Patrick Lagacé

Archive du 7 septembre 2011

Mercredi 7 septembre 2011 | Mise en ligne à 10h21 | Commenter Commentaires (106)

Le flou artistique du NPD

Photo PC

Photo PC

J’ai fait quelque chose, dans ma chronique de ce matin, que je ne fais jamais : j’ai dit pour qui j’ai voté. Et, au dernier scrutin, j’ai voté NPD. D’habitude, je ne vote pas, surtout parce que j’ai à peu près toujours habité des comtés où l’affaire était entendue, par 10 000 voix au moins, d’un bord ou de l’autre. Ou parce que je me fiche royalement des candidats et des enjeux de l’élection du jour. Mais ce coup-là, je sentais que mon vote pouvait faire une différence, j’ai voté avec la vague, sur un coup de tête, ce qui ne m’honore probablement pas. Mais comme un million d’autres personnes, j’avais envie de foutre un peu le bordel, de changer ce cadre qui ornait le mur du salon depuis toujours, et puis, bon, le gars qui portait les couleurs du NPD dans mon coin est présentable…

Bref, je l’ai dit. Parce que le papier porte sur ce flou artistique entretenu, d’abord par Jack Layton de son vivant ; puis par Olivia Chow et le NPD depuis son décès, à propos de l’état de santé du chef de l’Opposition, à propos de ce qu’il a su, au moment où il l’a su. Je l’ai dit parce que j’écris, à un moment donné, que beaucoup d’électeurs auraient peut-être voté différemment, s’ils avaient connu l’état de santé réel du chef du NPD, le 2 mai. Dont moi.

Mme Chow dit que tout allait bien, avant et pendant la campagne. Fort bien. Avant de la croire, je veux qu’on m’explique pourquoi M. Layton s’est fracturé la hanche, fracture qui a nécessité une chirurgie, avant les élections. On ne sait pas la cause de cette fracture. Or, un homme en bonne forme physique comme M. Layton, plutôt jeune pour ce genre de blessure, qui se fracture la hanche, c’est assez rare. Ce qui l’est moins : une fracture pathologique, c’est-à-dire qui n’est pas causé par un choc, chez un homme dont le cancer de la prostate se répand dans les grands os.

Pardonnez-moi de croire que c’est ce qui est arrivé à M. Layton, tragiquement. Et le silence de son entourage sur les causes de cette fracture est à la source de mon scepticisme.

Je n’allais pas revenir sur là-dessus, ayant écrit à propos du manque de transparence sur l’état de santé de M. Layton, la semaine dernière. Mais Mme Chow a entrepris une tournée médiatique à CBC, lundi, pour parler de son défunt mari. Et je trouve qu’elle abuse un peu de ma bonne foi de citoyen. Il ne faudrait pas dire de quoi est mort M. Layton parce que ça risque de décourager les Canadiens qui souffrent de ce type de cancer ? D’abord, c’est une explication farfelue ; ensuite, ça en dit long sur le degré de sainteté auquel le NPD a élevé son chef, ces dernières semaines. Sans compter que c’est infantilisant. Et, plus important, Mme Chow invoque une excuse très commode pour ne pas avoir à dire qu’est-ce qui a causé a) la fracture de son mari b) sa mort.

Je sais que des lecteurs seront choqués par cette chronique. Je lis les courriels qui entrent depuis ce matin et, bon, je suis minoritaire dans le camp de la transparence. On va dire que l’homme a droit à sa vie privée. Un homme ordinaire, qui ne cherchait pas à devenir premier ministre du Canada, ne se ferait pas emmerder sur la nature du mal qui l’a tué. C’est vrai. Mais Jack Layton n’était pas un citoyen anonyme : il voulait justement devenir premier ministre du Canada. Et puisque des lecteurs m’ont pris à partie au sujet du drame terrible qu’est le cancer pour une personne, je vais répondre ceci : le cancer est un drame universel qui touche à peu près tout le monde et je n’y échappe pas. Mes deux parents en sont morts. Je sais de quoi je parle. Et je n’en parle jamais à la légère.

Aussi vrai que tout ce qui se passe dans la vie privée d’un homme public n’est pas forcément du domaine public, il y a quand même un tas de trucs dans sa vie privée qui sont d’intérêt public. C’est du cas par cas, bien sûr. Si j’apprenais qu’un élu qui pourfend les gays se tape des jeunes hommes dans un sauna, dans ses temps libres, et que je pouvais le prouver, vous pouvez être sûr que je l’écrirais. Si un ministre de l’Environnement se promène en Hummer, idem. Un citoyen privé peut bien aller se faire bronzer sur le yacht de son ami millionnaire, pendant ses vacances annuelles, ça ne regarde personne. Mais si le citoyen en question est aussi président du comité exécutif de la Ville de Montréal, et que le millionnaire en question a des contrats avec la Ville, désolé, la question de ses vacances devient d’intérêt public…

Idem pour un élu. La question de sa santé, au moment de briguer les suffrages, est d’un intérêt public manifeste. Le NPD a choisi de perpétuer ce flou artistique, depuis la mort de Jack Layton. C’est son choix. J’estime que le NPD le fait pour des raisons politiques, parce que si M. Layton s’est bel et bien présenté devant l’électorat avec ce qui ressemble à un cancer des os, le NPD sait bien que c’est une position qui va exiger des trésors de damage control. Une position moins enviable que celle du parti qui doit héroïquement perpétuer l’héritage de son chef mort trop tôt, position qui est la sienne depuis quelques semaines.

Lire les commentaires (106)  |  Commenter cet article






publicité

  • TWITTER

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    février 2010
    L Ma Me J V S D
    « jan   mar »
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
  • Archives

  • publicité