Patrick Lagacé

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    Patrick Lagacé aime le journalisme : « Cette profession permet de vivre des aventures et d'être payé pour le faire », dit-il.
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    Lundi 3 décembre 2012 | Mise en ligne à 17h01 | Commenter Commentaires (49)

    USA, Canada : les joies du BS corporatif

    Belle image...

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    Les anglais ont un très joli terme pour décrire la pratique de pomper de l’argent public vers des compagnies et industries qui n’en ont pas vraiment (ou vraiment pas ) besoin : corporate welfare. Du BS corporatif.

    Et ces jours-ci, justement, le New York Times publie une série explosive sur ce phénomène : « United States of Subsidies », Les États-Unis de la Subvention. On s’est concentré sur les subventions directes et les avantages fiscaux consentis par les autorités locales (États, comtés et villes). Les calculs du journal sont de son propre aveu incomplets car il est à peu près impossible de traquer chaque dollar consenti par les pouvoirs publics aux compagnies dans le but de les voir créer de l’emploi dans leur coin de pays. Mais, au bas mot, on parle de 80 milliards par année.

    Voici, en gros, ce qu’on apprend dans la série :

    — Il n’existe à peu près pas de système objectif permettant d’évaluer l’efficacité de ces mesures supposément créatrices d’emploi ;

    — Des compagnies qui font des profits font du chantage aux jobs en menaçant de déménager des usines ou des bureaux dans un comté, une ville ou un État voisin ; quand elles ne le font pas, tout simplement ;

    — Les administrations publiques font face à une asymétrie de l’information quand elles dealent avec des compagnies souvent gigantesques qui, elles, habituées à faire chanter lesdites administrations publiques, possèdent toute l’info pertinente ;

    Un passage déprimant du premier texte de la série concerne Bobby Hitt, secrétaire au commerce de la Caroline du Sud:

    For government officials like Bobby Hitt of South Carolina, the incentives are a good investment that will raise tax revenues in the long run.

    “I don’t see it as giving up anything,” said Mr. Hitt, who worked at BMW in the 1990s and helped it win $130 million from South Carolina.

    Today, Mr. Hitt is the state’s secretary of commerce. South Carolina recently took on a $218 million debt to assist Boeing’s expansion there and offered the company tax breaks for 10 years.

    Mr. Hitt, like most political officials, has a short-term mandate. It will take years to see whether the state’s bet on Boeing bears fruit.

    Donc, en plus de ne pas savoir si l’aide à des géants comme BMW et Boeing est véritablement « payante », les politiciens qui prennent la décision de subventionner ces géants ne seront, bien souvent, plus au pouvoir quand on pourra juger des fruits de ces décisions. Sans doute seront-ils alors lobbyistes pour ces mêmes compagnies/industries.

    Autre passage éloquent sur les enchères auxquelles se livrent les autorités locales entre elles, pour « créér » des jobs, sur la rivalité entre le Kansas et le Missouri, qui ont tout à tour dépensé de l’argent public afin d’attirer des compagnies situées sur le territoire de l’autre État :

    Soon after Kansas recruited AMC Entertainment with a $36 million award last year, the state cut its education budget by $104 million. AMC was moving only a few miles, across the border from Missouri. Workers saw little change other than in commuting times and office décor. A few months later, Missouri lured Applebee’s headquarters from Kansas.

    “I just shake my head every time it happens, it just gives me a sick feeling in the pit of my stomach,” said Sean O’Byrne, the vice president of the Downtown Council of Kansas City. “It sounds like I’m talking myself out of a job, but there ought to be a law against what I’m doing.”

    Donc, d’une main, le Kansas a donné 36M$ à AMC Entertainement — le groupe qui possède entre autres une chaîne de cinémas — pour quitter le Missouri. De l’autre, l’État a coupé 104M$ du budget de son système d’éducation…

    Quelques observations plus ou moins cyniques :

    — Les capitaines d’industrie américains (mais pas seulement américains) et leurs chantres nous chantent sans cesse la ritournelle de la beauté absolue du libre-marché : où est le libre-marché quand l’industrie tend la main de façon systématique, aux pouvoir publics, comme un quêteux ?

