Patrick Lagacé

Archive du 3 avril 2012

Mardi 3 avril 2012 | Mise en ligne à 10h01 | Commenter Commentaires (39)

Maclean’s : voyage au coeur du suicide amérindien

Martin Patriquin est le correspondant québécois du magazine Maclean’s mais pour ce reportage, c’est au Manitoba qu’il a mis à contribution ses splendides talents journalistiques. Pour parler des problèmes sociaux qui affligent les communautés amérindiennes vivant dans les réserves, Patriquin est allé à Pikangikum, une petite réserve située à 300 km au nord de Winnipeg, accessible uniquement par avion. Pikangikum affiche un taux de suicides absolument hallucinant. Extrait de son reportage, disponible sur le site de Maclean’s :

In 2011, the community of roughly 2,400 had a suicide rate equivalent to 250 per 100,000—nearly 20 times that of Canada, and far and away the highest in the world. It has been so for 20 nearly uninterrupted years

Ce qui fait de Pikangikum quelque chose comme la capitale mondiale du suicide. Oui : le Canada héberge la communauté où on se suicide le plus sur la planète. Ici. La lecture du reportage de Martin Patriquin est à briser le coeur. Je pense à ce type, Jerry Strang, dont l’épouse, la blonde et le fils se sont tous enlevés la vie. Je pense à ce jeune qui pose avec un sac lui servant à respirer des vapeurs d’essence comme on pose pour un toast. Les vapeurs d’essence sont la dope de choix, dans cette communauté coupée du monde. Un aspect fascinant du reportage de Macleans: le caractère épidémique des suicides, qui surviennent souvent par grappes.

Pikangikum est le théâtre de tous ces problèmes sociaux bien connus dans les réserves canadiennes — dépendances diverses, violence, démission parentale — depuis des décennies et qui s’apparentent au tiers-monde. Mais tout cela est bien loin de la « civilisation », tout cela concerne un segment de la population de on se fiche royalement, comme société. On en parle ponctuellement — parce que Richard Desjardins sort un documentaire sur les Indiens, parce que la CBC se fend d’une série de reportages sur les conditions de vie, parce qu’une épidémie de suicides en réserves se fraie un chemin vers le sommet du totem politique — puis, on passe à autre chose…

Troublant.

Comme a dit Desjardins, au moment de la sortie du Peuple invisible, réalisé avec son ami Robert Monderie, en 2007 : « Un Indien, ça ne vaut rien. »

AJOUT : Comme je l’ai écrit souvent, en parlant de Patriquin, c’est un de mes chums.

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