Patrick Lagacé

Archive du 13 décembre 2012

Jeudi 13 décembre 2012 | Mise en ligne à 11h08 | Commenter Commentaires (56)

Note de service à propos des courriels non sollicités

Ce à quoi ressemble ma messagerie de La Presse

Ce à quoi ressemble ma messagerie de La Presse

(Soupir.)

(Long soupiiiiiiiiiir.)

Ma messagerie de La Presse fait un excellent boulot pour bloquer le pourriel habituel, je parle des messages de ces princesses nigérianes qui veulent me donner 10% d’une fortune de 20 millions d’euros héritée par la grâce de la Provindence… Enfin, pour toucher ce 10%, je dois seulement leur envoyer toutes mes coordonnées bancaires pertinentes, car il semble que les princesses nigérianes ont accès au courriel mais jamais, jamais à une banque.

Mais il y a une autre forme de pourriel tout à fait légitime, que ma messagerie laisse passer et qui, par le poids du nombre, fait en sorte que ma messagerie ressemble de plus en plus à un site d’enfouissement de déchets domestiques. Je parle de ces firmes québécoises qui font affaire avec des firmes de marketing qui envoient des messages en vrac aux journalistes, à tous les journalistes, dans l’espoir que l’un d’eux, quelque part, parlera de leur putain d’événement. Mon courriel est sur ces listes. Je méprise ceux qui m’ont mis sur ces listes. Je méprise ceux qui le font de leur propre chef, comme des grands. C’est pire.

Comment vous dire…

Je parle pas de meubles créés par des designers québécois, je ne parle pas des nouvelles chanteuses québécoises dont le dernier single est numéro un dans une radio gaspésienne et il n’y a aucune chance que je m’inscrive à un séminaire de gestion des employés du domaine de la bureautique. Je me fiche pas mal des résultats trimestriels de votre compagnie cotée en Bourse, par ailleurs, comme je ne veux pas savoir que votre compagnie a lancé un nouvelle orthèse révolutionnaire pour les gens qui souffrent du talon.

Si vous faites affaire avec une firme de marketing qui envoie, en votre nom, des courriels aussi mal ciblés : je vous méprise. De plus, je ne connais aucun journaliste qui prête la moindre importance à ces listes. Bref, vous vous faites fourrer, mais si ça vous intéresse de jeter votre fric par les fenêtres, c’est votre affaire.

Si vous voulez avoir une chance que je parle de votre événement, de votre produit, de votre lancement, il y a un truc infaillible et juste parce que je suis de bonne humeur, je vais vous le révéler, gratis. Comme ça vous pourrez économiser ce que ces firmes de marketing de merde vous facturent pour polluer ma messagerie inutilement.

Le truc infaillible pour avoir une chance que je plogue votre truc, c’est de… me lire.

Mes chroniques sont archivées sur le site de La Presse. Mes billets de blogue aussi. Le lecteur attentif peut ainsi voir ce qui me titille, ce qui m’émeut, ce qui me fâche et ce qui me pousse à taper sur le clavier de ce Mac dans l’espoir de retenir l’attention des lecteurs pendant quelques minutes.

Donc, d’abord, vous me lisez. Et ensuite, vous me contactez directement, pour me suggérer un histoire. Un truc qui risque de cadrer dans ce que je fais. Si vous m’envoyez le même courriel que vous avez envoyé à 1200 autres journalistes nord-américains sur l’orthèse pour les talons douloureux, il y a autant de chance que j’en parle que j’aille en voyage sur la Lune ; si vous m’envoyez le même courriel sur votre exposition de meubles 100% design québécois que vous avez envoyé à 200 journalistes québécois, il y a autant de chance que j’en parle que je me gosse une nouvelle table de cuisine avec du bois que j’aurais coupé, en fin de semaine, au chalet.

Ça ne veut pas dire que j’haïs les orthèses ou les meubles 100% designers québécois (j’ai une préférence, personnellement, pour les tables de chevet néo-zélandaises), ça veut juste dire que j’aime — comme tout le monde — me croire un peu spécial. S’il y a un angle que je peux exploiter, qui cadre avec ce que je fais dans ce journal, faites-moi signe. Certains relationnistes plus rusés ou perspicaces l’ont compris. Des fois, ça marche. Des fois, je parle de leur truc.

Sinon, si vous me mettez sur vos listes, je vais me fâcher (et le regretter, comme chaque fois que je me fâche, mais ça, ça regarde ma psy, pas toi, le designer de meubles) et vous envoyer ceci :

Pourquoi vous m’envoyez ca?
Pourquoi vous polluez ma messagerie avec des messages non sollicités?

Et vous répondrez ceci :

Merci pour votre courriel.

Pour répondre à vos questions, je vous informe que j’envoie ce courriel mensuel à titre d’outil de communication afin d’attirer l’attention de diverses personnes qui ont sollicité la réception de ce courriel et parfois, à certaines personnes qui n’ont rien demandé mais qui généralement, représentent un média tel que dans votre cas, La Presse. Je peux très bien comprendre que le harcèlement par courriels non-sollicités puisse atteindre la corde sensible d’une personne lorsque reçus à son adresse personnelle de façon incessante, mais disons qu’il semble que je sois moins sensible dans le cas d’une adresse professionnelle. Si le heurt de mes envois mensuels a froissé votre sensibilité d’internaute-journaliste, je m’en excuse.

Et tout ça pourquoi? Pour essayer de survivre en tant qu’artiste en étant proactif et je dois dire que jusqu’à maintenant, j’y arrive assez bien. Faut bien commencer quelque part et semble-t-il, en trébuchant quelques fois… Mais ce qui m’importe, c’est d’avancer, garder la tête hors de l’eau et ne plus me retrouver à la rue. Sur ce, Monsieur, bien que vous ne l’ayez pas clairement demandé, j’ai retiré votre adresse courriel de ma liste d’envoi.

Ce qui risque d’entraîner cette réponse :

Près du 3/4 des courriels que je reçois, c’est du stock non-sollicité comme le vôtre. Je suis très sympathique à votre histoire, mais que voulez-vous que j’y fasse ?

Adresse professionnelle ? Oui, en effet, mais JE N’ÉCRIS JAMAIS SUR LE DESIGN. Adresse professionnelle ? Oui, en effet, MAIS À CAUSE DE GENS COMME VOUS, MON ADRESSE PROFESSIONNELLE EST EN TRAIN DE DEVENIR INGÉRABLE. Ça s’appelle du spam, ce que vous m’envoyez. Du pourriel.

Alors svp, svp, ne faites pas comme si vous me faisiez une faveur en me retirant de la liste.

Je sais que je fais fausse route. Je sais que ça ne sert à rien de me pogner avec ce type impoli qui pêche à la dynamite. Je sais qu’essayer de le raisonner, c’est comme essayer de clouer du Jell-O au mur.

La solution, c’est peut-être que je me fasse justice moi-même.

Tu veux que j’aille couvrir ton lancement de poufs 100% designers québécois ? Tu veux que j’aille assister au lancement de la nouvelle sensation de la chanson québécoise ?

T’es sûr ?

Ok.

Attache ta tuque.

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