Patrick Lagacé

Archive du 14 février 2013

Des réflexions glanées en trois recoins du web et dans ma messagerie (gracieuseté de deux personnes qui ont été citées dans ma série sur l’amour, qui prenait fin aujourd’hui dans La Presse) ; réflexions originales, chacune à sa façon et pour des raisons différentes. En voici cinq, sans compter le lien qui coiffe ce billet, une conférence TED de l’anthropologue Helen Fisher, citée quelques fois dans ma série sur l’amour (transcription française dispo dans un onglet, si vous suivez ce lien).

1) Des auteurs donnent des conseils pour l’écriture de lettres d’amour, sur le site de Radio-Canada.

Claudia Larochelle, en plus de suggérer d’éviter les pages web de citations célèbres, l’équivalent épistolaire du gâteau McCain selon moi, rappelle les vertus de la légèreté :

Soyez drôle, même si c’est maladroit, névrosé, imbécile un tantinet. Le tata un brin timide se préfère au prétentieux qui savoure déjà sa victoire en fumant sa clope l’air ténébreux. Et dites-vous qu’une lettre d’amour de Woody Allen doit être de loin plus agréable à lire qu’une lettre de George Clooney. C’est Diane Keaton qui l’a dit quelque part!

Edouard H. Bond a justement un message pour les gens trop intenses :

La chose à éviter, selon moi, serait d’écrire votre lettre d’amour avec votre propre sang. Je sais, l’idée peut sembler romantique à première vue, ça vient littéralement du cœur et ça signifie un dévouement sans borne doublé d’une intense passion. Mais croyez-en mon expérience, c’est juste creepy.

2) Kim Lizotte signe un billet touchant et lumineux — billet qui s’est répandu sur les médias sociaux hier comme une éclosion de grippe dans un CPE — à un hypothétique et éventuel fils. Kim lui dit, à ce « petit bonhomme imaginaire », comment choisir, prendre soin et aimer une hypothétique et éventuelle blonde. Ça s’appelle La blonde de mon fils. Morceau choisi :

Trouve-toi une amie. Une fille avec qui « t’as le goût d’aller jouer dehors après souper ». Parce que l’amour, c’est ça. Enfant, on a tous un meilleur ami, avec qui on a toujours le goût d’aller au parc. On a beau avoir d’autres amis plus cools et plus fins, mais à la fin de la journée, on a toujours une personne préférée avec qui on a le goût d’aller se balancer (…) Choisis une fille avec qui tu as envie de bâtir des projets. Pas nécessairement le combo « maison-chien-bébés-cabanon ». Trouve celle qui va te donner le goût de rêver à plus grand.

3) Julien Roy, sur le blogue In the 10’s, a quatre conseils pour les filles, en ce 14 février, quatre conseils brutaux de lucidité emballés dans un tout petit billet. Désolé de gâcher ta chute, Julien :

À toi, la contestataire : T’es pas obligée de faire la frustrée qui déteste la fête de l’Amour et qui dit à qui veut bien l’entendre (et aux autres) que «ça a été inventé par Hallmark pour vendre des fucking cartes». C’est pas grave si tu n’es pas la valentine du gars que tu trouves vraiment canon au gym. C’est pas grave si tes amies casées te font chier avec leurs nouvelles boucles d’oreilles. Fais comme tout le monde: lis Fifty Shades of Grey pis attends ton tour. Personne n’aime les casseuses de party.

Et n’oublie pas, ça va aller, l’amour n’a pas de calendrier.

L’amour n’a pas de calendrier ? T’es sûr, Julien ? Fabien Nadeau n’en est pas si sûr, lui… Fabien, 70 ans, de Saint-Liboire, était dans une de mes chroniques sur l’amour — Survivre à l’amour-passion — parce qu’il m’a envoyé son « Calendrier de l’amour », où il cartographie son parcours de gars qui aime. Dans ce calendrier, il cède la parole aux multiples Fabien qui se sont frottés à l’amour : l’enfant, l’ado, l’adulte, le grand-père, l’ami… Extrait :

Je conclurais que l’amour nous prend de l’intérieur par les hormones. Quand, à 16 ans, je dansais un slow avec ma blonde et que je l’embrassais et la serrais dans mes bras en disant des « Je t’aime » éperdu, j’aurais dû dire : « Je m’aime, je m’aime… »

J’ai lu quelque part que l’amour commence lorsque la lune de miel est terminée.

Anne-Sophie Laframboise s’est retrouvée dans Les amours jetables parce que le court texte qu’elle a pondu pour répondre à mon appel à tous m’a interpellé, il symbolisait quelque chose à propos de notre époque… Extrait :

Ça pleut, l’amour, depuis Walt Disney. Aujourd’hui, l’amour ça se Google, ça se twitte, ça se Facebook, ça se visite. Il y a les livres, les modes d’emploi, les statistiques, les psys, le porno, le Kama Sutra, le mommy porn, l’échangisme, les infidélités, ça se bouscule de partout pour nous parler d’amour avec un grand « A », petit « a » ou un « a » comme tu voudras.

