Patrick Lagacé

Archive du 18 janvier 2012

Mercredi 18 janvier 2012 | Mise en ligne à 14h24 | Commenter Commentaires (79)

Après la traque d’Ian Davidson, son suicide

Ian Davidson s’est vraisemblablement suicidé dans un hôtel de Laval. Davidson est ce retraité récent de la police de Montréal qui était au centre d’une enquête sur un des pires cauchemars qui puisse hanter un service de police : une fuite touchant l’identité de ses informateurs.

Ian Davidson savait que ses anciens collègues étaient à ses trousses, qu’ils surveillaient ses moindres gestes. Il avait été arrêté, en octobre dernier, alors qu’il s’apprêtait à s’envoler pour le Costa Rica, en plein aéroport de Montréal. Relâché, il savait que la pression sur sa personne montait. D’une part, ses anciens collègues policiers étaient en train d’étayer la preuve contre lui et le questionnaient périodiquement. D’autre part, le milieu criminel était au courant qu’un ancien policier du SPVM avait tenté de vendre cette liste. Quelques fleurons du crime organisé savaient qui était le vendeur présumé. Disons que ça n’a pas fait que des heureux…

Bref, la pression sur Ian Davidson devait être épouvantable.

Dans La Presse, ce matin, je raconte avec Fabrice de Pierrebourg et Vincent Larouche (deux de mes anciens collègues du Journal de Montréal, sans oublier la mise en page de Marco Fortier, un autre ex du JdeM!) les dessous de la chasse à ce vendeur mystérieux. Ce récit est vraiment le fruit d’une collaboration très étroite entre nous tous qui signons ce texte (incluant Francis Vailles) : chacun a apporté ses infos, glanées ici et là, en grattant à gauche et à droite. Le résultat est un effort journalistique collectif qui vaut le coup d’œil et qui se trouve à des kilomètres des communiqués de presse officiels.

Une fois la poussière retombée, le SPVM aura de sérieuses révisions à faire dans la sécurité entourant la liste de ses informateurs secrets. Ces informateurs secrets sont indispensables dans nombre d’enquêtes, grandes et petites. Sans eux, plusieurs enquêtes ne seraient jamais amorcées. Sans une certitude de confidentialité en béton armé, plusieurs « indics » refuseraient de collaborer avec la police : ils ont trop à perdre si cette collaboration est éventée. Comme, genre, leur vie.

En cette ère où les données informatiques ont un caractère immatériel qui permet de les reproduire facilement, il est consternant de penser que la base de données contenant les noms et les codes d’informateurs secrets ait pu être copiée sans qu’une petite lumière rouge ne s’allume quelque part.

Sur la base de ce que La Presse a appris, sur la base de ce que je lis ailleurs, comme dans le JdeM, c’est une série de coups de chance absolument providentiels qui a permis au SPVM de découvrir que la liste était à vendre (la GRC a eu vent de la chose ; puis un membre du crime organisé italien a choisi de ne pas s’en porter acquéreur, pour plein de raisons, etc). Après avoir appris la fuite, le SPVM a fait preuve de pugnacité et d’imagination pour traquer la base de données. Mais sans ce coup de chance, les dégâts auraient pu être de calibre thermonucléaire, pour la police de Montréal.

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