Patrick Lagacé

Archive du 7 février 2012

Mardi 7 février 2012 | Mise en ligne à 17h52 | Commenter Commentaires (110)

L’anglais de François Legault (AJOUT)

Je renie entièrement ce billet. Explications sur ce billet.

Oui, c’est clairement une vidéo mise en ligne par les ennemis politiques de la CAQ.

Oui, on a sans doute choisi les « pires » crocs-en-jambe faits par la langue anglaise à l’ancien ministre péquiste.

Reste que François Legault a clairement des problèmes avec l’anglais. On est loin de l’anglais des Bourassa, Parizeau, Landry, Charest. Même Lucien Bouchard, qui en arrachait un peu dans la langue de Don Cherry, restait fort compréhensible.

Donc, cette question: si l’anglais rudimentaire de Pauline Marois fut un célèbre boulet (abordé sur ce blogue précédemment) pour la chef des souverainistes, celui de François Legault fera-t-il l’objet des mêmes questions qui ont hanté Mme Marois ?

Personnellement, permettez que j’exprime dans le cas de François Legault le même étonnement que dans les cas de Mme Marois et d’André Boisclair : quand on aspire à diriger le Québec, ne pas parler un anglais fonctionnel est un handicap de taille, pour un million de raisons.

AJOUT — En entrevue chez Paul Houde, M. Legault a dit — je paraphrase — que son anglais s’améliore et que la langue d’usage au Québec est le français. Fort juste. Mais là n’est pas la question.

Je l’ai dit dans le cas de Mme Marois : je suis fasciné de voir que quelqu’un ayant occupé de hautes fonctions politiques et qui se voit chef de parti — donc PM, potentiellement — ait pu négliger l’apprentissage de l’anglais à ce point. C’était vrai pour Mme Marois (qui s’est présentée au leadership du PQ en 1985, une première fois) et ça semble l’être pour M. Legault (qui flirtait, au PQ, avec l’idée d’une course au leadership).

Bien sûr, on me dira que le Québec étant un territoire où le français est la langue officielle, ceux qui aspirent à le diriger n’ont pas à parler anglais. C’est vrai. Malheureusement, il arrive que le PM du Québec doive composer avec le reste de l’univers, dont la lingua franca est l’anglais, for better or for worse.

* On me signale, avec raison, que M. Boisclair a une connaissance plus que fonctionnelle de l’anglais. J’ai laissé un épisode obscurcir ma mémoire, je parle du refus de M. Boisclair, alors chef du PQ, lors d’un scrum viril en 2005, de répondre à une question en anglais: ” I won’t do it in English. C’est trop difficile pour moi en anglais. “

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Mardi 7 février 2012 | Mise en ligne à 13h10 | Commenter Commentaires (31)

Pause Kit Kat de type Anne-France Goldwater

Anne-France Goldwater s’est fait connaître au Québec en défendant « Lola », pseudonyme d’une dame qui poursuivait son ancien conjoint dans une cause de pension alimentaire, en cour familiale. La pugnacité de l’avocate, alliée à son sens de la formule, ont fait d’elle une étoile filante qui allie désormais la pratique du droit et les médias, en dilettante : elle anime l’émission L’Arbitre, à V.

Me Goldwater est aussi, ces jours-ci, panéliste à la version canadienne du Combat des livres de la radio de Radio-Canada, Canada Reads, à la CBC. Or, Anne-France Goldwater étant Anne-France Goldwater, elle a réussi à faire pleurer une panéliste en traitant l’auteure que celle-ci défendait de « terroriste ». Et, pour faire bonne mesure, l’avocate a décrété que l’immense Nelson Mandela s’était livré, sous l’Apartheid, à du terrorisme…

Extrait d’un papier du Toronto Star :

Shad responded to Goldwater’s terrorist accusation of Aguirre, by saying: “If you consider her a terrorist you have to consider Nelson Mandela a terrorist.”

To which, Goldwater responded: “Damn straight. Blood on his hands.”

