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C’est à la mode, les poursuites, non ? Je sais bien qu’il n’y a pas de « registre centralisé » des poursuites en diffamation, on ne peut donc pas jauger d’une hausse de la pratique, mais tout le monde poursuit tout le monde, en politique, on dirait. Au fédéral, j’ai souvenir de poursuites intentées par les conservateurs, je crois que Marois est poursuivie par Charest et Charest a menacé de poursuivre Deltell. Charest poursuit Bellemare. Bellemare poursuit Charest. Est-ce que j’en oublie ? Fort probablement.
C’est le cas, aussi, en banlieue de la politique : la CSQ a envoyé une mise en demeure à un site web, Les Analystes, où des citoyens partisans de la droite tenaient des mots pas très gentils à l’égard de la gauche, du féminisme et des syndicats. Et je ne parle pas des médias, qui reçoivent ces temps-ci des mises en demeure à bouche que veux-tu, pour cause d’enquêtes journalistiques sur les coquins de l’axe politique, gangs de routes et fric. Il y a même des médias qui poursuivent d’autres médias. Je devrais dire un média qui poursuit d’autres médias, mais je m’éloigne du sujet.
Qui est content, là-dedans ? Les avocats. Juste les avocats.
Revenons à Régis Labeaume, maire de Québec. Je vous disais, plus tôt cette semaine, que je m’inquiétais pour le premier magistrat, dans la foulée de ses menaces de poursuivre l’univers au grand complet ceux qui font de la diffamation à son endroit ou à l’endroit de son parti. Je me disais qu’il a besoin de vacances. Eh bien, il a mis sa menace à exécution : il poursuit le président du syndicat de ses cols blancs et un de ses anciens conseillers qui a fait défection, en dénonçant quelque chose qui ressemble, selon lui, à un régime de terreur dans l’Équipe Labeaume. Il réclame 200 000$ à chacune des parties. C’est le parti qui va payer les poursuite. Papier dans Le Soleil.
Il se peut que le maire Labeaume ait été sali. S’agit-il de diffamation ? Un juge tranchera, après avoir écouté les parties impliquées. Après de longues et fastidieuses procédures judiciaires. Après que de l’eau ait coulé sous les ponts. Après que la mémoire du public ait eu le temps de passer à autre chose. Bref…
Il se peut que le maire Labeaume ait été sali. Mais on a l’impression, ici, que Régis Labeaume, jadis si jovial, jadis si sympathique même dans la défense de ses intérêts et de ceux de sa cité, est en train de se révéler comme un personnage incapable de vivre hors du confort douillet de la vénération généralisée. On a l’impression qu’à la fin, Régis Labeaume est comme d’autres personnages publics qui roulent les mécaniques, qui jouent des bras au sens métaphorique : quand ils reçoivent à leur tour une taloche, ils roulent par terre en se tordant de douleur comme des joueurs de soccer tentant d’arracher un penalty à l’arbitre…