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Jeudi 14 février 2013 | Mise en ligne à 7h48 | Commenter Commentaires (19)

L’amour, seul moteur de la survie : retour sur la série

Voilà, c’est la fin de cette série sur l’amour.

Tous les textes publiés de samedi dernier à aujourd’hui, jour de la Saint-Valentin, sont réunis sur la même page de La Presse.ca

Le thème était vaste et bien évidemment, je n’en ai pas couvert tous les aspects, exploré tous les recoins. Dans 2000 ans, le sujet ne sera pas épuisé, alors…

C’était la troisième « grande » série que je signais pour La Presse, après le cancer et l’argent. Chacune de ces aventures culmine par un accouchement difficile — au moment de trier les thèmes et, surtout, de les écrire —, mais pour la série sur l’amour, ce fut un cas de siège. Je m’explique…

Mon cerveau n’est pas calibré pour ces vastes chantiers. Mon cerveau de journaliste est calibré pour écrire principalement une chronique de 800 mots sur un sujet bien précis. Puis de passer à un autre sujet. Quand je parle de calibrage, c’est un peu compliqué : quand j’ai commencé à chroniquer, en 2003 au JdeM, même si c’est ce que je voulais faire depuis toujours, mon cerveau n’était pas calibré pour écrire des chroniques. Il était conçu pour écrire des papiers « objectifs ». J’ai mis des années à trouver un ton, un état d’esprit, une méthode de travail et une façon de « lire » le monde qui ont fini par faire en sorte que j’écris ces chroniques de façon, disons, plus fluide. Mon cerveau a fini par comprendre comment écrire des chroniques.

Mais des dossiers de 10 000 mots, saucissonnés en tranches qui se recoupent, qui demandent la même sorte de souffle d’un bout à l’autre et qui nécessitent de citer tant des lecteurs qu’une anthropologue et des textes vieux de 200 ans ? Non… Mon cerveau n’est pas fait pour ça. C’est un accouchement difficile, chaque fois. Si j’en faisais à longueur d’année, je finirais par trouver le ton, l’état d’esprit, la méthode de travail et la façon de lire le monde qui feraient en sorte que j’accouche de ces dossiers dans l’allégresse…

Je dis souvent que travailler à La Presse est un wet dream journalistique. La preuve, c’est que quand la préparation de cette série a viré au cauchemar — quand j’étais coincé dans mon sujet comme une voiture chaussée de pneus d’été s’embourbe dans un banc de neige, incapable de voir les thèmes et encore moins de les écrire — mes boss ont été d’une patience absolue. D’autres se seraient impatientés de me voir absent des pages du journal et de n’avoir pas grand chose à montrer pour ces semaines de libération. Et au final, cette impatience m’aurait tétanisé encore davantage. Pas eux, pas dans ce journal. Merci, Katia Gagnon (revenue dans la salle de rédaction, comme journaliste, depuis), Martin Pelchat et Jean-François Bégin. Vous avez été des accoucheurs formidables.

Le wet dream, c’est aussi de travailler avec des gens super talentueux. Je pense à Martin Tremblay, Hugo-Sébastien Aubert et Anne Gauthier (photos) ; à Ghassene Jerandi, Francis Léveillé et France Dupont (conception graphique) qui ont su mettre ces textes en valeur avec un brio artistique incomparable.

Le wet dream, c’est aussi ces lecteurs de La Presse qui ont répondu à mon appel à tous, l’automne dernier. Cet appel de témoignage a généré plus de 200 textes, courts ou longs, fascinants même quand ils étaient banals. Ce fut le matériau de base pour ces textes que vous avez pu lire depuis samedi dernier. Je suis privilégié d’avoir eu accès à vos tourments les plus intimes, à vos joies les plus pures. J’ai dû me résoudre, trop souvent, à ne pas utiliser des témoignages, des images, des citations qui auraient pu mériter un texte à eux seuls. Toutes mes excuses.

***

Un mot sur Judith Malenfant, qui était de la chronique Lettre à François, où elle racontait les derniers moments de la vie de son chum François. La chronique a touché beaucoup, beaucoup, beaucoup de gens. Rarement eu autant de réactions à une chronique. Judith fait dire merci, elle a reçu beaucoup, beaucoup, beaucoup de feedback. « Mon coeur est plein d’amour pour les années à venir », m’a-t-elle écrit.