    — Parmi les insultes préférées des chantres du libre-marché, on retrouve l’épithète de « socialiste » lancée à la gueule de tout politicien montrant une quelconque inclinaison envers les dépenses publiques pour des programmes sociaux. Just sayin’…

    — Il n’y a pour ainsi dire aucun débat sur le BS corporatif américain (mais pas seulement américain), alors que les dépenses publiques pour les poqués — comme les BS, par exemple — font, elles, l’objet de débats passionnés et vitrioloiques ;

    Le Canada n’est pas exempt de dépenses publiques lancées dans les coffres du secteur privé sans suivi et sans assurance d’efficacité. On apprenait récemment, via le Fraser Institute, que depuis 1982, Industrie Canada a lancé 13,7 milliards CAN — un montant qui n’a pas été ajusté à l’inflation — à l’entreprise privée, sans trop de suivi sur l’efficacité de ces subsides et à peu près sans suivi quant aux sommes qui étaient des prêts et qui devaient être remboursées… On lit l’enquête de Mark Milke et on se dit ceci : l’assurance-emploi oppose plus de critères d’encadrement aux sommes données aux chômeurs qu’Industrie Canada n’en impose aux entreprises canadiennes…

    Mais collectivement, au Canada, le BS corporatif fait mille fois moins l’objet de débats que les dépenses de formation des employés de commissions scolaires ou que les fraudes de bénéficiaires du BS.

    Morale de ces histoires canadienne et américaine : des milliers de dollars, c’est plus facile à conceptualiser que des milliards, la haine du pauvre est bien vivante et les PDG ont toujours — TOUJOURS — raison parce que, bien sûr, ils créent de la job, EUX.

    Même si ce n’est pas prouvé.


    • Vous êtes un socialiste qui vote québec solidaire à défaut de pouvoir voter marxiste et je vous soupçonne de faire partie de la secte réchauffiste d’écolo radicaux carré rouge.

      :)

      G. Durany

    • Maintenant, M. Lagacé, il faut faire la même étude avec nos compagnies et le gouvernement. Aurez-vous toute la lassitude voulue ?

      Impressionnez-moi, s.v.p. !

      Philippe Girard

    • Beau problème, peu de solutions. Si on arrête de le faire, effectivement, les compagnies vont partir ailleurs et cela créera du chômage. C’est un cercle vicieux.

    • Plus sérieusement, il devient de plus en plus urgent de débattre de façon beaucoup plus pragmatique les enjeux.

      Ça fait longtemps que je dis à mon entourage que le BS ça coûte rien quand on le compare aux subventions données aux entreprises. Moi le BS, je connais le résultat et ça s’appelle la Paix Sociale (qui a un coût connu … le BS et l’assurance chômage). J’aime la paix sociale. Quant aux subventions, je n’en connais pas le résultat, nous en donnons, mais les entreprises quittent quand même.

      C’est comme quand je me fais dire que l’Alberta me fais vivre alors que je verse une somme mirobolante d’impôt. Une minute chose … peut-on réviser avec l’Alberta me un tout petit peu vivre au moins ?

      Ce genre de dogmatisme nous épuise collectivement et nous empêche de toucher aux vrais enjeux avec la profondeur nécessitée.

      Prag-ma-tis-me

    • Pendant ce temps-là vos éditorialistes s’inquiètent du prix du livre unique! On voit où sont leurs priorités…

    • Petit exemple local: L’usine GM de Boibriand. Après avoir consenti un prêt de 200M en 1998 (je crois) sans intérêt pendant 20 ans pour “améliorer les instalations” les-dites instalations ont été rasé en 2003, bye bye les emplois, et le 200M? Bien, GM dit qu’il reste encore 15 ans avant de rembourser, donc notre 200M de 1998 va valloir combien en 2018? Et aujourd’hui, GM a évité la failitte, grace encore aux bails-out du gouvernement américain et canadien…

      BS corporatif? c’est plus du chantage que du BS car les grands PDG de ces entreprises font des millions en salaires, options et avantages. Nous? on attend le chèque…

    • L’industrie ne tend pas la main de façon systématique. L’industrie, lorsqu’elle considère ouvrir ou déménager une usine, prend beaucoup de facteurs en considération: e.g. les coûts de la main-d’oeuvre, les qualifications de la main-d’oeuvre et bien en entendu, le coût de la taxation auquel elle sera soumise. Souvent elles en viennent à une décision qui déplaît aux politiciens des États perdants. Ce sont plutôt ces politiciens qui frappent à la porte des entreprises pour leur consentir des cadeaux de toutes sortes pour que ces compagnies déménagent dans leur juridiction. Les États qui ont une population éduquée et de basses taxes font rarement de tels cadeaux au entreprises (e.g. le Texas, Austin pour la haute technologie) . Leur économie est souvent relativement meilleure que les États à forte taxation qui sont ceux qui ont à offrir le plus de cadeaux afin d’être compétitifs et attirer les compagnies. Tirez-en les conclusions que vous voulez…

    • Monsieur Lagacé, l’ADQ avait dénoncé ces subventions abusives aux entreprises et proposé de les réduire. C’est l’ADQ, entre autres, qui a relevé que le Québec versait beaucoup plus d’argent aux entreprises que l’Ontario, même si sa population est moindre et les résultats, anémiques.
      L’ADQ avait aussi tenté de mettre l’éducation au centre des débats dans sa campagne. Pourquoi ne l’a-t-on pas prise au sérieux? Ah oui, c’est vrai : l’ADQ était censée être un sale parti ultra-capitaliste de droite.
      Qui a également dénoncé les subventions excessives aux entreprises? Éric Duhaime, ce mangeur de petits enfants conspué pour son néolibéralisme.
      Alors prendre ce numéro du TIME pour radoter encore le discours vertueuse-gauche-contre-méchante-droite, c’est assez ordinaire.

