Il sont quelques-uns à me demander si j’ai « viré à droite », après ma chronique de ce matin, Où étiez-vous, Madame Carbonneau ?, où j’égratigne la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. Je n’ai pas viré à droite. Parce que je ne suis pas si à gauche que ça. Centre-gauche, comme beaucoup de Québécois. Si quelqu’un pense que j’ai viré à droite, c’est qu’il est tombé dans le piège de l’axe binaire extrême gauche-extrême droite qui mord le pied de la province par les temps qui courent. Si quelqu’un pense que j’ai viré à droite, c’est qu’il pense que tous ceux qui sont de centre-gauche sont des « socialistes » ou des « communistes ». Je me tiens loin des extrêmes. Suis-je en faveur de la syndicalisation ? Bien sûr. En principe. Après, ça dépend de la façon de l’exercer.
À la fin, Quebecor avait la loi de son côté. Le conflit au JdeM a commencé avec une décision arbitrale à propos du lock-out au Journal de Québec, qui semblait confirmer l’esprit et la lettre de la loi anti-scab québécoise. Puis, pendant le conflit, une décision en appel a renversé cette décision arbitrale. Le rapport de force est passé définitivement du bord du boss. Dans la chronique, j’ai écrit qu’à partir de là, la game devenait politique et que la CSN aurait dû militer plus activement pour que la loi anti-scab soit dépoussiérée. J’écris qu’elle ne l’a pas fait avec pugnacité, citant une chronique de Michel David du Devoir, cet été, où il disait que la CSN a probablement qu’en ouvrant le Code du travail pour clarifier la notion d’établissement au coeur de la décision en appel, il faudrait aussi dépoussiérer certains articles qui irritent le patronat.
Ce que disent aujourd’hui les lock-outés, c’est que Claudette Carbonneau était aux abonnés absents pendant tout le conflit. Jamais ils ne l’ont sentie dans les tranchées, avec eux. Publiquement, elle a été très timide. On peut se poser des questions sur sa combativité. Pourquoi on peut se poser des questions sur sa combativité ? Parce que ce conflit de travail, le plus long de l’histoire des médias au pays, n’était pas qu’un simple lock-out, c’était un conflit idéologique entre deux façons de voir les relations de travail, la société québécoise et le monde. C’est comme ça que Pierre Karl Péladeau a abordé ce conflit, avec sa combativité habituelle, disons. Si Claudette Carbonneau a vécu son conflit de la même façon, ça ne paraissait pas.
Ce manque de combativité explique peut-être pourquoi la CSN s’est écrasée dans le sprint final des négos entre le syndicat des travailleurs de l’information du JdeM et Quebecor. Cet écrasement explique pourquoi il y a tant de zones d’ombres dans l’entente négociée.
Bref, la présidente de la CSN peut bien se promener pour mettre du vernis sur sa défaite, ça reste une défaite, et elle est immense pour elle et pour la CSN. Je dirais bien que c’est une défaite personnelle, mais elle n’a pas fait la démonstration qu’elle s’est impliquée personnellement dans ce conflit.
Du bord de RueFrontenac, le chroniqueur politique Yves Chartrand envoie lui aussi des baffes à Mme Carbonneau.
AJOUT : Le titre de la chronique dans La Presse : Où étiez-vous, camarade Carbonneau ? Le titre de la même chronique, sur Cyberpresse, entre minuit et (environ) 8h ce matin : Claudette la carpette. Explication : je discute parfois du titre, question de trouver quelque chose de pertinent/juste/approprié/etc avec les collègues. J’ai suggéré deux titres en envoyant le texte. On a opté, après discussions, pour Où étiez-vous… Cyberpresse a passé l’autre titre, qui n’était pas celui de la version papier. On l’a changé pour être synchro…
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