Patrick Lagacé

Archive du 4 septembre 2012

Mardi 4 septembre 2012 | Mise en ligne à 23h56 | Commenter Commentaires (174)

Victoire morale du PLQ, c’est assez clair, non ?

Photo PC

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Le petit garçon élevé dans le catholicisme qui sommeille en moi, je l’avoue, aurait voulu voir le PLQ se faire servir une fessée par l’électorat. Après toutes ces histoires de dons au PLQ qui ont abouti à des décisions gouvernementales favorables et après toute cette tergiversation intéressée face aux histoires de corruption qui explosaient partout en province, j’aurais souhaité que le PLQ se fasse fouetter un peu par les Québécois.

Ça n’a pas été le cas.

Quand un gouvernement à bout de souffle, plombé par neuf ans de pouvoir dans une province distincte par sa vie politique rock and roll, miné par ces histoires de corruption que l’on sait ; quand ce gouvernement est devancé d’un minuscule 1% par le parti qui parvient à former le gouvernement, c’est une victoire morale. Et toute une victoire morale.

Pour le PQ, ça veut dire quoi ?

Eh bien, quand vous êtes le parti qui a gouverné deux fois depuis 1976, quand vous affrontez ce gouvernement à bout de souffle, quand vous avez une équipe parlementaire efficace, quand vous pouvez compter sur des nouveaux candidats solides, et que vous ne parvenez pas à obtenir plus de six députés que ce PLQ discrédité, il y a quelque chose qui cloche.

C’est peut-être l’article 1 du programme du Parti québécois.

C’est peut-être la division du vote en général et du vote progressiste et souverainiste en particulier.

Mais c’est peut-être, aussi, une chef qui ne réussit pas à convaincre les Québécois de sa solidité. Dame de béton ou pas, son avance ce soir est en gyproc. Il y a quelque chose qui ne passe pas entre Mme Marois et les Québécois. Première femme premier ministre ou pas, elle est chef d’un gouvernement très, très minoritaire.

Je sais, le PQ n’a pas le luxe de se payer ce débat présentement. Quand même, la question se pose.

(Et je ne veux pas me vanter, mais j’avais émis l’idée que le vote PLQ était sous-estimé par les sondages, dans une récente chronique. Envoyez-moi quelques morceaux de robot, svp !)

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VOTE QC 2012 1/2 from SonsofManual on Vimeo.

IDENTITÉ — Mon plus gros malaise de la campagne: ce projet de loi sur la citoyenneté, dont on n’avait pas entendu parler depuis 2007. Le PQ se propose de le sortir des boules à mites, une fois élu.

Le PQ a sorti ce lapin de son chapeau, en campagne : si quelqu’un veut être élu, au Québec, à n’importe quel poste, il devra parler français. Il y aura des tests, et tout et tout. Puis, devant le tollé, Mme Marois y est allée d’une précision: non, non, pas les Anglos ! Juste les immigrants. Comme si les immigrants, en débarquant ici, mouraient d’envie de se faire élire sans parler français, juste pour nous embêter…

Le malaise vient d’une évidence: c’est Bushesque, comme idée. Il s’agit d’une frappe préventive sur l’hypothétique non-Franco qui oserait se présenter comme échevin ou comme conseiller scolaire ou comme député. Une frappe préventive parce qu’il n’y a pas, dans le Québec de 2012, de grand problème d’élus incapables de parler et de comprendre le français. Y a-t-il des élus incapables de parler français avec l’indigène ? Probablement. Si on se force, on va en trouver. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas de masse critique d’élus incapables de parler français, masse critique qui justifierait une loi. Ce foutu projet de loi est une solution en quête d’un problème.

Ce projet de loi sur l’identité est une conséquence directe de l’expérience de mort imminente vécue par le PQ lors du scrutin de 2007. Dévancé par l’ADQ sur le terrain des dérives identitaires post-Hérouxville, le PQ s’est retrouvé dans la niche du-deuxième-groupe-d’opposition. Il s’est dit : « Pu jamais ». Ça donne ce genre de niaiserie, des gadgets électoraux qui sont autant de pièges à ours.

Historiquement, le PQ n’a jamais vraiment eu besoin de faire des niaiseries de ce genre pour que la presse anglophone d’ici et d’ailleurs dessine ses membres avec des chemises brunes. Mais avec ce genre de gadget, on dirait des fois qu’il court après.

