Patrick Lagacé

Archive du 10 février 2013

Dimanche 10 février 2013 | Mise en ligne à 23h31 | Commenter Commentaires (160)

Retour sur Tout le monde en parle… Et sur Mme Bombardier (AJOUT)


(Via La Clique)

C’est la cinquième fois que j’étais invité à TLMEP depuis 2007 et ce soir, c’est le meilleur plateau auquel j’ai participé. La qualité des invités était impressionnante… Bon, si je n’avais pas été forcé de danser, je crois qu’il aurait été encore meilleur mais ça, ce n’est que mon opinion.

Un mot sur le moment où j’ai croisé le fer avec Denise Bombardier. Le noeud de l’affaire est résumé dans une chronique que j’ai publié dans La Presse sur le sujet du plagiat commis par Françoise Laborde, coauteur avec Madame B de Ne vous taisez plus !, un livre lancé dans la foulée de l’Affaire DSK. Mme Laborde était responsable d’un chapitre qui comporte des passages piqués à une journaliste de l’édition française de Slate. Extrait de ma chronique de mars 2012 :

Dans Ne vous taisez plus!, publié en septembre dernier, on peut lire un passage écrit par Mme Laborde:

«L’attitude française serait liée à une tradition intellectuelle qu’a soulignée récemment dans le New York Times l’historienne Joan Scott. Celle-ci indique que, pour les Français, l’”alternative à l’égalité entre les sexes est l’acceptation d’un jeu érotisé des différences”. Ainsi, la femme acquerrait du pouvoir en étant désirée par les hommes et pourrait de la sorte rééquilibrer le rapport de force. Le féminisme serait, de ce point de vue, “un apport étranger”, en décalage avec les moeurs françaises. Et, surtout, il mettrait en danger la galanterie française.

«Le modèle – celui d’une “galanterie française” – est à distinguer du combat égalitaire des féministes américaines, accusées de forcer les femmes à nier leur féminité. Pour ce courant, il s’agit d’opposer le “commerce heureux entre les sexes” à la judiciarisation excessive des rapports hommes-femmes aux États-Unis. Ce discours de l’exception française a d’ailleurs été construit en réaction à la politisation des questions sexuelles en Amérique à la fin des années 1980.»

Or, trois mois plus tôt, en juin, Claire Levenson a publié son analyse comparée des sexismes made in France et in ze USA, dans Slate.fr:

«L’attitude française, elle, est en partie liée à une tradition intellectuelle qu ‘a examinée l’historienne de Princeton Joan Scott. Celle-ci soulignait récemment dans le New York Times que pour certains historiens et sociologues français, l’”alternative à l’égalité entre les sexes est l’acceptation d’un jeu des différences érotisé”. L’idée est que la femme acquiert du pouvoir en étant désirée par les hommes, et que grâce à cela elle parvient à rééquilibrer le rapport de forces. Scott ajoute que pour ces intellectuels (elle cite Claude Habib, Mona Ozouf et Philippe Raynaud), le féminisme est vu comme “un apport étrange”, en décalage avec les moeurs françaises.

«Le modèle défendu est celui d’une “galanterie française”, à distinguer du combat égalitaire des féministes américaines, accusées de forcer les femmes à nier leur féminité. Pour ce courant, il s’agit d’opposer le “commerce heureux entre les sexes” (Mona Ozouf) à la judiciarisation excessive des rapports aux États-Unis. Ce discours de l’exception française a d’ailleurs été “construit en réaction contre la politisation des questions sexuelles aux États-Unis à partir de la fin des années 1980″, souligne le sociologue Éric Fassin.»

Il faut être aveugle pour ne pas voir que ces deux textes sont trop similaires pour que cela soit le fruit du hasard. Il y a clairement eu plagiat. Mme Bombardier ne peut pas ignorer ce qu’est le plagiat — un larcin intellectuel : on s’approprie sans attribution le travail de quelqu’un d’autre — car elle travaille depuis des décennies avec les mots et les idées. C’est une authentique intellectuelle. Elle sait ce que c’est.

Pour justifier son refus de commenter, elle dit qu’en France, le procès intenté par la journaliste Levenson n’est allé nulle part. Je me fiche du procès : le noeud de l’affaire n’est pas judiciaire. Il est moral. Un bout de texte a été publié dans un livre, cosigné par Mme Bombardier, et il se trouve que ce bout de texte a été publié ailleurs avant la publication du livre. Mme Bombardier s’est fait faire un petit dans le dos : sa coauteure a volé le travail de quelqu’un d’autre, quelques paragraphes, et l’a inséré dans ce livre.

Si Mme Bombardier avait simplement dit que Mme Laborde est son amie et qu’elle a eu une discussion privée avec elle à ce sujet, que cela étant fait elle ne désire pas commenter plus avant, je ne l’aurais pas talonnée chez Guy A. Je peux comprendre que l’amitié nous place parfois dans des situations difficiles.

Mais ce n’est pas ce que Mme Bombardier fait. Elle prétend que cette affaire de plagiat n’existe pas. Elle se perd dans des écrans de fumée sur les blogues et les interwebs. Elle nous dit que l’éléphant dans la pièce n’est pas un éléphant, c’est un hologramme de souris.

Bullshit. C’est du vol. Nous faire croire le contraire est prendre les gens pour des idiots.

AJOUT :

Madame B, chez Catherine Perrin, ce matin (vers 13:30) à propos des questions sur son association avec une femme qui a braconné le travail de quelqu’un d’autre :

« Sur le plan professionnel, je suis inattaquable. »

« On n’est pas dans le contenu. »

Et, j’imagine que cela s’adressait à moi : « Quand on n’est pas trop connu ou quand on n’a pas de crédibilité intellectuelle, on essaie de s’en faire avec des images qui elles en ont. »

Eh, misère…

Quand on n’a pas d’argument, on attaque le messager. Quand on n’a pas d’argument et qu’on défend l’indéfendable, on lève le ton pour enterrer les autres…

C’est ce que Denise Bombardier fait. Elle ne veut pas prendre ses distances d’une amie qui a miraculeusement accouché, dans un livre qu’elle cosigne, de phrases et de paragraphes en (presque) tous points semblables à des phrases et paragraphes parus ailleurs, avant la parution dudit livre ? C’est une chose. Mais qu’elle se mette à nous dire avec une véhémence (que n’a pas manqué de souligner Mme Perrin) que tout cela n’existe pas, que ce n’est pas du contenu, c’en est une autre. C’est quelque chose comme de l’assentiment et de la complicité passive d’un délit moral, celui du plagiat.

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