Patrick Lagacé

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    Patrick Lagacé aime le journalisme : « Cette profession permet de vivre des aventures et d'être payé pour le faire », dit-il.
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    Mercredi 18 avril 2012 | Mise en ligne à 14h49 | Commenter Commentaires (13)

    Les grands constructeurs, les élus et le bien commun

    Dans ma chronique du jour, Dire oui, dire non, je défends ce point de vue : quand un élu est compromis dans une affaire de corruption, il y a une couche de culpabilité morale supplémentaire, qu’on ne retrouve pas chez le corrupteur. Quelques lecteurs m’ont écrit pour me sonner les cloches : les entrepreneurs sont tout aussi coupables, me répond Pierrot Péladeau, dans cette missive. Jocelyn Brousseau, lui, m’écrit :

    Vous affirmez que M. Accurso et autres contracteurs ne sont redevables qu’à eux-mêmes, je trouve cela désolant dans une société de droit qui implique la responsabilité citoyenne pour les personnes physiques et morales qui la composent. D’un côté, on nous sert ad nauseam le principe des PPP, de cette pseudo-modernité économique voulant que la privatisation, la réduction de la taille de l’État, alouette, va rendre toute société plus prospère. Mais d’un autre côté, votre chronique lève le voile sur ce grand tabou voulant que lorsqu’on n’encadre pas les entreprises privées par des règles strictes, il serait naturel et normal pour celles-ci de frauder le fisc, de payer des pots-de-vin et de chercher à obtenir un poids illégitime dans la vie démocratique de notre société. Cette réalité renvoie à l’image d’un cancer féroce qui, lorsqu’il n’est pas contenu par des pénibles séances de chimiothérapie, va inévitablement se répandre.


    • Les lecteurs qui ont écrit pour vous sonner les cloches ne comprennent rien à la différence entre un gars qui fournit un service, même si c’est fait hors des normes morales, en commettant des fraudes (les enveloppes…), et le gars qui a été élu pour agir pour ceux qui l’ont élu et qui accepte une enveloppe qu’il accepte, pour son enrichissement personnel et non pour ses élus, et pour accorder un éventuel “retour d’ascenseur” à celui qui le soudoie. Coudonc! Est-ce que les dernières générations n’ont plus aucune idée de ce qui est bon et de ce qui est mal, même si il y a parfois des zones grises? Faudrait peut-être ressortir les religieuses et prêtres des boules-à-mites vu qu’il semble que personne, ni parents ni enseignants, prend la peine de faire un enseignement moral? (Dur dur d’enseigner le bien quand on se fait claironner tout ce qui est mal constamment…)

    • Vous avez tort, la majeure partie des entrepreneurs ont leur intégrité. Ceux qui n’en ont pas ont des contrats gouvernementaux. J’irai plus loin: si vous n’êtes pas croche, vous n’obtiendrez jamais de contrat gouvernemental. J’illustre:

      Mon entreprise a soumissionné une et une seule fois dans son existence (15 ans) pour un contrat gouvernemental. Car le processus est “arrangé avec le gars des vues” de A à Z.

      La seule raison pour laquelle j’ai soumissionné, c’est que le projet était financé conjointement par le gouvernement et un regroupement de grandes entreprises. Le consultant précédent (chouchou du fonctionnaire en charge) avait fait un job horrible et le regroupement avait exigé un “reset”. Mon contact au sein du regroupement m’avait pratiquement supplié de soumissionner alors je l’avais fait.

      Seulement deux bids ont été retenus pour le “play-off”. Devinez lesquels! Il y avait une quinzaine d’autres bids dont certains étaient supérieurs aux deux “gagnants”… tous ces gens avaient dépensé leur argent et leur temps en pure perte, ils n’avaient absolument aucune chance!

      À la fin, le regroupement a dû menacer de retirer son financement pour écarter le chouchou (qui avait déjà fait patate je le rappelle!).

      Il va sans dire que le fonctionnaire déçu a tout fait pour faire échouer le projet. Je m’en suis tiré avec mon intégrité (aucun pot-de-vin n’a été versé) et un profit minime. Et je n’ai plus jamais touché aux contrats gouvernementaux. Trop sale. J’ai pas besoin de ça dans ma vie.