FREED ET RAVARY, SUR L’IDENTITÉ — Sur le PQ et sa « défense » de l’identité québécoise, deux textes intéressants à vous suggérer. Celui de Lise Ravary et celui de Josh Freed.

LE DGEQ ET LES T-SHIRTS — C’est la nouvelle la plus débile de la dernière semaine de la campagne. Le DGEQ a demandé à un vendeur de t-shirts de ne plus vendre de gaminets à saveur politique, l’un raillant Jean Charest et l’autre raillant on ne sait trop quoi.

Le même DGEQ qui voit Québec solidaire débusquer à sa place des crosses grosses comme le nez au milieu du visage ?

Le même DGEQ qui trouve le moyen d’égarer le bulletin de vote de Québécois désireux de voter à l’étranger, comme Léa Clermont-Dion ?

Oui, ce DGEQ-là.

TROIS JOURS AVEC CHAREST —
En fin de campagne, j’ai passé trois jours dans la caravane du PLQ, à épier son chef Jean Charest de Montréal à Shawinigan en passant par La Baie, Chandler et Cap-aux-Meules, aux Îles de la Madeleine.

Demain, 5 septembre, ce voyage servira d’inspiration pour une chronique-bilan sur la campagne de Jean Charest.

J’ai eu l’occasion, à quelques reprises, de lui poser des questions, lors de ses points de presse. C’est une expérience extrêmement frustrante.

M. Charest, tout simplement, ne répond pas aux questions. Il les entend. Il les écoute. Il semble même y répondre.

Mais il n’y répond pas. Les mots qui sortent de sa bouche sont, en fait, une ruse. La question d’un journaliste sur le sujet A n’est qu’un tremplin, pour le premier ministre, pour aller fesser sur l’adversaire M ou L. Et répéter que voter PQ, c’est voter pour le chaos référendaire ; que voter CAQ, c’est voter pour le chaos référendaire.

L’esquive est une discipline politique vieille qui doit bien remonter aux Grecs qui s’obstinaient dans la Cité, je sais bien. Mais Jean Charest est probablement le champion mondial de la discipline. Un journaliste, qui suit les activités de l’Assemblée nationale, m’a rappelé les mots d’un collègue, au sujet du PM : « Essayer de l’attraper, c’est comme essayer d’attraper une truite qui a trempé dans le K-Y. »

Vous savez pourquoi il fait ça, j’imagine ? Vous savez pourquoi ils essaient tous de faire ça ?

Pour ne pas diluer le message.

Exemple: disons qu’un journaliste fouineux voudrait savoir ce que le candidat regrette, politiquement, depuis qu’il est aux commandes de son parti. Genre, trois regrets. Juste ça: trois regrets, c’est impossible, Monsieur/Madame, que vous n’en ayez pas…

La personne à qui on pose cette questions étant capable de raisonnement, il est certain à 100% qu’elle éprouve des regrets qu’elle est capable de vous en donner trois.

Le chef indiscipliné ou maladroit vous satisfera peut-être avec une réponse, même partielle. Mais le chef discipliné — et Jean Charest est un chef ultra-discipliné — ne le fera pas. Jean Charest répond à cette question : « Nous sommes en campagne, et les Québécois jugeront. » Ça ne veut rien dire, bien sûr. Les Québécois ne peuvent pas décider à la place de Jean Charest quels sont ses trois Charest: ils ne sont pas Jean Charest.

Donc, pas de réponse. Et, surtout: pas de nouvelle.

Si Jean Charest, sous ce chapiteau battu par le vent à Saint-Sévère, dans un vignoble de la Mauricie, avait émis trois regrets, il aurait fait preuve de candeur, montré son côté humain et satisfait le journaliste. Mais ce jour-là, ses trois regrets auraient aussi fait la manchette partout, faisant de l’ombre aux trois mots qu’il martèle sans relâche. Son message.

Emploi. Stabilité. PQ=Référendum.

Le chef discipliné reste collé sur son message.

Le message du PLQ : Emploi. Stabilité. PQ=Référendum.

Répétez au prochain point de presse.

Et à celui d’après.

TROIS JOURS AVEC CHAREST, II — En fait, la seule façon d’obtenir une réponse qui ait un semblant de rapport avec votre question est de faire preuve d’un peu d’impolitesse et de l’interrompre, pour le ramener dans le droit de chemin.

