C’est Patrick White qui doit être content : le rédacteur en chef du Huffington Post Québec n’a pas encore lancé le produit qu’on en parle partout, à cause de la controverse sur les contributeurs bénévoles. Ce matin, par exemple, Michel David du Devoir écorche les solidaires Amir Khadir et Françoise David dans une chronique très dure leur reprochant de collaborer à un site aux motivations, dit-il, on ne peut plus néo-libérales…
Au-delà du débat sur l’éthique des uns et des autres, il me semble qu’il y a dans ce brouhaha entourant l’arrivée du Huff Post une certaine incompréhension de l’impact d’une tribune comme celle-là mais de n’importe quelle autre tribune. On exagère l’impact des blogueurs qui vont écrire sur ce site parce qu’il s’agit d’une marque reconnue et, disons-le, vaguement glamour.
Les communiqués de presse de Québec solidaire ne seront pas plus percutants parce que, soudainement, ils sont relayés par le Huffington Post. Yves-François Blanchet ne sera pas transformé en Foglia parce que, soudainement, sa prose est disponible sur le Huffington Post. Chacun va faire sa marque… ou pas. Indépendamment de la tribune. Et si Québec solidaire se contente de faire écho à ses communiqués de presse sur le Huffington Post, les lecteurs vont pouvoir découvrir assez rapidement pourquoi le style littéraire « communiqué de presse » ne suscite pas exactement le délice des lectorats de la planète.
Huffington Post est un agrégateur. Il produit un minimum de contenu original et cannibalise un maximum de contenu produit hors de ses serveurs. Une manchette, sur le Huffington Post américain, au moment où j’écris ces lignes : Matt Damon slams Obama. Mais c’est « du » Huff Post pur jus : on a repiqué et résumé un article paru dans Elle Magazine, où l’acteur américain crie sa déception face au président américain. Parfois, le site d’AOL fait des manchettes criardes avec un paragraphe tiré d’une chronique d’un commentateur américain. Tout est sujet à manchettes, pour le HuffPost, il faut nourrir la bête.
Par exemple, si le HuffPostQC était en ligne aujourd’hui, il y a fort à parier qu’on pourrait y retrouver une manchette du genre : YVES-FRANÇOIS BLANCHET: UN GOON, et là, bang, ça frappe l’oeil et l’imaginaire, tu cliques et tu tombes sur quoi ? Sur un résumé de la chronique de Michel David, justement, qui employait cette formule pour parler du pugnace député péquiste.
Ce que ça nous enseigne, c’est que si vous avez un blogue, par exemple, hors du Huffington Post Québec, et que vous écrivez un truc vraiment hors de l’ordinaire, ou percutant, ou tape-à-l’oeil, ou incendiaire, le site va sûrement le cannibaliser et y faire écho. Si votre communiqué de presse met le feu aux proverbiales poudres, le HuffPost va sans doute le relayer.
Traduction : pas besoin d’être bénévole pour le site pour faire jaser de soi ou de ses causes.
Ah, oui, un dernier truc aux camarades blogueurs qui vont accepter de travailler pour gratis : en cas de poursuites en diffamation, qui ramasse la facture des honoraires de vos avocats et les dépens, le cas échéant ? C’est une question que mon statut de bénévole me pousserait à éclaircir avec mes « boss » au plus sacrant. Je dis ça comme ça.










kenETdianeTailleur
22 décembre 2011
10h46
Travailler gratuitement. C’est mal.
C’est ca mon p’tit Patrick. T’as tout compris.
c.vrai
22 décembre 2011
10h47
Michel David ne s’est pas auto-écorché dans son article de ce matin. Il parlait de Françoise David non ?
gasston
22 décembre 2011
10h56
En réponse à votre dernier paragraphe: y a-t-il quelque chose qui protège les participants aux blogues de La Presse? Devrait-on éclaircir ça au plus sacrant?
