Le collègue Jean-Marc Salvet du Soleil a sorti une petite perle, aujourd’hui : les « lignes de presse » servies aux députés par les marionnettistes du Parti libéral. Soyons lucides : tous les partis servent ainsi des portions de « lignes » à à leurs députés, je suis sûr que les péquistes faisaient le même genre de téléguidage à leur époque.
Extrait :
1- Allez-vous vous présenter aux prochaines élections?
R- Il est encore tôt pour annoncer ses couleurs! Nous avons un mandat jusqu’en décembre 2013.
J’ai encore beaucoup d’énergie pour promouvoir et défendre les intérêts de mes concitoyens et je suis en grande forme.
2- Sur le financement de la Coalition avenir Québec.
R- François Legault a contrevenu aux règles de financement politique en créant un OSBL quand il savait très bien qu’il se lancerait en politique.
D’ailleurs, on attend toujours les explications concernant le financement de la CAQ de la bouche de François Legault
Que les membres du gouvernement, sur des questions sensibles, reçoivent des « suggestions », ça se comprend. Mais « suggérer » des réponses sur des questions comme allez-vous vous présenter aux prochaines élections ? Des réponses hyper-précises ?! « J’ai encore beaucoup d’énergie » ?! Et on propose même un point d’exclamation, au bout de « Il est encore tôt pour annoncer ses couleurs ! » !
J’ai souvent dénoncé la transformation du député moderne en plante verte, de qui on n’attend que des hochements de tête vigoureux, derrière le leader du parti. C’était une caricature… Pas tant que cela, finalement.
Au moment où j’écris ces lignes, Mario Dumont, chez Paul Houde, fustige les médias qui, d’un côté, disent aimer les élus qui « parlent vrai » et qui de l’autre côté fustigent ceux qui détonnent avec des déclarations explosives. Il n’est pas le seul, dans la classe politique ou chez les ex, à faire cette critique.
Il y a du vrai dans le constat de Mario mais j’en trace ici les limites: si les candidats et les élus n’étaient pas si prévisibles dans leur respect total des « lignes » de communication, s’ils disaient ce qu’ils pensent plutôt que ce qu’on leur dit de penser, peut-être que quand ils font preuve de candeur, ce ne serait pas une « grosse » nouvelle. Peut-être que si un député ne remâchait la bullshit du parti fidèlement chaque fois qu’on lui met un micro sous le nez, ce ne serait pas un événement quand il parle comme un être humain doté du pouvoir de réflexion.
Henri-François Gautrin, l’automne dernier, a commis une sorte de bourde politique quand il a confié que le caucus libéral était divisé sur la question d’une commission d’enquête sur le milieu de la construction. Le député libéral de Verdun avait fait cette déclaration alors que tous ses collègues défilaient devant les caméras pour se dire absolument solidaires de la position du gouvernement (officiellement, à l’époque, opposé à une telle commission). Nous sommes tellement habitués à des députés-plantes vertes qui ne disent rien que la déclaration de M. Gautrin est à l’époque passé pour un impair.
L’impair, c’est plutôt de suivre les commandes du quartier général à l’unisson, comme si les députés étaient des marionnettes.
Je répète ce que j’ai dit mille fois : après, il se demandent pourquoi les gens sont cyniques face à la politique.
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