Dan Gardner est l’excellent chroniqueur du Ottawa Citizen, qui n’aime rien de plus que d’opposer la science et les faits au caoutchouc des discours politiques alarmistes. Il applique sa méthode au cri de panique de Stephen Harper, à Davos, sur l’ « urgence » de réformer le régime de pension publique — la Sécurité de la vieillesse — pour éviter un désastre financier…
Sa chronique est sur le site du Citizen.
Gardner n’est pas le seul à apporter des bémols à cette affirmation, d’autres experts l’ont fait. Mais le chroniqueur du Citizen le fait avec sa verve habituelle, qui a l’effet d’une doudou sur la joue d’un enfant, quand on le lit…
Oui, 108 milliards — les obligations de l’État canadien en 2030 —, c’est gros. Mais c’est loin d’être ingérable, note Gardner en citant l’étude d’un prof de la UBC (qui se base sur les mêmes chiffres qu’Ottawa). En fait, si on compare la portion actuelle de la Sécurité de la vieillesse dans l’économie, on parle de 2,41% du Produit national brut.
En 2030 ? Ces 108 milliards qui font peur à Harper 3,14% du PNB.
Ce que Stephen Harper ne dit pas, quand il sort l’épouvantail des caisses de retraite qui pourraient se vider, c’est la croissance de l’économie, note Gardner, qui parle de « malhonnêteté », de la part des conservateurs (ce n’est pas la première fois). Il donne quand même deux morceaux de robot à M. Harper, qui a osé aborder la nécessité de, peut-être, repousser un peu l’âge de la retraite. Nous vivons plus vieux, et demeurons en santé plus longtemps, mais la barre magique des 65 ans reste un grand tabou politique…
Bien sûr, ailleurs, les régimes de retraites publics plombent les finances de certains pays. Gardner nuance :
As for suggestions that Canada will follow Europe over a cliff if it doesn’t curtail public pensions, consider that public pensions take a 14-per-cent bite out of the economy in Italy, and over 10 per cent in Germany and Belgium. The equivalent Canadian figure — for OAS and CPP combined — is four per cent.
Pourquoi, alors, si le régime de retraite public du Canada est bien pourvu, sortir les épouvantails ? demandera le lecteur consterné…
Bah, je ne suis pas dans le secret des dieux conservateurs, mais faire peur au monde pour bien ramollir l’opinion publique en vue de mesures trempées dans l’idéologie, on a vu ça souvent, depuis 2006…
AJOUT : Sophie Cousineau, de La Presse Affaires, ajoute son grain de sel, avec une défense de la retraite à 65 ans.