
Quand une politicienne est obligée de dire « Je ne partirai pas », l’humiliation est comparable à celle de la vedette qui, au resto bondé où le personnel ne lui trouve pas de table, lance un « Mais savez-vous qui je suis ?! » Juste avoir à dire ça, c’est la honte.
C’est quand même fascinant. J’aimerais être dans la tête de Mme Marois. Qu’est-ce qui s’y passe ? Comment opère son déni du réel ? M. Charest, ce n’est pas pareil : il est au pouvoir. Il contrôle le calendrier politique. Il n’est pas populaire, mais il pourrait décider de quitter avant la prochaine élection. Et, plus important, encore : il est plus populaire que la chef du PQ ! Donc, qu’est-ce qui se passe, dans la logique Marois, pour qu’elle puisse penser bondir de 28, 30 % dans les intentions de vote et rafler une majorité, à la prochaine élection ? Qui a réussi ça, dans l’Histoire politique récente ?
Je sais que le PQ est un parti indiscipliné, ingrat, qui a poussé René Lévesque dehors et qui a poussé Lucien Bouchard lancer la serviette. Je sais que la manchette « Le PQ en crise » est un classique des journaux depuis les années 1970 (AJOUT : comme vient de l’illustrer mon illustre camarade Boisvert). Je sais que ses militants sont ingérables, que Bernard Landry est parti parce qu’il n’avait pas obtenu 80% des voix lors d’un vote de confiance. Je sais tout ça. Mais ce qui nous occupe, ici, ce n’est pas un mouvement d’humeur des députés ou des militants. C’est un geste de lucidité, un réflexe de survie.
Peut-être que les Québécois ont mis l’option souverainiste en veilleuse. Peut-être qu’ils en sont tannés. C’est possible. Si c’est le cas, ce sera la mort du PQ. Mais il est fascinant de voir le PQ débattre du principe même d’un électrochoc. L’entêtement de Pauline Marois me fait penser à l’homme qui, terrassé par une crise cardiaque au centre commercial, insiste pour dire aux ambulanciers qu’il ne veut pas à l’hôpital…
AJOUT : Jean-François Lisée signe une opinion contraire qui célèbre la résilience de Mme Marois. Meilleure phrase du billet de JFL, Les cancres du putsch :
Tout cela pour dire qu’il est difficile de renverser un chef qui a autant de cran que Pauline Marois. C’est encore plus difficile lorsqu’on ne sait pas très bien par qui la remplacer.