      En passant, comme il n’est pas interdit de marcher et de mâcher de la gomme en même temps, il est possible de critiquer à la fois les subventions aux entreprises et les dépenses des commissions scolaires et des agences privées. Juste comme ça.

      C. Morgan

    • .
      L’aide financière aux entreprises (sous toutes ses formes) doit être remise en question. Certains critères précis devraient être appliqués et des remboursements devraient être exigés selon l’issu du dossier.

      Ce problème et les déménagement de lieux de production outre-frontières pourraient probablement être réglé si les coûts de transport étaient plus représentatif des coûts réels.

      Par exemple, le cuivre du nord Québec-Ontario subit une première transformation en Amérique du nord, est ensuite refondu et transformé en fis ou feuille ailleurs, voyage vers l’Asie pour être intégré dans des composantes électroniques, repars vers le Mexique ou l’Europe …. et ainsi de suite. …. après on perd des emplois et on s’étonne des problèmes de qualité de l’air !

      Mettons les vrais coûts et le problème se résorbera à 50 ou 75 %

    • Si les gouvernements arrêteraient de subventionner, y aura t-il:
      - des amphithéâtres modernes?
      - des améliorations de productivité dans les secteur manufacturier?
      - des technopôles, pôles de la santé et autres pôles?
      - des activités moins dommageables pour l’environnement et plus bénéfiques pour le plus grand nombre?

      Pour en savoir plus sur le sujet, je vous incite à lire “la part du lion” deLinda McQuaig.

    • Comme admettons, Québécor qui se fait payer un Colisée tout neuf par les gouvernements municipaux et provinciaux?

    • Tant qu’a moi, si on doit subventionner, qu’on le fasse de façon mesurable. Une subvention sur les quote-part des compagnies aux RRQ, à l’assurance chômage, à la CSST, toutes des charges qu’elles n’ont pas lorsqu’elles ne créent pas d’emploi. Donc pas d’emploi, pas de subvention

    • Le néo-libéralisme prône justement le moins d’intervention possible de la part de l’État. Cela s’applique aux subventions aux entreprises. C’est toujours drôle de voir que la gauche devient néolibérale lorsqu’on parle de ce sujet.

    • Vous avez raison M.Lagacé, parlez en a Pierre Marc Jonhson au sujet de Hyundai à Bromont!

    • J’oubliais GM a ST-Thérèse, bel exemple de BS corporatif!

    • Jane Jacobs, dans «La question du séparatisme», le mentionnait en 1980. Nous avons une économie colonialiste. Nous exportons nous richesses en les transformant peu et nous sommes toujours à faire les yeux doux aux multinationales étrangères. Nous devrions plutôt miser sur le développement de nos propres compagnies, en donnant des subventions à des entrepreneurs émergeants.

      Céder au chantage aujourd’hui, c’est remettre à demain l’inéluctable.

    • “Parmi les insultes préférées des chantres du libre-marché, on retrouve l’épithète de « socialiste».” Ce sont ces gens-là qui profitent des subventions de l’état et refilent les pertes au contribuable mais gardent toujours les profits. Des sépulcres blanchis, à vomir. C’est d’ailleurs ce que Jésus disait d’eux. Et, particulièrement aux USA, ça a le toupet de se prétendre chrétien.

    • @David.Ouellette “ces corporations sont les ressources en employeurs”. Et les contribuables les ressources en employés payeurs de taxes subventionaires. Les capitalistes opportunistes prestataires du bs corporatif qui déchirent leurs chemises ne me tirent pas une larme.

    • @gadur “Vous êtes un socialiste qui…”. Je suis une réincarnation de Socrate et vous êtes une soucoupe.

    • @gadur 17h16 “J’aime la paix sociale”. Moi aussi, comme tout le monde. Et je préfère payer pour ça que pour des subventions inutiles ou des coûts extras générés par des contrats pourris. Je ne suis évidemment pas Socrate et vous n’êtes pas une soucoupe, finalement. Mais je vois mal Patrick Lagacé en marxiste.