Quand Leonard Cohen chante The Future, les images sont effrayantes… Il est question de planter le dernier arbre vivant dans ce trou dans la culture… Du blizzard du monde qui a franchi le seuil, pour renverser l’ordre des âmes… De petits poètes minables qui tentent d’imiter Charlie Manson…

Mais au milieu de ces polaroids inquiétants, une image lumineuse sort de la bouche du poète montréalais et éclaire tout le reste…

Love is the only engine of survival, susurre M. Cohen ; l’amour est le seul moteur de la survie…

C’est la réflexion qui clôt cette série.

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Jeudi 14 février 2013 | Mise en ligne à 7h23 | Commenter Un commentaire

L’amour, seul moteur de la survie… Retour sur cette série

Voilà, c’est la fin de cette série sur l’amour.

Tous les textes publiés de samedi dernier à aujourd’hui, jour de la Saint-Valentin, sont réunis sur la même page de La Presse.ca

Le thème était vaste et bien évidemment, je n’en ai pas couvert tous les aspects, exploré tous les recoins. Dans 2000 ans, le sujet ne sera pas épuisé, alors…

C’était la troisième « grande » série que je signais pour La Presse, après le cancer et l’argent. Chacune de ces aventures culmine par un accouchement difficile — au moment de trier les thèmes et, surtout, de les écrire —, mais pour la série sur l’amour, ce fut un cas de siège. Je m’explique…

Mon cerveau n’est pas calibré pour ces vastes chantiers. Mon cerveau de journaliste est calibré pour écrire principalement une chronique de 800 mots sur un sujet bien précis. Puis de passer à un autre sujet. Quand je parle de calibrage, c’est un peu compliqué : quand j’ai commencé à chroniquer, en 2003 au JdeM, même si c’est ce que je voulais faire depuis toujours, mon cerveau n’était pas calibré pour écrire des chroniques. Il était conçu pour écrire des papiers « objectifs ». J’ai mis des années à trouver un ton, un état d’esprit, une méthode de travail et une façon de « lire » le monde qui ont fini par faire en sorte que j’écris ces chroniques de façon, disons, plus fluide. Mon cerveau a fini par comprendre comment écrire des chroniques.

Mais des dossiers de 10 000 mots, saucissonnés en tranches qui se recoupent, qui demandent la même sorte de souffle d’un bout à l’autre et qui nécessitent de citer tant des lecteurs qu’une anthropologue et des textes vieux de 200 ans ? Non… Mon cerveau n’est pas fait pour ça. C’est un accouchement difficile, chaque fois. Si j’en faisais à longueur d’année, je finirais par trouver le ton, l’état d’esprit, la méthode de travail et la façon de lire le monde qui feraient en sorte que j’accouche de ces dossiers dans l’allégresse…

Je dis souvent que travailler à La Presse est un wet dream journalistique. La preuve, c’est que quand la préparation de cette série a viré au cauchemar — quand j’étais coincé dans mon sujet comme une voiture chaussée de pneus d’été s’embourbe dans un banc de neige, incapable de voir les thèmes et encore moins de les écrire — mes boss ont été d’une patience absolue. D’autres se seraient impatientés de me voir absent des pages du journal et de n’avoir pas grand chose à montrer pour ces semaines de libération. Et au final, cette impatience m’aurait tétanisé encore davantage. Pas eux, pas dans ce journal. Merci, Katia Gagnon (revenue dans la salle de rédaction, comme journaliste, depuis), Martin Pelchat et Jean-François Bégin. Vous avez été des accoucheurs formidables.

Le wet dream, c’est aussi de travailler avec des gens super talentueux. Je pense à Martin Tremblay, Hugo-Sébastien Aubert et Anne Gauthier (photos) ; à Ghassene Jerandi, Francis Léveillé et France Dupont (conception graphique) qui ont su mettre ces textes en valeur avec un brio artistique incomparable.

Le wet dream, c’est aussi ces lecteurs de La Presse qui ont répondu à mon appel à tous, l’automne dernier. Cet appel de témoignage a généré plus de 200 textes, courts ou longs, fascinants même quand ils étaient banals. Ce fut le matériau de base pour ces textes que vous avez pu lire depuis samedi dernier. Je suis privilégié d’avoir eu accès à vos tourments les plus intimes, à vos joies les plus pures. J’ai dû me résoudre, trop souvent, à ne pas utiliser des témoignages, des images, des citations qui auraient pu mériter un texte à eux seuls. Toutes mes excuses.

Quand Leonard Cohen chante The Future, les images sont effrayantes… Il est question de planter le dernier arbre vivant dans ce trou dans la culture… Du blizzard du monde qui a franchi le seuil, pour renverser l’ordre des âmes… De petits poètes minables qui tentent d’imiter Charlie Manson…

Mais au milieu de ces polaroids inquiétants, une image lumineuse sort de la bouche du poète montréalais et éclaire tout le reste…

Love is the only engine of survival, susurre M. Cohen ; l’amour est le seul moteur de la survie…

C’est la réflexion qui a lancé cette série, c’est celle qui la clôt.

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