    • L’expression « se faire monter en bateau » n’a jamais été autant d’actualité ….

      J’ai écoeuramment hâte que le trippe finisse.

    • L’homme au sens large (et incluant les femmes) étant ce qu’il est, je m’attends à ce qu’il profite de toutes les opportunités pour améliorer son sort personnel, son pouvoir, sa richesse.

      S’il y a des règles, c’est justement pour encadrer ce qu’on a le droit de faire ou de ne pas faire. Sinon, ça revient à jouer au roi de la montagne, que le plus fort gagne et profite du fait d’être, justement, au sommet de la montagne.

      Or si les lois sont pleines de trous et/ou si elles ne sont pas appliquées par paresse ou manque de moyens, je m’attends à ce que plusieurs agissent à l’encontre du bien commun en transgressant ou en contournant les interdits.

      Ça n’excuse rien à leur comportement. C’est juste une hypothèse de base que j’utilise tout le temps. Si tu donnes à 100 personnes l’opportunité de frauder impunément, il y en a certainement un ou plusieurs qui vont profiter de l’aubaine.

      Ce que je trouve cependant incroyable, c’est de constater que plusieurs citoyens prennent pour acquis que les autres sont honnêtes, ils sont étonnés voir scandalisés du fait que plusieurs, lorsque l’opportunité se présente, fraudent le système.

      Là où je suis d’accord avec Patrick Lagacé, c’est qu’un politicien doit être plus blanc que blanc. Personne au Québec n’a donné sa confiance en Accurso. Plusieurs cependant ont voté. Si ceux qu’on nomme à des postes clef ne sont pas dignes de confiance, c’est tout le système qui réraille. Ça part toujours d’en haut. Les ministres, les maires et compagnie ont un job, non pas parce qu’ils génèrent des profits mais bien parce qu’ils ont gagné notre confiance. Trahir cette confiance, frauder ceux qui ont voté, c’est encore pire que ce qu’Accurso a fait. La tête c’est l’État. Si l’État est corrompu, comment peut-on penser que tout le monde, plus bas dans la pyramide, joue selon les règles?

      On évolue dans un monde basé sur la confiance. Confiance dans les institutions, confiance dans notre monnaie, etc … Si la confiance est sapée, il y a un risque que tout le système s’écroule. Qu’un ti-coune propriétaire d’une entreprise fraude, je m’attends à ce que ça arrive te temps en temps. On a des lois pour ça. On finit généralement par les pogner. Quand un politicien abuse de la confiance de ses électeurs, c’est 100 fois plus grave.

    • « C’est dans les siècles les plus dépravés qu’on aime les leçons de la morale la plus parfaite. »

      Jean-Jacques Rousseau

    • Nous vivons dans le système de la matrice où la fiction dépasse la réalité …

    • Je me demande si les ingénieurs connaissent leur propre code de déontologie…

      http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=3&file=/I_9/I9R6.HTM

      Christian

    • ..Petite suggestion de lecture: «Le corrupteur et le corrompu» par Alain Etchegoyen.

      Deux extraits pour mettre en appétit.

      1- À l’intention de ceux qui ne distinguent pas entre moral et légal, entre l’élu et l’entrepreneur:

      «Dans tous les cas que nous propose la presse, les juges et les investigateurs, seule compte l’illégalité. On comprend la démarche pour les juges dont l’application de la loi définit la sphère de compétence. On aimerait plus de discernement des autres acteurs qui s’expriment dans l’espace public. Chacun sait que la loi ne suffit pas à définir la moralité: bien des actes sont illégaux qui ne sont pas immoraux; bien des actes sont immoraux qui ne sont pas illégaux.»

      2- À l’intention de «ceuzécelles» qui ne refusent pas une paire de billets dans une loge, et autres marques d’estime:

      «Le pouvoir fait perdre la lucidité que possède intuitivement le sens commun. Il ne voit plus les frontières qui séparent le bien du mal dans le cadre même du mandat qui lui a été délégué. L’esprit critique s’évanouit autour de lui. (d’elle?); Ses proches sont plus soucieux de flatter que d’alerter, d’obtenir des faveurs que d’émettre des objections. Dès lors, il arrive que l’homme (la femme?) au pouvoir ne s’étonne plus des marques d’estime dont il (elle?) est l’objet ni des cadeaux qu’on lui offre; il (elle?) les prend plus pour des hommages que pour de la corruption et devient vulnérable.»