Remarquez que ça ne m’affecte pas le moins du monde. Il n’y a aucune diffamation à écrire que Charest est un vil menteur, un magouilleur, paresseux et incompétent sauf lorsque vient le temps de faire faire de l’argent à ses tinamis. C’est mon honnête conviction, et aussi la pure vérité.
vlrglqqf
22 décembre 2011
11h00
Dans l’édition d’aujourd’hui de voir.ca on parle justement de ce nouveau phénomène. J’avoue être un peu perplexe car je ne comprends pas très bien la teneur du contenu. On valorise les blogueurs pigistes (occasionnels) moyennant 5$ pour un blogue lu au moins 1000 fois. Bien sûr il est question de conserver les droits d’auteur ou d’exclusivité etc. Bref, je vais relire votre texte et me concenter davantage pour mieux saisir les nuances pas nécessairement évidentes.
ysengrimus
22 décembre 2011
11h06
“Il produit un minimum de contenu original et cannibalise un maximum de contenu produit hors de ses serveurs.”
Allons, allons. La redite des fils de presse, c’est le lot absolu de l’intégralité du journalisme contemporain…
Paul Laurendeau
kirkpitaine
22 décembre 2011
11h21
Gros malaise, cette histoire de HuffPostQC que les journalistes essaient de descendre depuis quelques jours pour protéger leurs acquis.
On ne peut pas vous en vouloir, mais je pense que l’arrivée de ce nouveau produit devrait vous ouvrir les yeux sur un point : les journalistes devraient se contenter de faire leur travail de journalistes, soit rapporter et vérifier les faits de manière professionnelle et impartiale. Les opinions, les chroniques et les éditoriaux, ça ne vaut pas grand-chose en vérité. Et pourtant, on ne trouve que ça dans les médias ces temps-ci. Finie, l’éthique. Aujourd’hui, le journaliste est une grande gueule, un faiseux d’opinions. Et c’est drôlement dommage, parce qu’une opinion, tout le monde peut en avoir : vos blogues en sont pleins!
Si certaines personnes veulent faire publier gratuitement leur point de vue, tant mieux pour eux. Mais si M. Kadhir ou un autre rapporte une fausseté dans son blogue gratuit, il reviendra aux vrais journalistes de faire leur travail et de l’exposer. Je ne vois pas où est le problème.
jeanfrancoiscouture
22 décembre 2011
11h29
…@PL: «Ah, oui, un dernier truc aux camarades blogueurs qui vont accepter de travailler pour gratis : en cas de poursuites en diffamation, qui ramasse la facture des honoraires de vos avocats et les dépens, le cas échéant ? C’est une question que mon statut de bénévole me pousserait à éclaircir avec mes « boss » au plus sacrant. Je dis ça comme ça.»
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C’est exactement pour cela que même si l’on se pense bien à l’abri derrière un pseudo de pacotille, il faut quand même ne rien écrire que l’on ait convenablement vérifié et conserver ses références.
Quant au «criage de noms et au tirage de bouette», ça n’est pas de la diffamation mais simplement la manifestation d’un manque de goût, d’éducation et de de savoir vivre. En général, j’accueille ça avec un haussement d’épaules ou encore en cliquant sur «next» ou en faisant tourner la roulette de ma souris.
lionking
22 décembre 2011
11h45
Ça signifierait, si j’ai bien saisi l’affaire, qu’une nouvelle du genre : ” Le coach du Canadien de Montréal est unilingue anglophone : inacceptable. ” pourrait devenir :
” Au Québec, on a pendu l’instructeur en chef unilingue anglophone du club de hockey Le Canadien de Montréal après l’avoir aspergé d’essence et flambé au cognac, empalé sur la place publique et découpé en tranches de bacon distribuées aux amateurs francophones qui en redemandaient et redemandaient ! ”
Dans le genre ? Juste pour attirer l’attention et finalement sortir un texte d’un nobody qui a écrit dans un journal local quelconque ?
Eh ben !
Bonne journée.
vlrglqqf
22 décembre 2011
12h16
@lionking 11h45
Où est la ligne de démarcation entre l’interprétation d’un fait et l’opinion qu’on peut en donner? Mis à part les partis pris ou préjugés déja existants, bien sûr. Tout comme dans le mystère de la transsubtantiation, à quel moment le pain et le vin se transforment-ils en corps et sang réels du Christ? Blogue gratis ou pas, pseudonyme ou pas, prendre le temps d’exprimer un point de vue sur un sujet donné est un signe d’affirmation de soi, un geste démocratique et politique.
triplebuse
22 décembre 2011
12h20
Moi, la seule question qui m’importe c’est à savoir si LaPresse va échanger S. Laporte pour gratis au HuffPost.
vlrglqqf
22 décembre 2011
13h05
Il faut lire…
[...] se transforment-ils pour devenir le corps et le sang réels du Christ?
yuric
22 décembre 2011
13h32
Moi je pense que plus il y à de manière de s’exprimer mieux c’est pour les journalisme et pour la liberté en général.