J’ai fait ça, à Saint-Sévère. C’était au lendemain de l’appui de plusieurs artistes à Pauline Marois. J’ai demandé à M. Charest pourquoi, lui, il ne recevait jamais d’accolade chaleureuse d’artistes connus sur une scène, devant des militants en délire. J’ai interrompu M. Charest au début de sa réponse pleine de généralités dix fois entendues, en lui disant : « Je savais que vous alliez me dire ça ! »

Il a dit merci et il a pris une question à l’autre micro, d’un autre journaliste.

Je n’ai pas eu de réponse.

TROIS JOURS AVEC CHAREST, III — Le plus loin que Jean Charest soit allé, dans l’introspection, c’est quand je lui ai demandé de m’expliquer comment il a réagi, le jour où il a appris que plusieurs membres de l’exécutif du PLQ dans Lafontaine, comté de Tony Tomassi, avaient reçu des places subventionnées en garderie de la part du ministère dirigé à l’époque par M. Tomassi.

M. Charest a concédé avoir eu des « questionnements », avant de dire que rien ne permettait de faire un lien entre les dons au PLQ et l’attribution de ces places subventionnées.

BARRETTE — Oh boy ! Par où commencer, en parlant de celui qui veut devenir le premier ministre caquiste de la Santé de l’Histoire ?

Par son hyperactivité énervante sur Twitter, où il SÉVIT EN MAJUSCULES, sans l’humour ponctuel de son chef ?

Par cette promesse surréaliste de régler la pénurie de médecins de famille en un an ?

Par sa propension à traiter en imbécile fini quiconque ose a) apporter une nuance à ses propos b) douter même modérément de ses certitudes c) le contredire ?

Par la fascination que quelques-uns d’entre nous avons eu à le regarder aller, depuis le début de cette campagne, comme si on regardait un crash d’avion au ralenti ?

En fait, je n’ai que deux choses à dire sur le Dr Barrette, candidat de la CAQ depuis cinq semaines.

Un, j’espère vraiment qu’il deviendra un jour ministre de la Santé. C’est dix, douze chroniques garanties par année, pour le membre du commentariat que je suis. Ce sera aussi divertissant que peut l’être Marc Bellemare, mais une sorte de Marc Bellemare avec un ego dopé au Red Bull…

Deux, du haut de ses certitudes, Gaétan Barrette a oublié qu’il doit se faire élire dans Terrebonne.

Paraît que c’est pas fait.

COUPLE ATYPIQUE — Il y a quelques sujets que je devais faire en chronique, pour lesquels j’ai manqué de temps. Mes excuses les plus plates à ceux qui s’attendaient à se retrouver dans une histoire électorale publiée sous ma plume dans La Presse, en vain.

Parmi ces sujets : Pier-Philippe Allard, qui m’a écrit d’Hochelaga-Maisonneuve : « Elle est hôtesse de l’air (de Drummondville), je suis vendeur de condo pour un développeur immobilier (du Plateau) et nous militons pour Québec Solidaire dans Hochelaga Maisonneuve. C’est sur qu’on ne cadre pas avec les clichés de l’archétype solidaire, mais l’organisation de compter nous a accueillis à bras ouverts.» Titre de son message : Couple atypique.

You bet ! Un développeur immobilier. Qui veut faire élire un candidat de Québec solidaire !

J’imagine M. Allard, depuis son message, posant des pancartes d’Alexandre Leduc tout en réfléchissant au fascinant marché des condos de 798 pieds carrés à 450 000$ là-bas, juste en haut de la rue Sherbrooke…

Ce sera pour une autre fois, Pier-Philippe Allard et Lily Lampron.

DUCHESNEAU — Je fais un mea culpa, prouvant une fois de plus mon infinie faillibilité. Non, Jacques Duchesneau n’a pas eu sur cette campagne l’effet qu’eut, en son temps, Lucien Bouchard sur le dernier référendum.

Le candidat caquiste, futur vice-premier ministre si la CAQ forme le gouvernement, a donné un vernis de crédibilité instantanée à la campagne caquiste, quand il s’est déclaré candidat, peu après le déclenchement.

Après avoir dit qu’il nommerait des ministres (ce que François Legault a dû corriger), le candidat Duchesneau a lancé cette bombe en direct chez Paul Arcand: des ministres libéraux ont séjourné sur le yacht de Tony Accurso.

