
Quelle histoire formidable. Mercredi soir, sur les médias sociaux, un montage photographique a commencé à circuler, montrant deux porte-parole de ce nouveau Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec, Marc Antoine Morin et Jean-François Trudelle. Le MESRQ appuie une hausse des droits de scolarité.
D’un côté du montage, on voit donc MM. Morin et Trudelle en entrevue à la télé, récemment. De l’autre, on montre une preuve de leur implication au… Parti libéral du Québec.
Traduction : le Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec, qui appuie la hausse des droits de scolarité, a deux porte-parole qui militent au sein du PLQ, qui est aussi en faveur de la hausse des droits de scolarité.
M. Trudelle, cependant, dans sa tournée médiatique, n’a jamais dit que la position qu’il défend au MESRQ est calquée sur celle du parti où il milite, parti qui forme un gouvernement engagé dans un bras de fer avec des milliers d’étudiants opposés à cette position.
AJOUT : M. Morin, lui m’assure l’avoir dit. Extrait d’un message qu’il m’a envoyé: «J’ai dit plusieurs fois que oui j’étais membre du PLQ ( à TVA plusieurs fois, même la semaine dernière le 17 février au bulletin de 22h) et que le MÉSRQ n’est affilié à personne! Le secrétaire du mouvement, qui est également passé à TVA est du PQ, nous avons des membres de la CAQ et même du parti vert! Nous avons depuis le début financé certaines rencontres avec NOTRE propre argent. Jean-François et moi avons également été stagiaires à l’O.N.U., serions-nous aussi mandatés par l’O.N.U ? »
(Ma réponse : L’ONU n’a pas d’intérêt dans le débat sur les droits de scolarité universitaire au Québec. Pas aux dernières nouvelles, en tout cas.)
J’ai parlé à M. Trudelle, étudiant à McGill, tard hier mercredi. Question : n’aurait-il pas été plus éthique de révéler cette affiliation au Parti libéral, lors d’entrevues avec les médias, dans un esprit de transparence totale ?
« J’y ai pensé, m’a dit M. Trudelle. Si on me l’avait demandé, je l’aurais dit, oui. Mais on ne me l’a pas demandé. »
J’ai donc exposé à Jean-François Trudelle le cas hypothétique suivant. Disons que dans ma chronique de La Presse, je vante un restaurant, à mort, je dis aux gens qu’ils devraient y aller : c’est super bon. Disons que je fais pareil chez Paul Houde, où j’ai une chronique quotidienne. Mais disons que j’ai des actions dans ce resto, mais que je ne le dis pas aux gens qui me lisent et qui m’écoutent : est-ce éthique de ma part ?
Réponse de M. Trudelle : « Vous comparez des pommes et des oranges. Au Parti libéral, je ne suis pas carriériste. Et j’accorde une grande importance à mon intégrité. »
Oui, certes, mais dans un esprit de transparence totale, n’aurait-il pas mieux valu de souligner que vous êtes président de la Commission politique de la région de Montréal, depuis 2009 ?
Réponse : « Ce n’est pas une question de transparence. Je n’ai pas à dévoiler ce que je fais dans ma vie, ou combien mes parents gagnent. Je ne reçois pas d’argent du PLQ. On n’a pas d’argent ! Nous avons dans nos rangs des caquistes, des libéraux fédéraux et provinciaux, des libertariens, des péquistes, même… »
À chacun son code d’éthique, quand on intervient ainsi en public. Personnellement, je me sentirais mal de vanter un restaurant sans dire aux gens que j’ai un intérêt manifeste à leur dire ça. Je trouverais ça croche.
Mais peut-être que je suis dans les patates, peut-être que M. Trudelle a raison, peut-être que ça n’a rien à voir, peut-être que je suis ici en train d’alimenter le cynisme à l’égard de la chose politique.
Peut-être.
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