Déluge de courriels aujourd’hui en réaction à ma chronique du jour, Putain de couteau, à propos du drame de la rue Sainte-Catherine. Je ne peux pas dire que je ne m’y attendais pas : les chroniques sur les flics ont le don de soulever les passions. Je suis sûr qu’Yves Boisvert et Rima Elkouri, qui ont des opinions différentes de la mienne, croulent aussi sous les courriels aujourd’hui. Il y a une raison à ces réactions viscérales, qui va au-delà des sentiments que chacun peut avoir envers les policiers : une certaine méconnaissance de leur job, une méconnaissance normale mais dont il faut se méfier quand on pontifie sur leur travail.
Exemple : quand les gens disent Oui, mais ils auraient pu tirer dans ses jambes ! ou la petite cousine de cette observation : Pourquoi ne pas avoir tiré sur le couteau ? Ou encore : Ils étaient quatre policiers armés, sont pas capables de maîtriser un gars avec un couteau ?
Depuis ce matin, un tas de gens m’écrivent pour me dire des trucs semblables. C’est un point de vue. Ma réponse, et elle est candide : Connaissez-vous, ailleurs en Occident, une autre méthode d’intervention enseignée aux policiers, dans le cas où un suspect tient un couteau ? Je n’en connais pas. J’ai exposé ce qui constitue la règle d’or de l’entraînement des policiers en Amérique du Nord, celle des 21 pieds conceptualisée par le sergent-formateur Dennis Tueller, dans les années 1980.
Si quelqu’un en connaît une autre, je suis curieux de la connaître. Je vous annonce tout de suite que tirer-dans-les-jambes-du-suspect n’est pas une méthode enseignée dans les académies de police, sauf peut-être dans quelque village soudanais. Et l’option Il-aurait-fallu-appeler-les-services-sociaux ne tient pas non plus : toute l’approche « sociale » fout le camp quand le type grandit un couteau. Ce n’est pas moi qui le dis : c’est la dame d’un CLSC montréalais interviewée au Téléjournal hier soir, qui disait que le SPVM fait régulièrement appel à son équipe pour composer avec des itinérants agités. Mais, a-t-elle ajouté, c’est la présence du couteau qui change ici toute la donne.
Je l’ai écrit : la mort de Patrick Limoges est absurde. Il faut avoir un coeur de pierre pour ne pas sympathiser avec la douleur de la famille de M. Limoges et leur colère face aux policiers. Celle de M. Hamel est aussi un drame, il ne s’agit de toute évidence pas d’un bandit qui a couru après sa mort. Il s’agit d’un homme malade qui n’était probablement plus maître de ses moyens.
Ceci étant dit, la mort de M. Limoges, au mauvais endroit au mauvais moment, est l’absurde exception qui confirme une certaine règle : il n’y a pas d’épidémie de citoyens touchés par des balles perdues à Montréal.
Ont-ils bien fait de tirer ?
L’enquête nous le dira. Encore que les enquêtes de corps policiers concernant d’autres corps de police ne sont pas des modèles de rigueur et de transparence (ce qui n’était pas le sujet de ma chronique). Mais avec les éléments dont on dispose, je trouve qu’il est outrancier de parler de « bavure policière ». Marcellus François, Anthony Griffin, Richard Barnabé : voici d’authentiques bavures policières, des dérapages d’agents trop crinqués. Mais dans le cas qui nous occupe ? Calmons-nous.
Illustration inspirée d’un homme armé d’un couteau franchissant 21 pieds, sur YouTube.
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