    • +1 pour le commentaire de mathieun. Il n’y a pas très longtemps, dans les journaux, on soulignait la forte aversion au risque des canadiens (et encore plus pour les québécois) ce qui résulte en un faible taux de démarrage d’entreprises au Canada et surtout au Québec. Plusieurs facteurs expliquent cette situation, mais il y a un facteur pour lequel le gouvernement à une capacité d’action: subventionner et accompagner les entreprises en démarrage. Les initiatives existantes sont beaucoup trop conservatrices et demeurent trop exigeantes au niveau du partage de risque des individus qui se lancent en affaires et que l’on sait justement frileux! Les subventions ne doivent pas s’intéresser seulement aux mégas investisseurs qui en sont à leur quatrième grosse aventure… Je crois que celles-ci devraient plutôt subventionner des vrais bonnes idées et de l’innovation qui reste sous-exploité ici. Si on possède un avantage compétitif d’exception au Québec, c’est notre très grande débrouillardise, qui fait naître un grand pouvoir créatif. Dommage que ça ne se ressente pas davantage dans notre économie.

    • Je vais être un peu hors sujet, mais ça commence à faire les “david.ouellette”, “ian.lafrenière” , “johanne.marcotte” et “respectable” qui s’amuse(nt ?) à parodier les drettistes. J’ai beau être de gauche, mais là, la parodie commence à aller trop loin.

    • @simon_c 21h11 C’est le prix de la liberté d’expression, le prix de la démocratie. On n’a rien pour rien.

    • @simon_c 21h11 “les drettistes”. Ce genre de néologisme volontairement insultant et méprisant m’horripile. Ça n’apporte rien et ça ne fait qu’exacerber les tensions. Vous n’êtes pas le seul, de l’un ou de l’autre côté. Mais ce n’est pas une raison.

    • C’est comme ça que le système fonctionne,c’est pas bien compliqué.

      Des entreprises reçoivent des subventions sous le prétexte du soi-disant développement économique,mais la première affaire que tu entends de la bouche de ton beau-frère qui connaît plein de monde,c’est que des employés de certaines de ces entreprises chouchous gagnent des salaires dans les six chiffres,qu’on leur donne des montres en argent en cadeau de noël-en plus leur prime au rendement occasionnel et puis de tous leurs avantages sociaux luxueux-,et que l’entreprise fait des profits gargantuesques.

      J’ai connu un type qui a déjà travaillé dans une de ces entreprises subventionnées.Salaire de plus de 100 000$ en tant que simple technicien,la grosse vie sale,le jack pot,et quelques années plus tard,paf,l’entreprise ferme ses portes.Parce qu’elle n’était plus compétitive,supposément.Fin de l’histoire,tout le monde doit se retrouver un nouveau travail,et les quelques centaines de millions de dollars données par le gouvernement auront servis au final à enrichir quelques individus qui auront été bien contents de pouvoir profiter de la manne!Les plus brillants se sont débarrassés de leur hypothèque,les moins prévoyants ont fait la belle vie et se sont retrouvés sur le carreau,et le dirigeant de la boîte est probablement parti se cacher pour pleurer,dans son coin de paradis sur les îles turquoises.

      Faut pas trop s’en faire avec ça.Un des journalistes du Rolling Stone magazine,Matt Taibbi,dénonce ce genre de saletés économiques depuis des années-surtout dans le domaine bancaire-,et y’a rien à y faire:c’est le système,c’est le néolibéralisme,c’est comme ça que roulent le business et l’économie,et ça ne changera pas tant que le système n’aura pas atteint sa limite critique de croissance.Après ça va péter,il va sûrement y avoir une méga dépression aux conséquences pires que la peste au moyen-âge,et ainsi va la vie.

    • @dist0-bob “ça ne changera pas tant que le système n’aura pas atteint sa limite critique de croissance.Après ça va péter”. Logique, mais les capitalistes inconscients et pourtant intelligents qui nient l’évidence n’en démordent pas. Au pays des aveugles, les borgnes sont rois.

    • Cette page du blogue permet de voir comment on a réussi à caricaturer les idées de gauches “gauchiste” et les idées de droites “drettiste” de façon à ne plus voir clair dans le débat politique. Comment dire qu’on fait bien la distinction entre la droite et la gauche si on est si mal informé de la façon que le gouvernement gère la fiscalité des entreprises. Avec autant d’argent en subvention, pour moi la question qui se pose n’est pas “taxe-t’on assez les riches”. Y a-t-il trop de moyens pour les riches d’éviter des taxes?

    • @exilium “subventionner et accompagner les entreprises en démarrage”. Tout à fait d’accord. Mais il faut aussi le faire avec un minimum de prudence. Dans le cas de notre bas de laine collectif, la Caisse de Dépôt, ce serait certainement plus avisé et moins risqué que la sans éthique et désastreuse aventure des papiers commerciaux.

