant sa carte de don d organe .

    • Lorsque mon épouse a eu besoin d’un foie en 2008 après 2 ans d’attente, j’ai offert de donner une partie du mien (oui un foie peut être séparé en deux) mais je n’étais compatible. Grâce a 3 donneurs, car elles est une des rarrissime parsonne à avoir subi 3 greffes en 23 jours, elle est encore en vie aujourd’hui et après 21 longs mois d’hospitalisation, elle a repris toutes ses sctivités et sa place avec moi et mes 2 fils. Merci a tous ceux qui signent leur carte et sortout en font part à leur famille qui ont la décision finale.

    • sylvie001 je vous donnerais le contrat pour la promotion, vos images sont frappantes et efficaces. Ma carte est signée depuis que ça existe mais si je ne l’avais pas fait, vous m’auriez convaincue. Et bravo pour votre don, mon admiration!!!

    • Comme receveur d’un foie en 2001, je m’imagine, à chaque fois que j’y pense, la douleur des parents disant oui pour le prélèvement des organes de ce qu’ils ont de plus précieux perdu.

      Mais aussi je me remémore le chemin à parcourir après avoir reçu un organe. Et quelque fois c’est très long, très pénible et beaucoup y reste. Mais après, quand ca va relativement bien, tu deviens meuilleur, l’avenir c’est aujourd’hui. Moi, je suis mort en 2001, et depuis ce temps, la mort n’a plus aucune prise sur moi avec la peur. Je l’ai vécu, vaincu, percu, réanimé avec sérénité et convaincu que ce sera pareil le moment venu pour avoir bénéficier de ce délais où très peu on accès.

      Remerciez aussi les médecins faiseurs de miracles: Marleau, Wellems, Pomier, Roy, Vincent, LaMotte, Villeneuve……

    • Moi j’aimerais reussir a trouver la famille de (feu)la donneuse anonyme qui a permi a ma mere adoptive d’avoir 22 ans et 11 mois de sursil de vie. Je sais seulement que c’etait une dame de St-Hyacinthe, et que la greffe a eu lieu dans la nuit du 2 au 3 mai 1988. C’etait a Royal-Victoria, mais peut etre que le coeur a ete preleve ailleurs et transporte. Ma mere est decedee en 2011 et j’aimerais voir en photo le visage de celle qui a fait don de vie a la personne qui a ete la plus importante pour moi. J’aimerais voir le visage de celle que je remercie en prieres depuis toutes ces annees. Ma mere avait ecrit une lettre de remerciement dans les premieres annes de sa greffe, mais on a jamais su si Transplant-Quebec l’a vraiment fait parvenir a la famille de la donneuse. Si quelqu’un a des renseignements ou croit avoir connu cette dame de St-Hyacinthe qui est probablement decedee autour du 2-3 mai 1988, vous pouvez me contacter a:
      stephaniedoodle@hotmail.com

    • C’est une histoire formidable, qui redonne foi en l’être humain. Nous avons la capacité de transformer des vies, à petite et grande échelle, et c’est fascinant.

      Depuis que j’ai lu ton papier en cours de weekend, je me demandais quel était ce généreux employeur qui a décidé de se départir des services d’Anne une semaine avant son opération… malheureuse coincidence ou autre geste empreint d’une grande humanité (sarcasme)?

    • Un de mes anciens confrères de travail avait fait le don d’un rein à un de ses amis et il m’a fait réaliser l’importance de signer ma carte pour dons d’organes. Bien égoïstement, voilà bien une autre manière de survivre via les gens bénéficiant de nos divers legs.Si l’âme existe, elle doit sûrement être la somme de ces dons prolongeant la vie autour de nous…

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