Patrick Lagacé

Archive, avril 2011

Vendredi 29 avril 2011 | Mise en ligne à 11h43 | Commenter Commentaires (165)

Percée du NPD à Québec : feue la montée de la droite ?

Dessin de Côté, dans Le Soleil...

Dessin de Côté, dans Le Soleil...

Ma tête tourne toujours autant, à cause de la montée du NPD. J’écoutais ce matin Jean Lapierre chez Paul Arcand, qui parlait d’une élection qui accoucherait, si mon souvenir est bon, d’une trentaine de de 30 à 38 députés néo-démocrates. Et là, qu’apprend-on dans Le Soleil ? Que Josée Verner elle-même, dans la région de Québec, est en danger. Que la région de Québec risque de succomber à une vague orange

Ok, prenons de petites bouchées, si vous voulez bien…

Québec.

Comme dans « Le mystère Québec ».

Comme dans « Le mystère Québec » et « fief adéquiste, conservateur, qui aime la droite ».

Comme dans « Québec, ville aux cent animateurs de radio dré-drettistes »…

Permettez que je pique une expression de la jeunesse dans le vent : OMG. Pour ne pas dire WTF…

André Arthur qui se met à fesser le NPD (un parti d’extrémistes, dit-il), après le Bloc, après le PLC, après Harper. Faites-moi signe si Elizabeth May des Verts se met à fesser sur Jack, ça ne devrait pas tarder…

Même Amir Khadir, le souverainiste et solidaire député de Mercier, semble indécis, selon JFL

Quelques réflexions :

- Je veux bien croire que les Québécois (d’abord) et les Canadiens (ensuite) ont succombé au charme d’un chef combatif qui fait campagne malgré l’épreuve du cancer, mais il y a toujours bien des limites à l’émotivité. Les gens déplorent toujours que « les politiciens sont tous pareils ». Après mille ans de pouvoir fédéral partagé entre libéraux et conservateurs (sous différentes incarnations), les gens ont peut-être décidé de voter pour celui qui, vraiment, incarnerait le changement. Chose certaine, j’espère que les doctorants en sciences po vont passer les motivations des électeurs au microscope, ces prochains mois. Cette marée orange qui se dessine dans les sondages est fascinante. Surréaliste, comme dit Vincent.

- Je ne m’explique pas la chute du Bloc. Oui, Gilles Duceppe a fait une campagne de grognon. Oui, son slogan était nul (Parlons Qc). Mais c’est le même parti qui a été plébiscité par l’électorat en 2008. Qui fait campagne avec le même thème : « défendre » le Québec. Pourquoi ce mouvement d’humeur, à ce moment-ci ? Une hypothèse : il y a peut-être une limite à promettre de « défendre » le Québec, en promettant de ne jamais être appelé à former le gouvernement. Une limite à la patience des gens face à ce discours. L’élection de 2011 est la troisième en cinq ans. Dans un cycle parlementaire normal, celui de gouvernements majoritaires, il y aurait eu trois élections en douze ans. Peut-être qu’il y a une fatigue bloquiste, chez les gens, imputable à une trop grande exposition, en trop peu de temps, à ce discours.

- Si Québec se dote d’une poignée de députés du NPD, j’ai hâte d’entendre mes amis de la radio libartééééé, mardi matin. J’espère que les gestionnaires de flottes d’ambulance vont prévoir des effectifs supplémentaires : il va y avoir des crises d’épilepsie en studio.

- On a fait grand cas, ces derniers mois, d’une « montée de la droite », au Québec. À preuve, la popularité des médias donnant une grande place à la droite ; ces députés conservateurs populaires à Québec et dans certaines régions ; le dynamisme des réseaux de droite, comme Réseau Liberté-Québec… Et là, boum, le Québec, selon les sondages, est en train de tomber en amour avec un parti on ne peut plus gauchiste. Qui ne considère par l’étiquette « de gauche » comme une insulte. Wow. Feue « la montée de la droite » ?

- Je n’y crois pas. Je veux dire par là que je vois bien, comme tout le monde, que les sondages concordent : le NPD est en train de faire une montée fulgurante, partout au Québec et en bien des régions du Canada. Mais j’ai comme un doute qui touche la façon dont tout cela va s’exprimer, en sièges gagnés par Jack Layton. Même une Opposition officielle, je n’y crois pas. Même 38 (38!) députés du NPD au Québec, je n’y crois pas. Je ne dis pas que ça ne va pas arriver, je dis que c’est incroyable. Trop gros pour être vrai.

AJOUT : Jean-François Cliche, du Soleil, me signale ceci : Ensuite, le CROP de ce matin donne 34% au NPD dans la ville de Québec (plus Portneuf), ce qui est plus bas que les 40% qu’ont mesuré les sondeurs (Angus, Forum Research et Nanos) dans l’ensemble du Québec depuis le 25 avril. Ces mêmes trois sondages donnent en outre 15 % au PCC en moyenne,alors que CROP trouve 27 % à Québec.
Le « mystère » Québec serait donc toujours vivant ;)

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Jeudi 28 avril 2011 | Mise en ligne à 12h11 | Commenter Commentaires (17)

Foliewood : la vie hors de Louis-H.

J’ai chroniqué l’an dernier sur Clé 56, ce projet de web-documentaire réalisé par Alexandre Hamel, à propos de la vie des patients de l’hôpital Louis-Hippolyte-Lafontaine, communément appelé Louis-H., oui, cet hôpital-là. Pour les gens aux prises avec des troubles psychiatriques. Clé 56 mettait en vedette des patients, dans leur quotidien, avec la bénédiction – audacieuse – de l’établissement. Alexandre présente une suite à Clé 56, il s’agit de Foliewood, sur la vie de patients dans des résidences rattachées à Louis-H. La vie avec des troubles psychiatriques, hors des murs, quoi. Lancement jeudi le 5 mai. Hâte de voir le résultat final.