    • @desian “Comment dire qu’on fait bien la distinction entre la droite et la gauche si…” Encore faut-il savoir de quoi on parle. Ce n’est malheureusement pas assez souvent le cas. C’est pourtant si facile de s’informer un minimum quand on dispose d’un ordinateur branché sur le monde. Ça éviterait, par exemple, aux lecteurs de blogues d’avoir à se taper bien des sottises.

    • Je me pose une question depuis tr`sd longtemps. En fait, j’ai plutôt une idée qui s’est faite au fil du temps. Je vais tenter de commencer par le bont bout en faisant remarquer que la classe dirigeante économique et politique ”at large’ fonctionne dans une dynamique de conscience de classe, c’est-à-dire que c’est cette classe dans la société qui est celle qui agit en tandem pour assurer la pérennité du système qui s’est mis en place voici quelques centaines d’années. Ce système opour survuvre a dû pallier à ses propres contradictions qui ont causé de grandes crises économiques, dont celle largement documentée de 1929.

      J’espère ne pas trop tourner les coins ronds en affirmant que la crise de 1929 en était une de surproduction (ses causes et effets sont plus complexes, mais pour les besoins de ce bil;let de blogue, j’espère que ça peut faire consensus). Bref, les entreprises américaines produisaient allègrement et à faible coût car les années 20 en Amérique sont l’exemple type d’une société largement déréglementée, où les filets de sécurité sociaux comme l’aide sociale ou les syndicats étaient grosso modo complètement absents. Les entreprises, largement supportées par l’État par ailleurs étaient donc les seuls B.S. à la ronde et on ne peut certainement pas dire que l’État opposait le moindre souffle de protestation à ce qu’on appelle aujourd’hui à tort ”néo”libéralisme.

      Les compagnies de voitures, par exemple, fournissaient dans ce cadre déréglementé des emplois à profusion, permettant à tout le monde de 7 à 77 ans de travailler d’arrache-pied jusqu’à 14 heures par jour dans les usines de Détroit et cette main-d’oeuvre représentait une simple parenthèse dans le budget global des compagnies, qui sortaient des produits de qualité à un rythme et un prix extrêmement compétitif en termes relatifs (par rapport à aujourd’hui avec la pression syndicale, les avantages sociaux, les impôt et tout ce dont ils veulent se débarrasser finalement).

      Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi la classe dirigeante actuelle referme son livre d’histoire ici sans lire la page suivante, où l’on voit que ces voitures et autres marchandises s’entassaient littéralement dans les entrepôts car, vu que l’Europe était aux prises avec des problèmes économiques et politiques graves des suites de la première guerre, ils ne se pressaient pas aux portes pour acheter des quantités infinies de biens américains. On pourrait penser que les États-Unis ont un bassin de population suffisant pour avoir un fort marché intérieur. Eh bien, non, car la tranche de population capable de s’acheter les produits produits à une cadence folle par les usines était beaucoup trop réduite en nombre pour absorber l’impact. Ford a vu venir le coup et a eu la brillante idée d’augmenter ses ouvriers à 5$ par jour (ce qui causa un mini-chaos social dans la classe superieure de l’époque car ce salaire était au-delà de tout pour un ouvrier, je ne connais pas l’exacte proportion mais on peut certainement affirmer que Ford, avec ses 5$ la journée, avait maintenant des ouvriers payés plus du double de la moyenne nationale).

      Les employés de Ford purent acheter des voitures Ford et si la société avait immédiatement emboîté le pas, l’histoire serait sans doute différente. Cependant, la grande entreprise ne prit pas conscience du caractère vital de la chose.

      Ford ne l’avait certainement pas fait par gentillesse, car il ne faut pas oublier que la méthode de travail dans ses usines était passablement inhumaine. Le fordisme est cette méthodeque l’ont voit dépeinte dans un Charlie Chaplin, où l’ouvrier pendant des heures visse le même boulon sur la chaîne de montage pour le restant de ses jours.

      Enfin bref, cette surproduction créa éventuellement la catastrophe en spirale que l’on a vu ravager l’Occident et précipiter la 2e guerre mondiale. Maintenant, comment le monde s’en SORTIT-IL? On se rappellera que le taux de chômage frôlait le 35% au Canada au plus fort de la crise en 1932-1933 et que des émeutes de la faim secouaient les États-Unis. La sortie de crise fût en fait la guerre, mais elle fût laborieusement tempérée par un des présidents les plus aimés et haïs de l’Histoire de nos voisins du Sud avec ce qu’on appelle le New Deal.

