Patrick Lagacé

Archive, novembre 2011

Mercredi 30 novembre 2011 | Mise en ligne à 15h48 | Commenter Commentaires (76)

Confessions d’un guignol de l’info

Mon collègue Stéphane Baillargeon, du Devoir, dénonçait récemment « le business autopromotionnel de la compassion » qu’est la Guignolée annuelle des médias montréalais, dans une de ces chroniques piquantes dont il a le secret. J’en cite un long extrait, l’intégrale de la chronique intitulée Les guignols de l’info étant réservée aux abonnés :

« Une centaine d’entreprises des communications s’adonnent au grand jeu. Toutes les radios. Toutes les télés, y compris les spécialisées. Beaucoup, beaucoup d’imprimés. La rare unanimité d’un monde réputé en guerre ouverte fait que sur le site la grandeguignoleedesmedias.com, le logo de canoe.ca jouxte celui de radio-canada.ca, que Le Journal de Montréal se tient solidairement à côté de La Presse, comme le journal Métro et 24 heures, rivaux gratuits du transport en commun.

Chacun déploie des trouvailles. La Presse met aux enchères un souper avec un chroniqueur-vedette, une journée au bureau avec trois patrons, etc. Radio-Canada confectionne des lots luxueux et les soumet aux mises: une soirée champagne, une sortie en Rolls-Royce, un traitement VIP en collaboration avec le magazine Elle-Québec. L’an passé, l’émission C’est bien meilleur le matin a amassé près de 68 000 $ avec ses paquets-cadeaux.

Le jour G, environ 500 bénévoles, dont beaucoup d’animateurs et de journalistes, prennent les intersections d’assaut pour stimuler les dons des automobilistes et des piétons. »

Avant de m’inscrire en faux contre les arguments du journaliste du Devoir, je souligne que j’ai déjà partagé son aversion pour l’idée même de la Guignolée des médias. Il y a dix ans de cela, je chroniquais chez Jean Lapierre à CKAC et j’avais tenu à peu près les mêmes propos. Le porte-parole de la Guignolée, Vincent Graton, se trouvait justement dans les locaux de CKAC, quand il a entendu mes propos piquants. Son caractère bouillant l’a fait atterrir en studio, où il espérait me trouver pour m’engueuler. Heureusement, j’étais au téléphone…

Bref, j’ai déjà été cynique face à la Guignolée. Je le suis beaucoup moins. Pour une raison bien simple : je ne vois plus l’événement comme un truc binaire, charité c. politiques publiques ; charité des Fêtes c. charité à l’année. Vaut mieux aider un peu que ne pas aider du tout.

À tel point que ça fait trois ou quatre ans que La Presse me soumet aux enchères, avec d’autres collègues, pour l’événement. Mais chaque année, je me sens bizarre d’être ainsi mis à la disposition du plus offrant, comme si j’étais une sculpture disponible via une vente aux enchères de Sotheby’s. Chaque année, je suis fasciné de voir que des gens paient des centaines de dollars pour passer quelques heures avec un gars qui ne fait rien de plus qu’écrire dans le journal. Ces quelques heures, c’est quelques centaines de dollars de plus dans les goussets de la Guignolée.

Est-ce que la personne qui paie 2000$ pour aller pédaler avec Foglia aurait donné cette somme à un organisme de charité, pour Noël ?

Je n’ai aucun moyen de le savoir.

Je soupçonne cependant que non. Pas autant, en tout cas.