Qui ? Quand ? Comment ?

L’ex-chef de police ne le dit pas.

C’était irresponsable: quand on lance une bombe semblable, on donne des noms et des preuves.

Le pire ? M. Duchesneau n’a pas besoin de faire ces effets de toge pour convaincre le public que la grande famille libérale a eu des liaisons dangereuses dans le passé. Ce Jell-O-là est pris, dans l’imaginaire public.

Et: quand on est Jacques Duchesneau, on reste à la hauteur des attentes que le public place en nous.

Bref, une ou deux semaines de plus, et le vernis de crédibilité que M. Duchesneau a badigeonné sur le navire caquiste aurait commencé à craquer.

CETTE VIDÉO ME FAIT PENSER À LA CAMPAGNE DE MME MAROIS — Si la tendance se maintient, Mme Marois deviendra la première premier ministre de l’Histoire. Avec un pourcentage des voix inférieur à celui de sa défaite de 2008.

N’empêche, sa campagne de cafouillages, de débats ratés et de revirements me fait penser à cette vidéo (via @acoyne) d’un golfeur incapable de la mettre dedans :

Dans les deux cas, difficile à regarder.

AUSSANT — Jean-Martin Aussant sera-t-il élu, ce soir, dans Nicolet-Bécancour, sous la bannière d’Option nationale ? Trop serré pour que je me risque à une prédiction.

Ce qui est sûr: le Québec bénéficierait du discours de Aussant à l’Assemblée nationale. La raison, avant l’émotion. Les chiffres, avant les sparages. La gauche, sans le gna-gna de la gauche.

OLIVIER GRONDIN… — … Est un électeur. Il ne votera pas, si j’en juge par la montée de lait qu’il m’a envoyée au sujet de l’évangélisation visant l’urgence de voter. Extrait :

Le fait qu’on vote ne fait que nous donner le choix sur le magister populi qui nous dicte ses visions pendant 4 ans. La preuve? Essayer pour le fun de faire crisser un premier ministre dehors, essayer de le forcer à démissionner parce qu’il ne respecte pas ses promesses et les mandats que la population lui a donnés.

Dans tous nos débats stériles, nous sacrifions le factuel et l’informatif sur l’autel de l’impression et de l’instantané, la seule proposition qui ressemble à un début de démocratie est présentée comme une avenue ridicule et extrémiste. (Oui, je parle du R.I.P.)

INDÉCISE — Genofeva Buchbinder m’écrit : « Hier je suis sortie pour aller voter par anticipation. Mais à peine entrée au bureau de scrutin situé dans l’ancien local du Géant des aubaines de Sept-Îles, j’ai rebroussé chemin. Je ne savais juste pas pour qui voter… »

C’est pour vous, Madame, que Jean Charest répète ce petit numéro d’humoriste, dans plusieurs de ses discours, où il imite un électeur, avec son crayon et son bulletin de vote, qui hésite, hésite, hésite, dans l’urne…

Je vous laisse deviner pour qui l’électeur imité par le chef libéral finit par voter. Pour le parti de l’emploi/stabilité/économie….

18% des électeurs seraient indécis.

FIN DE RÈGNE ? — Lundi, 20h, quelque part dans Rosemont. De la terrasse où je soupe, on peut entendre pas très loin le tintamarre des casseroles. Les tapeurs de casseroles ne sont pas aussi nombreux et bruyants qu’ils pouvaient l’être au printemps, en cette fin d’été. Mais ce soir, veille de la 40e élection générale québécoise, l’écho des casseroles revêt une symbolique particulière.

Un gars chante, en s’accompagnant à la Lagostina, Libérez-nous des libéraux, de Loco Locass. Et peut-être que les libéraux sont sur le point de libérer le plancher. Mais après cinq semaines à écouter et à lire des Québécois disserter sur les élections, je ne suis pas sûr que ce soit à cause d’un dossier en particulier, comme la gestion de toutes ces histoires de collusion/corruption, par exemple. Peut-être que la déroute appréhendée du PLQ se résume à un mot, ce mot qui finit par plomber tout gouvernement aux affaires pendant neuf ans, malgré tout ses efforts, malgré ses qualités et celle de ses adversaires, finalement : l’usure.

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