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Mercredi 27 avril 2011 | Mise en ligne à 0h05 | Commenter Commentaires (127)

Jack qui se montre et Stephen qui se cache

Reuters-Harper

Quelle campagne bizarre, imprévisible. Je ne sais plus à quel sondage me fier. Le NPD qui monte, qui monte : je veux bien, mais dans notre système parlementaire capricieux, côté représentation, comment traduire en sièges la popularité grimpante du parti de Jack Layton ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. J’ai de la misère à croire que le NPD va gagner dix sièges au Québec, que le Bloc va prendre une si grande débarque. Question d’organisation, de tradition, d’attachement, de facteur de reconnaissance. Permettez que je fasse écho aux doutes de Chantal Hébert…

Mais le plus récent sondage Angus-Reid montre que le Bloc est à 29% des intentions de vote, un seuil historique, comme le rapporte Joël-Denis Bellavance, dans ce texte qui illustre à quel point le Québec est le carburant de la montée orange au pays. Le sondeur d’Angus-Reid, cependant, refuse de prédire combien les différents partis auront de sièges, le 2 mai au soir…

Le NPD, opposition officielle ? J’avoue que c’est une perspective réjouissante. Réjouissante car le Parti libéral, depuis l’arrivée de Michael Ignatieff, se comporte comme un homme d’affaires qui pense que c’est une bonne idée d’ouvrir une chaîne de magasins de CD : il n’a pas compris que le monde a changé, qu’il devrait peut-être s’adapter. Que propose le PLC, depuis deux ans ? Quelles sont ses grandes idées, ses grandes convictions ? Je ne les connais pas. Et ce n’est pas un problème de communication. Le PLC se comporte comme s’il était dans l’ordre des choses que le pouvoir lui revienne. La preuve vivante : la guerre interne qui a mené à la sélection de Martin Cauchon comme candidat dans Outremont, une guerre interne qui a fait oublier à la grande famille libérale ce microscopique détail : le néo-démocrate Tom Mulcair y est solidement ancré.

Ça explique la vacuité de son chef en campagne. Si le PLC pouvait payer pour son arrogance, le 2 mai, ce serait déjà ça de pris. Note de service pour les libéraux : le pouvoir ne vous revient pas de droit.

Du côté de Stephen Harper, c’est la campagne conservatrice parfaitement scénarisée, comme d’habitude : une annonce par jour, on ne commente pas les controverses pour mieux les étouffer, on ne parle pas aux journalistes, à moins qu’ils ne soient rattachés à des médias régionaux, on dit aux candidats de se fermer la gueule, de faire les beaux et de répéter les slogans de Central Command, point. Ce qui a fonctionné en 2006 et en 2008, d’un point de vue tactique : le Parti conservateur n’a pas perdu ces élections. Mais il ne les a pas gagnées, non plus, signe que la recette n’était pas parfaite. Signe que, peut-être, quelque chose cloche dans ce scénario parfait où le premier ministre du Canada multiplie depuis un mois les « photo ops » dans des usines, dans des garderies, dans des parcs, en ne serrant que des mains qui lui sont sympathiques ; en agitant si fort l’épouvantail de la coalition qu’il ne reste plus que le manche à balai ayant servi à le fabriquer, ce putain d’épouvantail ; en fuyant les journalistes des médias nationaux qui voudraient bien lui poser des questions ne touchant pas ses préférences en matière de couleurs ou de beignes Tim Horton’s.

C’est peut-être là que le plan conservateur déraille, sans que ses stratèges ne s’en rendent compte : peut-être qu’au fond, le public n’est pas si con. Peut-être qu’il en a assez de voir les conservateurs fuir comme des malpropres quand on veut leur poser des questions. Layton, lui, est partout, il occupe le terrain, il était chez Arcand ce matin, il prend même des appels du public. Une entrevue serrée, selon la recette Arcand, où l’interviewé a été bousculé, talonné. S’est-il bien défendu ? Le public jugera. Mais le fait est que Layton a répondu présent et il a parlé à des milliers de Québécois, hier matin. Le premier ministre du Canada, lui, accorde une entrevue à un hebdo du comté d’André Arthur pour suggérer aux gens de voter pour le député indépendant et that’s it et se sauve vers une autre mise en scène où il embrasse des bébés et se fait applaudir par des militants à qui ont a fait passer un test d’ADN pour le privilège de servir de tapisserie humaine. Il n’ira pas chez Arcand. Il va limiter au maximum ses sorties médiatiques.

C’est un choix. C’est peut-être le mauvais choix.

C’était au début de la campagne. J’étais en Alberta et Stephen Carter, un communicateur et organisateur politique qui a travaillé pour des politiciens comme Joe Clark (Parti progressiste conservateur fédéral), Naheed nenshi (nouveau maire de Calgary) et Danielle Smith (chef du Wildrose Alliance, en politique provinciale) m’avait dit ceci, au sujet de la campagne conservatrice (je paraphrase) : Je leur prédis un autre gouvernement minoritaire. Justement parce qu’ils ne parlent pas aux journalistes. Ils vivent dans la fiction que les médias sont les ennemis. En politique, il n’y a pas d’autre ennemi que soi-même. Nous sommes nos pires ennemis.

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