Patrick Lagacé

Archive du 7 juin 2011

Jean Charest : le Rocky de la politique

Jean Charest : le Rocky de la politique

Coup de théâtre (un autre) à Québec : le gouvernement libéral remet à l’automne l’adoption du projet de loi qui permettra de blinder l’entente Labeaume-Quebecor. Ce faisant, le premier ministre montre qu’il ne prend pas au sérieux l’urgence invoquée par le maire de Québec Régis Labeaume et le grand patron de Quebecor, Pierre Karl Péladeau.

Mais il sauve son arrière-train en mettant le couvercle sur un dossier qui ne faisait pas l’unanimité dans sa propre famille politique. Et il le fait 24 heures après que le PQ se soit très publiquement déchiré à propos de ce projet de loi spécial. Il laisse aussi dans la cour des péquistes le projet de loi Labeaume-Quebecor, pour tout l’été. Quelques mois de plus pour s’entredéchirer.

Considérez ces quatre variables, issues de la crise récente :

a) le PQ a perdu quatre députés

b) mis à mal le leadership et l’autorité de Pauline Marois, peut-être même fatalement

c) lavé son linge sale en public, avec l’air fou que cela suppose

d) payé TOUT le prix politique de la grogne entourant l’entente Labeaume-Quebecor

… à cause d’un projet de loi qui ne sera finalement pas déposé.

On peut déplorer le manque d’idées et de grandeur émanant de son gouvernement (j’en suis), mais reconnaissons à Jean Charest une sorte de résilience politique absolument hallucinante. Dans un monde normal, c’est son parti qui devrait se déchirer, dans la foulée de affaires d’éthique élastique qui l’ont miné depuis trois ans. Mais c’est le PQ qui se comporte comme un parti en fin de régime. Fascinant.

Je cite un jeune collègue, que nous appellerons ici Killer, tout simplement : « La réaction de Charest, aujourd’hui : LOL »

Entendu : «Le PQ s’est lancé dans un projet de loi Crackpot et le PLQ en a fait un crockpot»

AJOUT : Denis de Belleval parle de M. Charest comme d’un homme d’État.

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Photo Le Soleil — Pauline Marois

Photo Le Soleil — Pauline Marois

AJOUT : C’est fait. Jean-Martin Aussant s’en va. Ça porte à quatre le nombre de déserteurs de la députation péquiste.

Vingt-quatre heures plus tard, plus j’écoute les démissionnaires du PQ, moins je les comprends. À un niveau bêtement viscéral, hier matin, j’admirais la dissidence assumée des Curzi, Lapointe et Beaudoin, dans un dossier où la putasserie électoraliste des dirigeants péquistes divisait le caucus. Je l’admire encore : il y a un courage manifeste là-dedans, pour des souverainistes convaincus, membres du seul parti qui peut les mener au Grand Soir. Et même sans cause nationale, il y a du courage quand un député contredit publiquement la position de son parti.

Mais maintenant qu’on sait que Mme Marois a offert aux trois dissidents de ne pas participer au vote en Chambre qui mettra un condom législatif sur le deal Quebecor-Labeaume, là, je ne comprends plus. C’était une porte de sortie pragmatique, qui permettait à ces trois-là de ne pas piétiner leurs principes, qui envoyait un formidable coup de semonce tout en préservant l’unité du PQ. Tu regardes ça et tu te dis : qu’est-ce qu’il y a de plus ?

Il y a une tentative de putsch, évidemment. Maldroite, peut-être, mais le résultat est le même : Mme Marois est ciblée par une fronde.

J’écris ces lignes à 9h20 mardi et on apprend que Jean-Martin Aussant, une star montante de la députation, ne s’est pas présenté au caucus et qu’il tiendra une conférence de presse dans l’heure. Pas besoin d’être astrologue chinois pour penser qu’il va annoncer son départ. On sait qu’il y a d’autres mécontents : officiellement devant la position du PQ dans le dossier de l’amphithéâtre ; mécontents du style de leadership de Pauline Marois, dans les faits.

Pour Mme Marois, c’est une situation surréaliste, quelques semaines après un vote de confiance de 93% des militants du PQ, dans un contexte où avant le vote, la question était plutôt de savoir si elle atteindrait le score de 76,2%, qui avait poussé Bernard Landry à annoncer sa démission en 2005. Ça pose donc une question également surréaliste : quel est le nombre de désertions qui forcera Pauline Marois à quitter la direction du PQ ?

Parce qu’en restant « députés souverainistes indépendants », assis à l’Assemblée nationale, contredisant la ligne de parti officielle du parti naturel des souverainistes, les dissidents vont être là, chaque jour, rappelant à tous que Pauline Marois n’a pas été capable de faire régner l’unité dans son équipe. C’est un symbole fort, lancinant, que le premier ministre Charest sera heureux de rappeler à chaque occasion…

Il est clair que dans les coulisses, certains députés du PQ ont peur a) de subir une raclée aux proportions bibliques comme celle subie par le Bloc québécois b) de l’effet — incertain, mais réel — du mouvement de François Legault sur la scène politique. Ça explique probablement cette grogne, qui est un pied de nez au vote de confiance des militants. Mais qui vient de ceux qui, chaque jour, travaillent à ses côtés. Et on dirait qu’il y en a un nombre important qui doutent des capacités de Mme Marois.

Les députés sont encore en caucus. Jean-Martin Aussant a un pied dans la porte.

La journée va être… intéressante.

AJOUT : Ça brasse

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