      Intéressant, non? Un petit livre de chevet pour quiconque s’intéresse au sujet.

    • Si nous discutons de moral ou d’éthique. De qu’elle éthique parlons-nous. Celle qui suppose que nous avons des devoirs moraux à l’égard d’autrui et de nous-mêmes. L’histoire nous montre les stratégies et les ruses de la raison opportunisme même dans les milieux qui devaient être exemplaire comme la papauté. Une morale qui ressemble plus à une discipline qui suppose être exemplaire envers soi et les autres. Et encore plus si tu es un politicien ! Cela devient intenable et trop exigeant.

      L’alternative serait peut-être une éthique simple ni envahissantes qui se limitait au souci d’éviter de nuire délibérément à l’autre. Elle suppose que l’autre est déjà présent dans nos gestes.

      Beaucoup de nos réputés problèmes moraux perdraient de sa pertinence. Cela nous permettrais d’avoir d’autre critère pour évalué la gouvernance

    • On va revenir à la base; On fait du développement des affaires. Ma job c’est de trouver des contrats, la méthode c’est d’avoir des contacts, beaucoup de contacts et de les entretenir. Des cadeaux aux meilleurs clients, des billets de faveurs, leur faire faire le tour de la ville, c’est ça ma job. Un pot de vin nous vient des temps ancien où on payait avec du vin, aller dans les 5 à 7h vous aller recevoir autant de verre de vins que vous en voulez, pis y’en a en ta… des 5 à 7.

      Là où ça dérape, c’est dans la technique même de toutesssss les entreprises en construction pour se faire payer, je parle d’en haut, les manufacturiers, les agents, pas des petits distributeurs au coin de la rue que tous le monde à accès. On se fait payer par % sur les ventes; ton beau comptoir en marbre à coûté 1000$ à produire par le manufacturier, l’agent qui pousse ton produit se prend 10% 1100$, il t’envoi toi l’entrepreneur Va de bon coeur inc chez le distributeur Y voit clair inc. le distributeur se prend 30% = 1571$, l’entrepreneur le met dans ses coût avec 30% de profit= 2245$

      Maintenant on remet cette règle au plus large; Madame Innocente veut refaire sa cuisine, elle parle à son beau-frère qui a des contacts dans l’industrie, il appel son chum M. Àtoutvend est entrepreneur, il donne 10% de commission au BeauF pour avoir amené le contrat, il appel ses agents Marqueterie, éclairage, électricité, marbre et fait faire la recherche de ses produits par les agents qui monte leur soumission avec leur quote, envoi l’entrepreneur chez le distributeur qui lui aussi prend une plus grosse quote, l’électricien ajouter un 10% sur éclairage pour la garantie. Vous voulez pas savoir la facture finale…
      Vous voulez vraiment que je continu?
      On fait du développement des affaires et on est pris également dans l’engrenage, si on ne le fait pas ben change de job parce que t’auras pas de contrats, tes concurrents vont te doubler et toi tu vas en faillite.
      Donc pour en revenir au scandale c’est quand tu prend 10% sur un contrat de 50 millions, c’est là que ça dérape, Vous risquez de trouver le 55 millions de SNC dans ce poste budgétaire fantôme…
      C’est dans la même veine que les commandites, des quote ici et là qui finisse par grossir la facture finale. C’est dans la méthode même de se faire payer l’erreur…

    • @Legorf

      Excellent commentaire.

      @Createur

      Merci pour ce témoignage. Très instructif.

      Je vous félicite également pour la qualité de vos textes. Clairs, précis … “to the point”.

      Dommage que cette chronique n’ait duré que le temps d’un “clin d’oeil”.

    • Il n’y aura jamais assez de travail pour 7 milliards d’honnêtes gens, c’est pourquoi ils le deviennent un peu moins… en travaillant.

    • Philippe Teisceira-Lessard
      La Presse

      Publié le 19 avril 2012 à 10h43 | Mis à jour à 10h43

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