      Le New Deal, en gros, est suite d’essais-erreurs pour INTRODUIRE l’État dans la machine économique afin d’assurer qu’un certain contrôle puisse s’exercer afin d’éviter que les mêmes dérives arrivent aux mêmes résultats. Pêle-mêle, de grands travaux gouvernementaux employèrent les quelques 35% de chômeurs laissés-pour-compte du ‘BS Corporatif’, les mouvements syndicaux furent tolérés et même à un certain point encouragés, un timide filet social fût mis en place pour venir aux plus démunis financés par des impôts. Je vous invite à lire sur cette période pour voir que la résistance de la grande industrie et de la classe traditionnellement dominante contre Roosevelt le ”Communiste” fût féroce et acharnée, surtout que le New Deal n’était que tâtonnements maladroits.

      Maintenant, en 2012, nous vivons dans une société au Québec où nos droits et nos prérogatives sociales sont acquis et plus étendus encore. C’est une machinerie bien lourde parfois, qu’il est bien facile de critiquer et dont on peut certainement améliorer l’efficacité et la performance. Mais il s’agit d’un progrès par rapport à une situation antérieure qui était dysfonctionnelle et plus proche de la barbarie que le modèle dans lequel nous vivons actuellement.

      Je ne comprends pas comment on peut dire en 2013 que la déréglentation massive et la ”création d’emplois” par les subventions aux entreprises constituent des mesures NÉOlibérales formant un PROGRÈS vers la société de l’avenir. Je ne comprends pas pourquoi je constate cette position en écho partout autour de moi, souvent jappée par des chronqiqueurs hargneux et dogmatiques qui voudraient que j’utilise mon droit de vote pour revenir à une époque antérieure en augmentant les inégalités et en consacrant le droit de s’enrichir à en exploser tout en désavouant les rersponsabilités que l’on a tant bien que mal réussi à un peu accoler par l’impôt et la loi aux dirigeants d’entreprise.

      En plus, on essaie de me polariser dans un paradigme gauche-droite illusoire. Regardez les commentaires stériles sur les blogues politiques pour le constater. C’est un débat futile qui ne recouvre rien. Nous ne vivons pas dans une société socialiste, ni de gauche, même si nous sommes les plus a gauche du coin. C’est un monde à droite, toutes avec un filet de sécurité social qui est assez admirable en terme d’équité sociale et il n’y a pas de gauche radicale effective qui menace réellement ce système et selon moi, c’est tant mieux. Ce débat est un épouvantail.

      Et je refuse de démanteler ce qui a été si ardu à bâtir pour redistribuer mon impôt sur le revenu aux entreprises sous formes de prêts et subventions pour créer des emplois temporaires à bas salaires et probablement à temps partiel dans une usine de pâtes et papier menacée de faillitte. Je veux que l’argent aille au syatème d’éducation pour augmenter la valeur ajoutée des travailleurs et aussi créer des citoyens conscients et critiques. Et que j’en voie un me traiter de communiste ou de carré rouge. Je ne suis même pas étudiant, juste un autre travailleur surtaxé et le discours des leaders de l’ASSÉ est la chose la plus horripilante qui soit. Alors, trouvez mieux.

      Désolé du roman, mais vraiment, il était temps que j’en parle.

    • Un monde de gauche se foutrait allègrement d’une décote de Moody’s car la planification de l’économie sert, avant la compétitivité, l’autarcie et le corps social avant de compétitionner, survivrait. Et pourquoi Moody’s perdrait son temps à coter une société de gauche? L’image qui me vient en tête est celle d’un arbitre de hockey sur un ring cherchant des yeux un hors-jeu lors d’un combat de boxe.

    • Premièrement, il faudrait peut-être s’entendre sur les concepts. Il me semble que vous passez du concept de “compagnie” à “PDG” comme si les deux étaient interchangeables. En fait, ce n’est pas le cas.
      Si vous voulez taxer les puissants, les riches, faites-le! Je comprends que c’est compliqué, il y a les paradis fiscaux et tout le reste, mais au moins soyez clairs sur le but.
      Mais il faut faire la différence entre taxer les riches et taxer les compagnies. Les profits des compagnies peuvent être utilisés de plusieurs manières:
      - dividendes aux actionnaires (que l’on peut taxer)
      - Salaires aux dirigeants (que l’on peut taxer – d’autant plus qu’individuellement ils ne peuvent se payer les mêmes comptables qu’une grande corporation peut se permettre)
      - Investissements, qui augmentent la productivité
      - Création d’emplois
      Augmenter les impôts des compagnies aura pour effet de réduire les dividendes, salaires, investissements ou emplois. Et aura probablement l’effet pervers d’augmenter l’évasion fiscale. Pourquoi ne pas couper le BS corporatif et les impôts, et laisser les entrepreneurs décider de ce qu’ils produisent et vendent?
      Je ne dis pas que je suis du bord des riches ou un libertarien à oeillères. Mais je dis que si vous voulez taxer les riches, taxez donc les riches! Avec des compagnies performantes qui n’ont pas à se soucier de minimiser leurs impôts ou de quémander des subventions, je suis certain que des dirigeants de talent voudront venir s’établir chez vous malgré des taux d’imposition un peu plus élevés.

