Patrick Lagacé

Archive, avril 2012

Hier, dans La queue du chien, j’y allais d’une montée de lait dénonçant le jeu du gouvernement : laisser pourrir la situation avec les étudiants, quitte à ce qu’il y ait de la casse, quitte à ce que Montréal soit en proie à du chaos ponctuel, pour récolter des points aux urnes. Wag the dog, disais-je, à propos de cette tentative de diversion qui a fait ses preuves en politique.

André Pratte, ce matin, dans La Presse, me rejoint, dans un style plus sobre, et se demande : « (Et) Si les libéraux voyaient un intérêt partisan dans la prolongation de la crise ? »

Michèle Ouimet, elle, fait écho à la sortie de Robert Dutil — ou plutôt devrais-je dire Robert « Laissez les policiers faire leur travail » Dutil, tant il se refuse d’ordinaire à commenter tout travail policier susceptible de venir gratter dans la cour de sa famille politique — qui a carrément accusé Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE, d’inciter à la violence : « La CLASSE, manifestement, encourage la violence. [...] C’est un mode opératoire qu’ils ont adopté et c’est malheureux. »

Passons sur le fait que l’incitation à la violence est une infraction criminelle, passons sur le fait que le SPVM a déjà dit publiquement que les manifs qui dégénèrent sont le fruit de casseurs qui ne sont pas forcément reliés à la CLASSE et qu’on a donc ici un ministre de la Sécurité publique qui accuse publiquement un individu sans avancer de preuve, se substituant aux flics, passons sur le fait que le ministre de la Sécurité publique traite — selon les mots de Jean Lapierre, ce matin, chez Paul Arcand — comme l’« ennemi public numéro un ».

Ce qui apparaît de plus en plus clair, c’est que s’il y a des élections prochainement au Québec, le Parti libéral ne va pas se battre contre le PQ et la CAQ.

Le PLQ va faire campagne contre la CLASSE, incarnée par Gabriel Nadeau-Dubois.

Comment je disais ça, hier, dans ma chronique ? Ah, oui, « faire oublier l’essentiel », l’essentiel étant l’insatisfaction des Québécois face à ce gouvernement, usé par neuf ans de pouvoir et un tas de scandales où les amis du pouvoir avaient, curieusement, des rôles.

Et il n’est pas dit Jean Charest, cette bête politique splendide, ne réussira pas à faire oublier l’essentiel. Il y a tellement de gens qui font des pipis nerveux à la seule pensée de GND et de la CLASSE…

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Mercredi 25 avril 2012 | Mise en ligne à 23h52 | Commenter Commentaires (352)

Ligne dure face aux étudiants : la queue du chien…

Il est 23h33 et je regarde, furieux, les images de la télé qui montrent Montréal encore une fois transformée en terrain de bataille. Je regarde, furieux, une autre manif pacifique qui a dégénéré. Je regarde, furieux, un gouvernement qui est en train de réussir un coup fumant : laisser pourrir une situation en espérant en recueillir les fruits.

Trois Québécois sur quatre sont insatisfaits de ce gouvernement. Après neuf ans de pouvoir, son usure est visible. Les histoires de corruption, on ne les compte plus: elles viennent souvent s’échouer dangereusement près de la cour du Parti libéral. Ça explique cette insatisfaction généralisée.

Ça explique aussi pourquoi ce gouvernement qui a toujours fini par reculer dans tant de dossiers, du mont Orford à la commission d’enquête publique sur la collusion dans la construction, ne recule pas d’un millimètre sur les droits de scolarité. Ce n’est pas un dossier absolument capital pour l’avenir de la nation. Ce n’est pas le genre de dossier qui nécessitait un entêtement obtus. Ce n’est pas le genre de dossier qui ne pouvait absolument pas faire l’objet, il y a un an ou il y a un mois, de négociations menées de bonnes foi par le gouvernement.

Jamais le gouvernement n’a montré autant de combativité dans le dossier du gaspillage de l’UQAM à l’Îlot Voyageur. Jamais il n’a montré autant de combativité pour savoir combien valait le pétrole de l’île d’Anticosti. Jamais il n’a montré autant de combativité pour savoir comment la Caisse de dépôt a pu perdre 40 milliards. Mais pour 1625$ d’augmentation de droits de scolarité, un choc tarifaire de 75% en cinq ans, là, dans ce dossier, il est absolument intraitable, il est aussi combatif que Bruce Willis dans ses Pièges de cristal. Pas de négo, pas de prisonniers.

Mais c’est un rare dossier où Jean Charest a l’appui des Québécois. Un sur deux qui appuie les positions gouvernementales.

Et il faut être aveugle pour ne pas voir que le gouvernement Charest va utiliser cet appui comme levier, dans une prochaine campagne électorale. Un levier pour faire oublier tout le reste. Un levier pour se poser en défenseur de l’ordre.

Car quand le désordre plane et que le chaos règne, le bon peuple effrayé se tourne vers qui ?

Vers l’État.

Qui dirige l’État ?

Le gouvernement de M. Charest.

Non, c’est même pas le chien court après sa queue, c’est Wag the dog, c’est la queue du chien qui branle tellement fort que t’en oublies de voir le petit cadeau qu’il a fait sur le tapis…

Les ficelles sont grosses comme des câbles à bateau. Certains les voient, d’autres sont aveuglés par l’idéologie de la « juste part », dont les étudiants sont, mystérieusement, les seuls à faire les frais.