Je ne vois pas de problème avec l’arrivé de ce nouveau journal.
pw-android
22 décembre 2011
13h40
@triplebuse: Hahaha, elle est bonne.
La Presse risque surtout de payer le HuffPost pour que ceux-ci prennent Laporte (jeu de mot poche).
Racaquaille
22 décembre 2011
13h45
J’espère que le point de presse, de Sam Hamad avec le Corey Hart sunglasses national alias Patrick Lagacé, sera au BYE BYE de 2011.
Pour le Huffington Post… Who cares!
eric_duhaime
22 décembre 2011
13h52
Ezra Levant donnera son avis ce soir. Je ferais part de la table ronde (sun news) à 21h00
grenieremeri
22 décembre 2011
13h55
Et si le journaliste n’était qu’un faiseux, un gueulard ou encore un parfait égocentriste,
ça pourrait toujours aller.
Mais le pire est que ces gens là sont à la solde des capitalistes néo-libéraux (ex.: Power Corp.
ou encore, les Molson) qui sous peine des mis à la porte se doit de se morfondre en génuflexion
qui le discrédite complètement. Vive les Trembley, Foglia et … peut-être deux ou trois autres
qui savent se tenir debout.
Le truc, savoir lire entre les lignes qui nous en apprenent plus que leur laius primaire et
qu’il font l’épée de Damocles suspendue au dessus de leur tête.
lionking
22 décembre 2011
14h20
vlrglqqf,
Vous devinez bien que j’étais sarcastique dans mon commentaire.
Votre réponse me confirme qu’on a pas mal la même façon de voir les choses.
Bonne journée.
doos
22 décembre 2011
19h00
C’est sur que pour etre credible il faut avoir un bon salaire et etre syndique a l’os
john-james
24 décembre 2011
10h33
Quand il cannibalise les nouvelles de d’autre et ou magazine est ce qu’ils payent ceux-ci?
Et peuvent t-ils refusé de se faire charcuté des infos que le Huffington Post utilise?
signal11
25 décembre 2011
06h53
Patrick, porte ta cause à l’AJPQ. Nous, en tant que consommateurs d’information, on se fout complètement si l’auteur d’un article a été rémunéré. Est-ce que La Presse me paie quand j’écris dans un de ses blogues, contribuant ainsi à augmenter la fréquentation de son site web et forcément, ses revenus publicitaires ?
Bien sûr que ton travail a une valeur monétaire mais les nouvelles technologies affectent profondément ta profession. Inutile de résister, faut s’adapter.
sergepi
13 janvier 2012
16h57
« On exagère l’impact des blogueurs qui vont écrire sur ce site parce qu’il s’agit d’une marque reconnue et, disons-le, vaguement glamour. » PL
Cela est compréhensible.
La concurrence pour l’attention des lecteurs névrosés de l’actualité, fait peur. Selon votre personnalité. Cela n’est pas mauvais.
Espérons que le phénomène résultera a une évaluation de votre importance. Surévaluée, par rapport aux capacités et talent.
« Yves-François Blanchet ne sera pas transformé en Foglia parce que… » PL
Connais pas de « Foglia » ?… Désolé !
« Huffington Post est un agrégateur. Il produit un minimum de contenu original et cannibalise un maximum de contenu produit hors de ses serveurs. »
Un service que n’offre pas, votre employeur. Malgré que tous les journaux du Québec ont cette pratique, de reprendre les dépêches des autres agences.
« Ce que ça nous enseigne, c’est que si vous avez un blogue, par exemple, hors du Huffington Post Québec, et que vous écrivez un truc vraiment hors de l’ordinaire, ou percutant, ou tape-à-l’oeil, ou incendiaire, le site va sûrement le cannibaliser et y faire écho. » PL
Voilà qui est rassurant. Un facon bizarroide de voir et traiter l’actualité.
SP