      Aussi, je sais bien que la réalité est plus compliquée. Mais j’ai seulement écris un commentaire, pas un plan en 50 points pour un Québec prospère. Mais je trouve que le débat sur les compagnies, si débat il y a, mélange des concepts. On en est pas là; il faudrait commencer avec des idées simples mais claires, et on s’occupera des complications plus tard. Pour l’instant, je trouve que la discussion est confuse et va dans tous les sens.

    • M. Lagacé,

      J’ai toujours pensé que ces soit-disant gens d’affaires sont en fait des sangsues. Ces génie du business font du chantage éhonté auprès de nos politiciens, style: ‘’mettez du fric dans notre gammick car on va créer des jobs’’.

      M. Lagacé, voilà tout le problème: les fameuses créations d’emploi. Car quel politicien va porter l’odieux d’avoir empêcher la création d’emploi. Au final de ce petit jeu, nos savants entrepreneurs se sauvent avec la cagnotte. Maudite belle mentalité qu’ont nos diplomés des HEC et autres écoles de commerce. Il y aurait un cours dans leur programme intitulé: Quêtage au Gouvernement 101 que je ne serai pas surpris.

      Si je serai un politicien, jamais je leur donnerai une cenne noire venant des payeurs de taxe. Mais avec la bande de sans-génie et de molasses qu’on a comme politiciens, c’est pas demain la veille.

      Salutations.

    • la plus grande force des employés, c’est d’être aussi les consommateurs. Mais présentement ce rapport de force n’est a peu près inexistant. Juste une question de responsabilisation.

      Que serait Windows sans acheteur… La Presse…

    • La preuve par quatre que l’interventionnisme Étatique est néfaste pour toutes les couches de la société.

      Monsieur Lagacé, pourquoi vous et vos amis juges de le pensée Québécoise étiez tellement opposé aux idées Adéquistes alors que maintenant vous semblez supporter plusieurs de leurs idées?

    • Wow ! Y avez-vous pensé ? Vous allez être excommunié par l’Institut économique de Montréal
      Si vous songiez à prendre la place de Pratte, oubliez ça…

    • @gsimard@noerg.com

      4 décembre 2012
      03h10

      ********
      Vous n’aurez pas écrit votre long commentaire en vain. Il y en aura au moins un qui l’a lu… et je vous dit bravo pour votre analyse et pour votre conclusion.

    • @anytos 17:12
      J’imagine que vous voulez dire latitude plutôt que lassitude.
      Mais ça fait un merveilleux calembour.

    • .
      À gsimard@noerg (3h10) …. J’ai apprécié votre petite histoire mettant en relief les bienfaits de la solidarité et l’entraide (new deal) en comparaison de la déréglementation et compétition à outrance amenant trop d’individualisme et insensibilisation à autrui.

      Je comprends que la recherche et stimulation d’innovation “a été” à la base de la déréglementation anarchique trop axée sur la droite que nous connaissons depuis quelque temps. D’ailleurs pendant les années Mulroney à Ottawa, il semblait que le problème du Canada était la compétitivité …. manque de stimuli ! Mais l’innovation à tous les niveaux est essentielle pour permettre à une population de 7 ou 8 milliards et plus de vivre sur la terre. …. Quel dirigeant veut être celui qui décidera de “qui vit et qui meurt” si la population continue de croître. … De là, la mise en place d’un système qui apparaît insensible ou l’entraide vient de ton réseau personnel et non des gouvernements !

      Je dirais qu’il est important de trouver un équilibre entre trop de compétition et d’innovation et un filet social trop présent qui incite pratiquement à la paresse ! (C’est un cycle) …. Par ailleurs, le développement des échanges commerciaux par le libre échange ou autrement a changé la donne particulièrement avec l’entrée en scène de l’Asie. …. Normalement il faudrait se donner une ou deux générations pour atteindre une situation d’équilibre mais les enjeux environnementaux ne semblent pas nous accorder ce délais, sans compter que ce sont les banquiers qui ont mis à profit et abusés de la déréglementation.

      Mais la diversité et la confrontation des idées est notre meilleure chance de succès.

    • Le BS de l’est de Montréal commence l’année avec 0$ et la fini avec 0$, ayant redistribué ses 12 000$ dans l’économie régionale. Le BS corporatif commence l’année plein à craqué, se paie les meilleurs comptables pour lui en faire sauver “légalement”, et envoie “son” argent dans les paradis fiscaux. Pis c’est sur la mère monoparentale qu’on tape.