Il y a une chose que Me Goldwater ne perd pas, quand elle passe à l’anglais: le sens de la nuance. À sa décharge, l’an dernier, au Combat des livres, elle était sur le panel auquel j’avais participé: Anne-France avait été bien gentille, rien à signaler.

Par ailleurs, voici un exemple parfait de « casting is everything », en télévision : un « cas » de l’émission L’arbitre où il est question d’une dame de 81 ans, d’un plant de tomate empiétant dépassant son cadastre autorisé et du démon lui-même.

Irrésistible.

Ci-haut : extrait d’une entrevue de la célèbre avocate aux Francs tireurs, menée par votre blogueur préféré.

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Mardi 7 février 2012 | Mise en ligne à 9h35 | Commenter Commentaires (69)

Vendre notre pétrole « éthique » aux Chinois

Le pétrole de l’Alberta, on le sait, sort du sol au prix d’un désastre environnemental. Partout dans le monde, le pétrole canadien est critiqué, tant par les environnementalistes que par des gouvernements, notamment en Europe de l’Ouest. Le Canada est donc attaqué, depuis très longtemps, pour son exploitation des sables bitumineux. Dans ces attaques, il est autant question de gaz à effets de serre que de relations publiques : les critiques du Canada décrient le pétrole albertain comme étant sale. L’image du pays a pris un oeil au beurre noir.

Il fallait contre-attaquer. Le fleuron de la droite canadienne Ezra Levant a cristallisé une certaine défense des sables bitumineux albertains autour d’un principe : notre pétrole est peut-être un peu « sale », mais au moins, il est « éthique ». Ethical oil. Il en a fait un livre. Traduction: le Canada est une démocratie où la règle de droit a préséance. Ce n’est pas une dictature arabe où les droits fondamentaux sont bafoués selon l’humeur de la clique au pouvoir…

Les conservateurs de Stephen Harper ont adopté cette ligne de défense et vanté, depuis des années, le caractère « éthique » de notre pétrole, tout en en faisant la promotion aux États-Unis sous l’étiquette d’une ressource « stable ».

Les États-Unis, eux, branlent dans le manche et tardent à autoriser un projet de pipeline qui permettrait au pétrole albertain de transiter vers le Golfe du Mexique. Le gouvernement Harper a donc décidé d’activer son plan B : expédier notre pétrole « éthique » en Chine.

Ce qui nous fait tomber dans un paradoxe tellement absurde qu’il en devient presque drôle, non ?

Notre pétrole est « éthique » parce qu’exploité dans un pays démocratique. Notre gouvernement s’est gargarisé du fait que notre pétrole est éthique, et ce sont les activistes comme Levant qui ont fourni le rince-bouche. Voyez, ci-haut, la pub qui attaque l’Arabie saoudite et son pétrole, exploité dans-un-pays-qui-ne-laisse-pas-les-femmes-conduire…

Or, aujourd’hui, le premier ministre Stephen Harper est en voyage officiel en Chine, où il s’improvise vendeur de pétrole, comme le rapporte Martin Croteau dans son texte La diplomatie du pétrole.

Or, si l’Arabie saoudite n’est pas « éthique » en raison de son bilan en droits humains, que dire de la Chine ? La Chine est une dictature répressive qui enferme les opposants politiques.

Donc, le Canada est dans une position intenable : d’un côté, il se vante de produire du pétrole « propre », politiquement parlant ; de l’autre, il fait des salamalecs pour vendre ce pétrole à un pays qui est « sale », politiquement parlant, selon ses propres critères !

Je ne dis pas qu’il ne faut pas commercer avec la Chine. Je dis que quand un État se vante d’avoir des principes, ces principes sont (presque) toujours les jolis dessins bucoliques ornant la page couverture du plan de communication publique. Un plan qui se retrouve dans le bac de recyclage quand le fric commande un retour à la realpolitik. Le principe d’Ethical oil ne fait pas exception.

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