« Seulement, écrit encore Baillargeon, est-ce vraiment le rôle des journaux, des radios et des télés de se prêter à cette grande mascarade dégoulinante de généreuses intentions?
Bien sûr que non, ce n’est pas notre rôle. Notre rôle est d’informer. Ce n’est pas notre rôle d’aider les pauvres. Mais, comme ils disent à Shangaï : « So what ? » ! Au final, c’est 2,75M$ que la Guignolée des médias réussit à amasser. C’est 2,75M$ de plus que si les médias disaient « Désolé, c’est pas notre rôle, nous, on ne fait qu’informer… »

Mais là où Baillargeon frappe dans le mille, c’est quand il note que « Le business autopromotionel de la compassion devient franchement gênant quand on le rapporte au réel intérêt pour le sujet le reste de l’année. La firme de courtage en information Influence communication calcule que la pauvreté a dix-huit fois moins de poids médiatique que les recettes et la cuisine. »

Tout est là. Comme le reste de la société, les médias ne se soucient plus tellement de la pauvreté. Nous couvrons le sujet de façon anecdotique, ponctuelle, pas comme le scandale social qu’il est. Pendant les campagnes électorales, les élus escamotent la question, qui fait à peine partie des programmes des principaux partis. Ce qui prime, c’est la classe moyenne, surtout la classe moyenne, juste la classe moyenne. Ce qui compte, c’est moins la justice sociale (et celui qui en parle se fait traiter de communissssssss) que le crédit d’impôt pour la réparation des tondeuses.

Là-dessus, Baillargeon a raison : nous serions mieux placés pour amasser des sous pour la Guignolée si la couverture des phénomènes systémiques qui causent et aggravent la pauvreté était, le reste de l’année au cœur de nos projets rédactionnels. Ce n’est pas le cas. Là-dessus, nous avons un examen de conscience à faire.

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Mardi 29 novembre 2011 | Mise en ligne à 10h50 | Commenter Commentaires (62)

Occupy c. Big Business

Le mouvement Occupy, lancé aux États-Unis pour protester contre l’emprise du financier sur le politique, n’est pas dans le champ, note Robert Reich, prof à Berkeley. Oui, les « occupants » sont une nuisance, mais une nuisance qui participe de la liberté d’expression. En face : des millionnaires et des milliardaires qui ont désormais le droit de s’immiscer dans le débat politique grâce à une forme de parole récemment avalisée par la Cour suprême des États-Unis: l’argent.

Ah, j’oubliais. Robert Reich n’est pas un anarcho-communiste pestant contre le communisme, c’est l’ancien secrétaire au Commerce des États-Unis, sous Clinton.

(Merci à Daniel Roy pour ce lien)

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Jeudi 24 novembre 2011 | Mise en ligne à 10h05 | Commenter Commentaires (225)

Appel à tous : parlez-moi d’argent

Fric

Appel à tous : je prépare une série sur l’argent pour La Presse. Je pose donc, ce faisant, un robinet sur le génie collectif.

Je n’ai pas d’angle précis, que des idées encore un peu vagues. Donc, c’est ici, chers lecteurs, que vous intervenez. Il y a des gens qui disent Parlez-moi d’amour ; je dis : Parlez-moi d’argent.

Travaillez-vous dans le fric ? Syndic de faillite, par exemple, j’aimerais beaucoup entendre un « vieux » syndic de faillite, pour m’expliquer l’évolution de notre rapport collectif avec l’argent, depuis 20, 25 ans.

Avez-vous lu des trucs pertinents, récemment ou pas, sur l’argent ? Ça m’intéresse.

Aimez-vous l’argent ? Manquez-vous d’argent ? Baignez-vous dans l’argent ? Pensez-vous à l’argent ? Est-ce une bêtise de dire que l’argent ne fait pas le bonheur ? Vos parents vous ont-ils « enseigné » l’argent ? L’argent mène le monde, oui, mais comment mène-t-il le vôtre ?

Ce n’est pas une série sur vos finances personnelles. Mais on peut parler de finances personnelles. Ce n’est pas une série sur la pauvreté. Mais on peut parler de pauvreté. Ce n’est pas une série sur la classe moyenne. Mais j’aimerais beaucoup parler de classe moyenne. Vous me suivez ?

Bref, racontez-moi vos histoires d’argent. Ici : parlezmoidefric@gmail.com

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