Patrick Lagacé

Archive du 23 mai 2012

Mercredi 23 mai 2012 | Mise en ligne à 23h27 | Commenter Commentaires (203)

Sortez les casseroles (il se passe quelque chose)

Entendez-vous ce son assourdissant ?

C’est le bruit de quelque chose qui se passe.

Depuis trois mois, il y avait ces manifs d’étudiants fâchés. Elles se poursuivent, virent au vinaigre, soir après soir.

Mais mardi, en journée, la ville a été envahie par une marée humaine, une marée qui n’était pas uniquement composée d’étudiants. Du monde fâché de voir le gouvernement sortir la matraque législative pour baliser le droit de manifester, le droit de protester. J’en connais quelques-uns qui sortent jouer de la casserole, le genre qui n’aurait pas songé à manifester avant qu’on balise ce droit…

Mais chaque soir, dans les quartiers, le monde — pas juste les étudiants — sort dans la rue, sort sur leurs balcons, et le monde martyrise des casseroles. En gang. Comme en party. Le monde proteste. Le monde se réveille. Pour attirer l’attention.

Il se passe quelque chose. Quoi ? Je sais pas trop. Comment cela va-t-il finir? Dieu seul le sait. Mais une chose est claire: les étudiants ne sont plus seuls à pester. Les « grands » pestent aussi. Une autre chose est sûre : la loi 78, plus on la connaît, plus on la décortique, plus on la passe au microscope, est perçue comme une saleté. Et elle fait descendre le monde dans les rues des quartiers…

Aujourd’hui, c’est sûr, je ne réécrirais pas cette chronique de janvier 2010

Lire les commentaires (203)  |  Commenter cet article






Le nouveau livre de Jan Wong

Le nouveau livre de Jan Wong

Vous vous rappelez de Jan Wong ?

Jan était columnist au Globe and Mail, et était un poids lourd du journalisme canadien-anglais, quand elle est venue travailler sur la fusillade du Collège Dawson, à Montréal. Elle a accouché d’une excellente chronique, chronique qui comportait cependant un paragraphe à ce point stupide qu’il fut son Waterloo professionnel.

La chronique s’intitulait Get under the desk racontait en détails la folie meurtrière de Kimveer Gill en ce midi de septembre. Jan Wong a grandi à Montréal, une partie de sa famille y vit encore : elle y a ajouté du contexte social québécois. Et c’est ici que Jan a mis le pied dans un piège à ours terrible : elle a fait un lien entre les fusillades meurtrières de Polytechnique (1989), Concordia (1992) et Dawson (2006) et les immigrants qui se sentent mal reçus par un Québec « pure laine ». En effet, les trois salopards qui ont déchargé leurs armes dans ces trois écoles avaient un lien avec l’immigration : Marc Lépine était le fils d’un Algérien et d’une Québécoise ; Valery Fabrikant était un ex-ressortissant soviétique et Kimveer Gill, le fils d’immigrants indiens, né ici.

Dans le National Post, Jan Wong raconte en détail sa descente aux enfers, dans la foulée d’un ressac immense au Québec et au Canada. Cette descente aux enfers l’a fait plonger dans une dépression, elle a quitté le Globe, qui l’avait un peu désavouée dans la tempête. Avec son style incisif, la journaliste raconte que le ressac dont elle fut victime au Québec, en septembre 2006, était basé sur du racisme, selon Wong : elle est d’origine chinoise.

Ce qui manque dans le texte de Jan Wong publié dans le National Post, c’est le libellé exact du paragraphe qui fut son Waterloo. La journaliste ne l’évoque que par la bande, en le paraphrasant. Il eut été intéressant que Jan se cite elle-même, puisque ce passage est le noeud du problème dont elle parle. Le paragraphe litigieux se lisait comme suit :

What many outsiders don’t realize is how alienating the decades-long linguistic struggle has been in the once-cosmopolitan city. It hasn’t just taken a toll on long-time anglophones, it’s affected immigrants, too. To be sure, the shootings in all three cases were carried out by mentally disturbed individuals. But what is also true is that in all three cases, the perpetrator was not pure laine, the argot for a “pure” francophone. Elsewhere, to talk of racial “purity” is repugnant. Not in Quebec.

Je traduis : Ce que plusieurs non-Québécois ne réalisent pas, c’est à quel point les vieilles chicanes linguistiques ont plombé cette ville, autrefois cosmopolite. Ça n’a pas affecté seulement les anglophones, mais les immigrants, aussi. Évidemment, ces trois fusillades ont été commises par des gens dérangés mentalement. Mais il est également vrai que les trois tueurs n’étaient pas des « pure laine », une expression décrivant de « purs » francophones. Ailleurs, parler de « pureté » raciale est répugnant. Pas au Québec.

Le piège à ours de Jan Wong, ce fut ça : ce lien stupide entre trois fusillades et la supposée aliénation des immigrants dans ce coin du Canada, because les lois linguistiques. Sans parler de la connotation totalement injustifiée qu’elle donne à l’expression « pure laine », en faisant un parallèle entre cette expression du terroir et les mots pureté raciale, qui ont une tout autre signification, qui réfèrent à une supériorité raciale.

C’était un lien stupide parce qu’il n’existe aucune preuve, aucune étude établissant un lien entre l’intégration des immigrants et de leurs enfants au Québec, la loi 101 et la propension des immigrants (et leurs enfants) à aller décharger des armes à feu dans des établissements scolaires. Vous ne trouverez aucun expert en immigration pour faire ce lien. Ce lien est basé, tout simplement, sur l’impression de Jan Wong. On peut avoir les impressions qu’on veut, l’impressionnisme est parfois un outil indispensable du chroniqueur, mais c’est un peu grossier de laisser entendre sans l’ombre de la queue d’une preuve qu’une société est tellement dure pour ses immigrants que ceux-ci deviennent fous et vont tuer leurs prochains dans des écoles…

Dans une entrevue au site J-News, Jan Wong, qui a écrit un livre sur sa dépression, affirme n’avoir aucun regret. Cette tempête, pense-t-elle encore, est simplement un malentendu : les gens, dit-elle, n’ont pas aimé ce qu’elle a écrit. Commodément, elle passe par-dessus le fait qu’il n’existe aucune preuve pour appuyer ce qu’elle a écrit.

On pourrait penser que quatre ans et demi après Dawson et la tempête qui l’a frappée, Jan Wong aurait eu le temps — et la modestie — de réfléchir à la part de responsabilité qui est sienne dans ce qui fut sa chute.

Well, she didn’t.

(Merci à @BuhNwa de m’avoir dirigé vers cette histoire…)

Lire les commentaires (53)  |  Commenter cet article






publicité

  • TWITTER

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    mai 2012
    L Ma Me J V S D
    « avr   juin »
     123456
    78910111213
    14151617181920
    21222324252627
    28293031  
  • Archives