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Mercredi 25 avril 2012 | Mise en ligne à 9h59 | Commenter Commentaires (206)

La CLASSE et sa vision d’une « négociation »

Antoine Robitaille du Devoir, le vlimeux, m’a pris de vitesse : il a sorti dans l’édition de ce matin de son journal un papier sur les membres du comité de négociation de la CLASSE. Alors que je posais des questions là-dessus, hier soir, Antoine devait être en train d’écrire…

Donc, la CLASSE s’est choisie l’hiver dernier quatre délégués pour la représenter dans un éventuel comité de négociation. Il s’agit de Shanie Morasse, Philippe Lapointe, Justin Arcand et Nicolas Lachance-Barbeau. Tous les candidats devaient présenter un texte pour mousser leur candidature. Or, trois des candidats sélectionnés — Mme Morasse, M. Lapointe et M. Lachance-Barbeau — en ont profité pour décrire leur vision de ce qu’est une négociation, dans le contexte actuel.

Je les cite…

Shanie Morasse :
« Plusieurs raisons m’ont poussé à vouloir me présenter sur le Comité négociation de la CLASSE. Je crois que dans la vie je ne suis pas vraiment portée à vouloir aller sur ce genre de comité, je n’aime pas négocier, je n’aime pas les fédés et je n’aime pas le gouvernement. Par contre, j’aime faire des bilans. En fait, avant qu’un ami m’en parle un peu à la blague je n’avais jamais pensé imaginer me présenter sur ce comité.

Philippe Lapointe :
Ce comité, dit de négociation, devra non pas négocier, mais exiger. En déposant un cahier de revendications et en servant de courroie de transmission entre le congrès de la CLASSE et la table de rencontre avec le gouvernement, le comité servira à démocratiser le processus de discussion avec le gouvernement. Il n’est pas ici question de représenter les intérêts étudiants, mais bien de servir de délégué, sans pouvoir décisionnel

Nicolas Lachance-Barbeau :
La première fois que je me le suis fait demander, je n’avais pas l’intention de me présenter sur le comité de négociation. J’ai répondu que d’aller m’assoir avec les gens du ministère de l’éducation était contre mes valeurs. Puis je me le suis fait redemander. J’ai répondu la même chose. Plus je donnais cette réponse, et plus on me le demandait. J’ai finalement compris que c’est justement PARCE QUE c’est contre mes principes qu’on me le demande.

Interloqué, j’ai écrit à Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE, pour lui demander des explications. La CLASSE va aller négocier quoi, avec la ministre Beauchamp, si l’essentiel de son comité de négo promet de ne pas… négocier ? Réponse de GND :

Cela dit, l’essentiel de ce qui y est écrit ne doit pas être pris à la légère: les lettres ne reflètent pas un refus de négocier, mais un refus de prendre des décisions sans consulter les assemblées. Les membres du comité de négociation sont, comme moi, des porte-paroles. Ils n’ont pas le pouvoir de refuser ou d’accepter des offres.

Leur rôle est simple, en fait: discuter avec la délégation du MELS pour en tirer le plus possible. Aller chercher tout ce qu’ils et elles peuvent aller chercher. Lorsqu’une offre formelle sera faite, les membres du comité de négociation iront présenter cette offre dans les assemblées générales, qui l’accepteront ou la refuseront. C’est sur ce point, je crois, que les lettres sont intéressantes: notre comité de négociation est formé de gens qui ont à coeur nos principes de démocratie directe et de décentralisation. Et c’est pour cela que les lettres insistent sur le fait “qu’ils n’ont pas le goût de le faire”: cela n’est-il pas le meilleur moyen de se protéger contre les dérives autoritaires qui peuvent naître si facilement dans ce genre de contexte?

Depuis leur élection en février, ils et elles ont eu-e-s de longues heures de lectures, de formation et de préparation. Ils et elles sont tout à fait prêts et prêtes et le Congrès de la Coalition leur fait totalement confiance pour accomplir leur mandat!

Dans sa réponse, le porte-parole de la CLASSE souligne l’aspect humoristique des mises en candidature. C’est vrai, il y a de l’humour dans certains passages, notamment quand un des candidats parle de sa cravate à motifs de canards, que je n’ai pas inclus dans mon courriel à GND, justement parce que ça n’a pas de lien avec le noeud (moi aussi j’ai le sens de l’humour*) de mon questionnement.

S’ils ne vont pas négocier, ils vont faire quoi ?

Négocier, ce n’est pas exiger. C’est du troc. C’est transiger.

Ce qu’on lit là, c’est le contraire d’une négo. Pour le vase clos de la militance de la CLASSE, peut-être que c’est simplement l’expression de convictions en acier trempé. Mais pour la moyenne des ours, c’est de la mauvaise foi crasse, j’en ai bien peur.

Aucun rapport : c’est peut-être formidable, la démocratie directe, le refus global d’une quelconque autorité. Peut-être qu’à l’intérieur de la CLASSE, c’est un mode d’interaction idéal qui comble les membres et les « instances » de bonheur. Mais pour interagir avec le monde extérieur, c’est de la bouillie pour les chats. Pour le monde réel, c’est loin d’être commode. C’est pas sérieux.

je l’ai écrit, je l’ai dit cent fois : rien ne pouvait justifier, ces derniers mois, même avant la grève, le refus de Québec de négocier avec les associations étudiantes. Mais pour la CLASSE, quand je lis ces mises en candidatures, quand je lis les justifications de Gabriel Nadeau-Dubois, je me dis qu’à la place de Line Beauchamp, pas sûr que j’aurais envie de négocier avec des gens qui a) n’ont pas de mandat de négocier b) confondent les verbes exiger et négocier c) ont parfois même comme valeur de ne pas négocier d) clament avoir pour valeur de ne pas s’asseoir avec des gens du ministère de l’Éducation.

*Cravate, noeud… Boudoum-pouishe.

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