Patrick Lagacé

Archive du 14 juin 2012

Hamad

Fascinant compte-rendu de Pierre-André Normandin, notre homme à la Commission Charbonneau, sur le témoignage de l’ancien patron de l’UAC, Jacques Duchesneau.

On a appris que Sam Hamad, ministre des Transports, n’a pas voulu voir le rapport de l’équipe de Duchesneau, quand celui-ci s’est présenté à son bureau avec une copie !

Ce qui est proprement stupéfiant : vous mandatez un homme pour enquêter, dans un contexte de colère publique suscité par des saloperies de toutes sortes dans le monde de la construction. Quand il débarque avec une copie du rapport, vous refusez de même le toucher…

C’est pour cela que le rapport a fait l’objet d’une fuite dans les médias. Jacques Duchesneau ne voulait pas qu’il aille pourrir sur une tablette.

Autre point intrigant: quand le JdeM et TVA ont sorti une histoire touchant le financement de la campagne à la mairie de Jacques Duchesneau en 1998 — le DGE l’a finalement exonéré, trois mois après les faits —, le ministère a voulu le suspendre. Extrait :

il a été convoqué au ministère, où le ton a monté. Après un échange qu’il a qualifié de «musclé», on lui a dit qu’on voulait le suspendre. Il a juré qu’il n’avait rien à se reprocher, mais ses interlocuteurs répliquaient que c’était une question de perception.

Ensuite, M. Duchesneau a affirmé que c’est le cabinet du premier ministre qui a voulu le suspendre. Encore une fois, il a juré de sa probité. «J’ai dit: “Je n’ai rien à me reprocher et vous ne me suspendrez pas, sinon je vais démissionner et faire ma propre conférence de presse”».

Voici un gouvernement qui n’a jamais suspendu David Whissell, quand les médias ont fait état des liens entre sa compagnie familiale et des contrats reçus de l’État ; qui n’a jamais suspendu Tony Tomassi quand il distribuait à ses amis et aux donateurs du Parti libéral des places subventionnées en garderie comme des bonbons (encore des révélations médiatiques) ; qui ne va pas suspendre Michelle Courchesne pour ces histoires de distribution de places en garderie (révélations médiatiques du du VG). Dans ces cas-là, et dans d’autres cas, la « perception » était et est épouvantable.

Mais le gouvernement s’en fichait. Pour Duchesneau, là, pour une rare fois, le gouvernement était prêt à sacrifier quelqu’un sur la base d’un reportage. Faut croire que le péché de Jacques Duchesneau était peut-être de ne pas être membre en règle du PLQ.

Cette commission risque d’être très, très instructive.

Lire les commentaires (96)  |  Commenter cet article






Drapeau-QC

Ma chronique du jour porte sur la crise sociale qui secoue le Québec. Montréal n’est pas Londonderry en 1972, mais à notre échelle, disons que ça brasse. Le climat est toxique, les gros mots fusent et nos concitoyens se pognent aux cheveux. Il y a quelque chose de nouveau, là-dedans. Ma théorie à cinq sous : nous ne sommes pas habitués à débattre dans un contexte gauche-droite. Souverainistes-fédéralistes, oui : plus de 40 ans de débats nous ont permis de fixer les balises de nos débats sur la question nationale. Ça explique, en partie, ces excès.

J’ai reçu plusieurs réactions. J’en cite deux, qui affichent leur virile dissidence, pour fins de discussion.

Mathieu Thomas, qui me taquine d’entrée de jeu en me disant que mon titre est bien choisi, « C’est bien une théorie qui ne vaut pas grand-chose », me dit :

Là où je pense que le “remplacement” de la question nationale par le débat-gauche droite comme principal axe divisant notre société est un leurre, voire une illusion, c’est que… justement la question nationale n’est pas réglée. Dès qu’on discute de ce qu’on peut faire avec notre État, s’il devrait être plus, ou moins présent dans nos vies, le sujet revient sur le tapis: quel est notre État, au juste? Qu’est-ce qu’on contrôle vraiment, nous les Québécois? Dès qu’on creuse un peu la question, on réalise qu’on ne débat QUE de de questions propres au Québec. Autrement dit, on ignore le débat gauche-droite au niveau fédéral, sauf peut-être au moment où l’on vote. Ça sert à quoi de vouloir un gouvernement de gauche au Québec alors qu’au Canada, on a un gouvernement de droite? Si on veut véritablement dépoussiérer notre façon de faire les choses, ne faudrait-il pas contrôler tous les leviers de notre développement? Comment avoir une véritable orientation dans un sens ou dans l’autre si cette orientation ne concerne que 50% de nos pouvoirs?

Je crois que c’est ce genre de réalisation qui nous attend si nous continuons de creuser ce débat gauche-droite au Québec. Le véritable débat gauche-droite ne pourra se faire que lorsque nous serons devenus un pays normal… d’ici là, c’est une pure perte de temps. Les gens ignorent le ROC (sauf pour détester Harper) et ne s’intéressent pas à ce qui s’y passe. On fait comme si nous étions déjà indépendants!

Je suis convaincu que tous ces jeunes soudainement politisés, qui semblent ignorer royalement la question nationale, se verront forcés de s’y intéresser, même contre leur gré. On y échappe pas au Québec… la question nationale est notre boulet, on ne peut pas l’ignorer pour trop longtemps.

