Patrick Lagacé

Archive du 7 décembre 2012

Vendredi 7 décembre 2012 | Mise en ligne à 8h22 | Commenter Commentaires (275)

Les troupes de Stephen Harper et l’accès à l’avortement

Photo PC — Le député Warawa et sa collègue Stella Ambler

Photo PC — Le député Warawa et sa collègue Stella Ambler

Un député conservateur de la Colombie-Britannique, Mark Warawa, présente une motion invitant la Chambre des communes à condamner l’avortement sélectif. Avortement sélectif ? Parlons plutôt de sexo-sélectivité: le fait de choisir de se faire avorter sur la base du sexe du bébé à naître.

Résumé de La Presse, sous la plume de Martin Croteau.

C’est le hic, c’est toujours le hic avec les députés conservateurs qui s’approchent du droit des femmes à disposer de leurs appareil reproducteur comme elles l’entendent : on se demande toujours quels sont leurs motifs réels. Et ici, M. Warawa, avec sa motion ambiguë n’aide en rien à dissiper les doutes sur ses intentions réelles. Voici un caucus qui compte une bonne proportion d’amis personnels de Jésus qui voudraient bien gagner leur ciel en limitant l’accès à l’avortement en ce pays.

Il est par ailleurs loin d’être acquis que la sexo-sélectivité soit un problème au Canada. L’étude scientifique la plus souvent citée, celle du Canadian Medical Association Journal (CMAJ) évoque des chiffres qui suscitent des interrogations chez des mères ontariennes ayant accouché entre 2002 et 2007. Mais l’anomalie statistique concerne les mères nées en Inde et en Corée du Sud, qui accouchent davantage de garçons que de filles.

Deux observations :

1) le dernier paragraphe du papier du CMAJ est plus nuancé que ce qu’on veut faire dire à l’étude et prévient qu’il y a lieu de faire plus de recherches en ce domaine

2) il y a une sacrée marge entre « la sexo-sélectivité est un problème chez certains groupes de Canadiens » et « la sexo-sélectivité est un problème au Canada ». Mais je lis la motion M-408 et M. Warawa ne s’embarrasse pas de faire cette nuance. Il faut « protéger » les filles !

L’ambiguïté de ses propos fait craindre — encore une fois — qu’un député du parti de Stephen Harper lance une autre attaque sur l’accès des femmes à l’avortement. Le amis personnels de Jésus qui s’adonnent à être députés conservateurs ont bien compris qu’attaquer de front l’accès à l’avortement est peu productif. Dénoncer la sexo-sélectivité ? Hey, qui peut être contre ça ?! C’est ça, être ratoureux: ouvrir un peu la porte, pour déposer une brique dans l’entrebâillement de ladite porte.

Au fait, je le signale : M. Warawa dit que M-408 n’est que la première étape. Il refuse de dire quelle sera la deuxième étape, rapporte Le Devoir. Pourquoi ? Je signale aussi ce passage du texte du Devoir :

Sa motion avait été déposée quelques minutes seulement après que celle de son collègue, Stephen Woodworth, eut été défaite aux Communes. M. Woodworth voulait mettre sur pied un comité chargé d’étudier le moment à partir duquel un foetus devient un être humain.

Sûrement un hasard.

Être ratoureux, bis : inventer des problèmes pour imposer des « solutions » idéologiques, c’est une façon de faire éprouvée des troupes de M. Harper. Voyez l’invention d’un grave problème de criminalité au Canada — alors que le crime n’est pas un problème répandu au Canada, la majorité des indices de criminalités étant en baisse — pour justifier un train de mesures des politiques publiques de type « dur sur le crime », ou comme s’en gargarisent les conservateurs : « tough on crime ».

Est-ce que la sexo-sélectivité existe ?

Fort probablement, la bêtise humaine n’ayant pas de limite. Est-ce que c’est un grand et grave problème de société ? Rien ne le prouve. Faire des parallèles entre le « problème » de la sexo-sélectivité au Canada et la lutte pour les droits civiques de Martin Luther King, comme le fait le député Warawa, c’est essayer de déguiser une souris pour un 18 roues. D’ailleurs, dans le même registre, le parallèle esclavagisme-avortement n’est pas étranger au mouvement pro-vie.

Si le dévoilement du sexe de l’enfant à naître est à la base de cas de sexo-sélectivité, pourquoi ne pas cibler nommément le dévoilement du sexe d’un enfant ? Pourquoi évoquer le geste consécutif à ce dévoilement, qui est l’avortement ? Pourquoi ne pas pousser pour un embargo sur le sexe de l’enfant ? Je ne dis pas que c’est faisable, je ne dis pas que c’est intelligent, je ne dis pas que c’est souhaitable… Mais ce n’est pas une entrave au droit à l’avortement.

On est pro-choix ou on ne l’est pas. Il n’y a pas de façon simple d’encadrer les « excès » — réels ou appréhendés — de l’accès à l’avortement, comme celui de la proverbiale femme volage qui se sert de l’avortement comme d’un moyen de contraception.

Lire les commentaires (275)  |  Commenter cet article






publicité

  • TWITTER

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    avril 2011
    L Ma Me J V S D
    « mar   mai »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930  
  • Archives

  • publicité