    • Il n’y a pas de débat sur le BS corporatif? Allo?

      Je me rappelle l’histoire du Colisée. Nombreux débats. Je me rapelle du texte que vous avez écrit où on y lisait à peu près ceci “on subventionne tout et ça ne me dérange pas”.

      La droite crie et hurle contre les subventions aux entreprises, l’ADQ l’a dans son programme depuis 2003, mais il n’y a pas de débats. De nombreux chroniqueurs en parle. Votre principal compétiteur, dont la nom de la maison mère débute par un “Q” a monter un dossier sur l’attribution de fonds publics à des projets divers, comme ça. Quelle était la réaction des autres médias? De la FPJQ? Ah oui, ce n’était pas du “journalisme” que de faire ça.

      Humble suggestion: si vous voulez un débat, cessez d’enterrer ceux qui en débatte.

    • @poutch – Le BS corporatif a-t-il fait travailler qqun?

      @yoland_gingras – Donc, toi, le politicien de la region X refuserait de donner 5 millions de dollars a la compagnie Y, de la region X? Allez, presente toi aux elections avec cette promesse et je vote pour toi.

    • Ah Patrick ! Je croyais que vous parliez de SNC-Lavalin, ce grand assisté-social du gouvernement du Québec, et même du Canada ! :

      http://www.radio-canada.ca/regions/ottawa/2012/12/03/009-edifices-federaux-snc-lavalin.shtml

    • Ils ont subventionné BMW?!?!?! Pourquoi pas Chanel tant qu’à y être! Le patronat est toujours plus fort que le prolétariat… Comme le disait si bien Elvis Gratton: “C’est l’entreprise privée qui fait vivre le pays, osti!” et c’est la mentalité répandue parmi un grand pourcentage de la population… C’est le fun de voir qu’il n’y pas que les “maudits z’artistes” qui sont subventionnés. Un beau pavé dans la mare des libertariens de centre-droit modérés…

    • @lukos

      Je sais que mon sarcasme était difficile à lire, mais c’est que je lis vraiment des intervenants faire ce genre de commentaires loufoques, alors j’émule!! Combattre le feu par le feu.

      Quant au fait que vous soyez Socrate, j’ai faillit y croire deux minutes…

      À la prochaine :)

    • C’est la fiscalité «Stup*d»

      C’est parfois très simple et relativement rentable (mais pas toujours). L’entreprise A opère dans la république du Solidairistan et emplois 100 travailleurs. Le pays du Corporatebumistan lui offre un crédit d’impôt de 25% sur sa masse salariale. L’entreprise déménage et reçoit annuellement du gouvernement un remboursement de sa masse salariale qui est de 10 M, soit 2.5 M annuellement . Par ailleur le gouvernement a perçu 5M$ en impôt sur le revenu, bénéfice net 2.5 M$. Au bout de 10 ans 25M$, sans compter les dépenses de l’entreprise et des travailleurs.

      Quant au Solidairistan, il demande un plan d’aide au FMI dont le Corporatebumistan est le principal bailleur de fonds…

      Blague à part, là où les critiques ont parfois raison c’est qu’il peut y avoir surenchère, c’est comme aux cartes, il faut savoir quitter la table quand c’est le temps.

    • Quand on sait que les pétrolières sont subventionnées à hauteur de 2.8 milliards annuellement alors qu’elles réalisent des profits de centaines de milliards annuellement, il y a un sérieux problème. Malgré cela, nos dretteux de service vont continuer à varger sur la tête des plus démunis. Ça n’a rien à voir avec la réalité mais tout à voir avec l’idéologie de la drette profonde. Misère…

      Sylvain Pelletier

    • @mveill1:

      Votre point est valide. J’ai quand même du mal a séparer le PDG et le CA de la compagnie qui est en quelque sorte leur instrument d’enrichissement, mais je vous accorde qu’il y a très clairement matière a élaborer la-dessus. Mon commentaire était grosso modo le développement d’une idée et est fort incomplet car il était déja très long et j’ai essayé de simplifier le plus possible en utilisant un seul événement de référence. Peut-être cela était-il trop réducteur.

    • Dans la presse d’aujourd’hui:

      Marois vantera des crédits d’impôt

      Au Royaume-Uni, la première ministre vantera notamment deux crédits d’impôt annoncés dans le dernier budget: un congé fiscal de 10 ans pour les investissements de plus de 300 millions de dollars dans la transformation des ressources minières, le commerce en gros et l’hébergement de données informatiques, ainsi que le prolongement jusqu’en 2017 du crédit d’impôt à l’investissement. Le Royaume-Uni était le troisième partenaire commercial du Québec en 2011.

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