Alain Simard, lui, très en verve, ne mâche pas ses mots :

C’est vraiment “cinq cennes” ton affaire ce matin, un débat gauche/ droite!!! La question nationale, (puisqu’il faut bien lui donner un nom à cette maladie chronique) est à son paroxysme de non règlement, et ça, les jeunes le savent aussi. Comment peut-on infléchir une nouvelle direction à un peuple séparé de la façon suivante en 95 : 49,6 % versus 50,4% avec une majorité de 61% chez les francophones. Comment? Ajoutons un gouvernement affairiste qui décrisse à peu près tout ce que tu peux décrisser pour se remplir les poches en vendant le patrimoine au plus offrant.

Son vis à vis fédéral dont la loi des nombres renforce la position tout en affaiblissant la nôtre de façon inexorable ( ça aussi tu le sais) tout en remodelant la société canadienne dont le produit au final sera à mille lieux de nos valeurs. Le maire de la métropole qui claironne qu’ Il ne savait rien d’un coin d’la bouche en demandant aux jeunes de rester bien calmes de l’autre, pendant qu’on coffre toute sa gang. Deux Vice-Première Ministre, VICE-PREMIÈRE MINISTRE là, pas des ciboires de back-benchers, l’une disant “Ben voyons, c’est Céline” en recevant un floppé de billets pour sa signature en bas d’un dossier infecte. L’autre qui n’sait rien non plus avant de se sauver en Afrique, tout en sachant très bien ce que ses cowboys d’acolytes préparaient. La police qui frappe comme on l’a jamais vu frapper sur nos jeunes plutôt que d’enfermer tout ce gouvernement, même sans mandat, les membres de celui-ci, eux, sauraient parfaitement pourquoi.

Une Commission qui se met en branle alors que l’on a donné aux principaux interressés plus de 18 mois pour tout détruire les preuves. Pis tu penses que le problème du Québec actuellement c’est vraiment son incapacité à choisir entre sa main droite ou d’sa gauche pour se crosser, entre lire Duhaime et Martineau d’un bord ou boire ton encre pis celle de Marissal ou Descôteaux. Nous assistons à un formidable melt-down d’un peuple qui était bien prévisible (sans jouer au gérant d’estrades, que j’haïïquis). Tu peux pas te promener avec une barouette qui tient avec d’la broche sans que tes passagers s’mettent en criss pour de vrai. Tout cela les jeunes le sentent mieux que quiconque, la duperie à pleine page de ” Votre suppositoire sera d’au plus 50 cents par jour.

AJOUT – Mathieu Bock-Côté, au Journal de Montréal, parlant de la droite, sert un recadrage quasiment embarrassant à Joanne Marcotte sur ce qu’est la droite.

Lire les commentaires (80)  |  Commenter cet article






Hier, dans La Presse, j’évoquais cette histoire incroyable (pour une fois que cet adjectif est approprié) survenue à l’École secondaire Cavelier-De-LaSalle, lundi de la semaine dernière : un prof d’Histoire et Éducation à la citoyenneté a fait visionner la vidéo du meurtre et du démembrement de Lin Jun à ses élèves de secondaire IV.

L’histoire a suscité beaucoup de réactions, bien sûr, jusqu’à l’Assemblée nationale, où la ministre de l’Éducation a dénoncé la décision du prof.

Hier, pendant que le prof en question livrait sa version des faits à la Commission scolaire, on apprenait que ce sont les élèves qui ont demandé à voir la vidéo. Le prof aurait tenu un vote pour trancher sur la pertinence de visionner ou non la vidéo… Une majorité d’élèves auraient exprimé le souhait de la visionner. Le prof a donné le feu vert

Si c’est vrai, c’est encore pire !

Je sais que les enseignants ont un boulot difficile. Je suis le dernier à leur lancer la pierre, vous allez chercher longtemps dans les archives de mes chroniques ou de ce blogue avant de trouver des commentaires désobligeants sur cette profession.

Mais il me semble que la démocratie directe a ses limites, non ? Si des élèves choisissent de visionner la vidéo, dans le confort du sous-sol de leurs parents, soit. Mais l’école n’a pas à être un forum de visionnement de snuff movies. Et un prof devrait avoir le jugement nécessaire pour ramener ses élèves dans le droit chemin, quand ils désirent s’aventurer dans les bas-fonds du web.

Pas ce prof, semble-t-il. Ce prof a cru bon se soumettre au vote populaire. Justement, une classe n’est pas une démocratie. Je vois mal le jugement d’un prof peut faire l’objet d’un droit de véto exprimé par le vote d’adolescents de 16 ans. Mais je dois être vieux jeu.

Les élèves, eux, soutiennent leur prof, nous apprend Dominic Arpin, sur son blogue.

Dominic cite d’ailleurs le message d’un élève en appui au prof, message qui symbolise quelques-uns des maux de l’éducation moderne : c’est écrit en klingon, c’est écrit au son, c’est incompréhensible à moins de le lire à voix haute. Mais l’élève s’exprime ! Il révèle son senti ! Il dévoile son vécu ! Il opine !

Lire les commentaires (56)  |  Commenter cet article






publicité

  • TWITTER

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    juin 2012
    L Ma Me J V S D
    « mai   juil »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930  
  • Archives